‹ Huit années d'émigration: souvenirs de l'abbé G.-J. Martinant de Préneuf, curé de Vaugirard, deChapitre 12 sur 91 · SOUFFRANCES ET MISÈRES · texte numérisé non relu

SOUFFRANCES ET MISÈRES

mon courage pour envisager avec sang-froid et résignation, les épreuves qui nous attendaient, et que, maintenant je voyais arriver sans me faire d'illusions 1 .

A Louvain, grâce à l'intervention d'un ecclésiastique de la ville que je rencontrai en arrivant, je trouvai, moyennant un prix modique, passage pour Diest, où je fus obligé de quitter mon voiturier, qui s'en allait dans une autre direction que la mienne.

A Diest, je m'abouchai avec deux émigrés qui se rendaient à Aix-la-Chapelle et qui consenti-

1. « Depuis que la cause des émigrés était celle des vaincus (après la retraite du duc de Brunswick), ils ne devaient plus qu'à la pitié, l'hospitalité que leur refusait la politique. Cette fuite à travers l'exil, ces départs continuels, ces voyages dont on comptait les jours par les hôtelleries, étaient une des grandes épreuves de la vie démigration... Chacun de son côté se hâtait, afin de pouvoir partir plus facilement. On se jetait sur les chevaux de poste, qui devinrent bientôt insuffisants... L'encombrement à Cologne fut si grand, qu'une partie des familles couchèrent dans leurs voitures, faute d'auberges... » Mme de Changy, à laquelle nous empruntons ces détails, ajoute dans ses Souvenirs: « Nous arrivâmes enfin à Rotterdam bien fatigués, mais avant d'y trouver un gîte, nous essuyâmes une inhospitalière réception. Mis à terre avec nos bagages, nos maris allèrent chez un Anglais pour lequel ils avaient une lettre de recommandation, ils étaient convenus, moyennant six francs, avec un marchand de chaises, qu'il nous garderait jusqu'à leur retour. Mais il nous mit à la porte en nous menaçant d'une chaise et en criant : Raousfe l » Errants et transis de froid, ils finirent par rencontrer un prêtre français qui les recueillit provisoirement.

renl à m'a d mettre en tiers, avec eux, jusqu'à Maë&tricht. Je vécus de peu le long de la route; et de Bruxelles à Maastricht, je me contentai d'un repas par jour, voyageant presque continuellement.

Arrivée a Maastricht. — MA!.' Schrammen. — L'auberge de l'Ange. — Les R. P. Récollets. — Maladie. — Les compagnies d'Autichamp. — La Terreur en France. — La mort de Louis XVI et les émigrés.

J'arrivai à Maëstricht 1 le 9 novembre 1792, après être passé par Hasselt. A mon arrivée dans cette bonne ville, je me rendis chez MM. Schrammen, dont l'aîné, brasseur, avait un établissement important. Je présentai ma lettre et fus reçu par toute la famille avec une cordialité qui me toucha vivement. M. Schrammen, et

L Maastricht, ville de 34.000 habitants, capitale du Limbourg hollandais, jadis place forte, est divisée par la Meuse en deux parties très inégales. La partie située sur la rive droite forme le faubourg de Wick, où se trouve l'église Saint -Martin.

Sur la place Writbof, est située la cathédrale Saint-Servais, l'un des plus anciens monuments de l'époque romane.

particulièrement son frère, le chanoine de Saint- Servais, ont fait pour moi tout ce que je pouvais attendre de cœurs vraiment chrétiens et charitables. Ils m'ont aidé et soutenu de toutes les façons.

Je suis allé loger à l'auberge de l'Ange, pendant quelques jours et ce sont eux qui ont payé ma dépense. Désirant être moins dérangé et plus au calme, je suis allé, de là, réinstaller chez un boulanger, où j espérais rencontrer ce que je cherchais. Malheureusement la maison était mal tenue et infestée de vermine ; aussi y fus-je si mal que je m'empressai d'en sortir.

Mais je tombai de fièvre en chaud mal, en louant, chez un perruquier, un petit logement qui ne valait pas mieux et où je ne pus rester.

Enfin, je fus ensuite loger chez le nommé Leson, rue du Gouvernement, où je pus me

Fondée par Saint Monulphe au sixième siècle, elle fut refaite en grande partie dans les premières années du onzième siècle et augmentée aux douzième, treizième et quinzième siècles.

Sur la place Notre-Dame, se trouve l'église Notre-Dame» fondée au cinquième siècle et reconstruite au neuvième. Sa façade principale forme un énorme massif carré, presque sans ouvertures, aux murailles rongées par les siècles et bardées d'ancres de fer.

A côté de la ville se trouvent les fameuses carrières de la montagne de Saint-Pierre, cryptes dont les parties connues peuvent être évaluées à 20 kilomètres de longueur, sur 10 de largeur.

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