‹ Huit années d'émigration: souvenirs de l'abbé G.-J. Martinant de Préneuf, curé de Vaugirard, deChapitre 11 sur 91 · DÉPART PRÉCIPITÉ DE BRUXELLES · texte numérisé non relu

DÉPART PRÉCIPITÉ DE BRUXELLES

je pris le parti de m'en remettre à la Providence.

Je partis donc presqu'aussitôt de Bruxelles, le 7 novembre 1792, bien peu rassuré sur l'avenir. Mon départ fut précipité; je dus me séparer, sans pouvoir leur dire adieu, de mes deux confrères, qui, eux-mêmes, prenaient une autre route et avaient l'intention de passer en Angleterre.

Il m'eût été impossible de les suivre; mes ressources étaient épuisées et, snns le don de i'abbé de Floirac, j'eusse été réduit à rien. Je ne devais pas compter sur les promesses de mes paroissiens, qui ne pouvaient rien m'envoyer directement, et qui, d'ailleurs, ont toujours éprouvé les plus grandes difficultés pour trouver des occasions. Je me voyais déjà obligé d'avoir recours à la charité publique. L'abbé Dargent m'avait donné une , lettre pour le chanoine Schrammen, à Maastricht, auquel il avait été lui-même recommandé et j'en avais une autre pour l'abbé Vangulpen, de la paroisse de Notre- Dame.

Muni de ces seuls viatiques, je m'acheminai vers cette ville. Par l'intermédiaire d'un brave homme, chez lequel j'étais descendu, j'obtins

mon passage gratis sur une voiture qui se rendait à Louvain, ce qui me fit faire une économie sur mes frais de voyage.

Je vois encore les routes à ce moment-là. Tous les émigrés fuyaient au plus vite. On ne rencontrait que voitures et chariots de toute espèce, échelonnés dans toutes les directions, où s'entassaient des familles entières, avec leurs bagages. Les auberges, sur la route, étaient encombrées. Les accidents étaient nombreux, roues cassées, voitures versées, caisses et malles dans la boue, malheureux se lamentant et cherchant à se mettre à l'abri.

Bien que chargés outre mesure, nous recueillîmes cependant un vieillard, qui, victime d'un de ces accidents, essayait de faire à pied la roule que nous suivions. Fatigué et harassé, cet émigré eût été bientôt obligé de s'arrêter et de rester en plein champ.

Des cavaliers portaient des femmes en croupe, et ce tableau de l'émigration n'était pas encourageant pour celui qui venait de franchir la frontière. Le soulagement que j'avais éprouvé en me trouvant hors de France, et qui, jusque-là, m'avait soutenu, fit bientôt place à une notion plusexactedenotre situation. J'eus besoin de tout

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