‹ Huit années d'émigration: souvenirs de l'abbé G.-J. Martinant de Préneuf, curé de Vaugirard, deChapitre 13 sur 91 · INSTALLATION A MAËSTRICHT · texte numérisé non relu

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reposer et vivre mieux à ma guise. La maison était convenable et, bien que très à l'étroit, je me trouvais heureux de la paix dont je jouissais.

Par l'entremise de MM. Schrammen, j'obtins mon dîner chez lesR. P. Récollets de cette ville, où des personnes charitables payaient pour dix ecclésiastiques émigrés, qui étaient obligés de dire, toutes les semaines, quatre messes à la décharge du couvent. Ma santé était loin d'être bonne et, peu après, je finis par me sentir dans un état de souffrance si marqué, que je craignais à chaque instant de voir le mal s'aggraver.

Mon estomac ne digérait presque plus rien.

C'est ce qui fit que je ne pus rester longtemps dans ce couvent. La nourriture y était déjà bien maigre et fort peu abondante, quand les bons Pères Récollets firent une réforme qui me mit dans le cas de me retirer et d'employer le peu d'argent qui me restait à me nourrir et à me soigner.

Grâce à Dieu, avec un régime approprié, que je suivis exactement, je me remis promptement et pris assez de forces pour pouvoir affronter les épreuves qui nous étaient réservées.

Maëstricht était remplie de réfugiés. Cette ville avait, comme garnison, un corps d'émigrés, sou-

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tenu par quelque» troupes hollandaises. Le marquis d'Autichamp ' les commandait pendant le siège que nous eûmes à souffrir, à la fin du mois de février 1792.

Je retrouvai là plusieurs personnes que j'avais connues. C'est alors également que j'appris la mort de l'infortuné et vertueux Louis XVI, horrible forfait que des Français égarés et en délire ne craignirent pas de commettre pour asseoir dans le sang les fondements de leur affreuse tyrannie, plus odieuse encore par les grands mots de liberté et de fraternité dont ils la paraient.

Pendant bien longtemps, l'histoire ne pourra pas comprendre comment des hommes, en grand nombre modérés,, et qui, plus tard, se rallièrent sans protester à l'autocratie la plus dure, se

1. Auticuamp (Jean-François-Thérèse-Louis <te Bcaumont, marquis d'), né à Angers, en 1738, aide de canu> du maréchal de Broglie pendant la guerre de Sept Ans, commanda la gendarmerie a Lunévillc en 1770. En 1789, il émigra à Turin, à la suite du prince de Condé, dont il était l'écuyer et organisa, ensuite, à Coblantz, avec trente gentilshommes, un corps de 700 gendarmes, appelé les hommes d'armes à cheval, dont il reçut le commandement. Il fit la campagne de 1792, concourut à la première défense de Maastricht, en 1793; passa depuis en Angleterre et prit enfin du service en Russie, où il rebta jusqu'en 1815.

Gouverneur du Louvre, pendant la Restauration, il défendit, en 1830, œalgflé ses £J1 ans et ses infirmités, le Louvre contre les insurgés. M. d'Autichamp est mort à Paris, en 1831, laissant des Mémoires sur «on émigration.

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