‹ Huit années d'émigration: souvenirs de l'abbé G.-J. Martinant de Préneuf, curé de Vaugirard, deChapitre 24 sur 91 · LES METTBR9 ET LES ÉMIGRÉS · texte numérisé non relu

LES METTBR9 ET LES ÉMIGRÉS

pain, ils se voyaient arrêtés par la somme à débourser pour en acheter un.

Quelques-uns avaient un vrai talent et furent promptement distingués. De ce nombre, le baron de H,., de la maison du Roi, que je vis a Bruxelles et n Maëstricht, vécut, pendant toute l'émigration, avec le produit de ses leçons et tout son temps était généralement pris.

Je me rappelle à ce sujet une aventure qui m'arriva plus tard. Dans un bourg de la Haute Franconie, où je m'étais arrftté, je vis entrer deux émigrés qui demandèrent à dîner et s'assirent a cftté de moL La connaissance fut bientôt faite. Ces Messieurs avaient chacun une boite a violon et me dirent que ces instruments les avaient beaucoup aidé à vivre. Le repas fi ni, l'hôte les pria de jouer un morceau, ce qui ue fut pas refusé.

Bientôt, aux accents d'airs vifs et bien français, le calme allemand disparut; hôte, hôtesse, garçons et filles, se mirent a danser avec un entrain qui ne cessa qu'avec la musique et la fatigue des exécutants. Cette scène, dans la salle basse d'une modeste auberge de campagne, dans un pays perdu, avec les costumes pittoresques de ces braves gens, ne manquait pas d'un certain

caractère, et je dus paternellement voir danser maîtres et valets, sans pour cela me croire un gros péché sur la conscience.

Ce bal improvisé se termina d'une façon assez inattendue, du moins pour mon compte. Quand, nu moment de partir, ces Messieurs et moi voulûmes régler la dépense, nos hôtes refusèrent absolument toute rémunération et me comprirent même dans cet acte de générosité, en nous déclarant qu'ils avaient pris tant de plaisir en notre compagnie, qu'ils ne voulaient, en aucune façon, entendre parler de paiement. La musique (encore n'y étais-je pour rien) me procura donc un dîner gratis, ainsi qu'à mes deux compagnons, qui furent, en plus, comblés de remerciements.

N'ayant pu trouver de leçons, je me consacrai ù la prédication; j'avais du temps à moi et, pendant mon séjour, je m'occupai à rétablir mes sermons et mes instructions, brûlés dans Paris. Je pouvais le faire d'autant plus facilement, que j'avais, dans la maison même, la bibliothèque de M. l'abbé Naver à ma disposition. J'employai h ce travail la majeure partie de mes aprèsmidi.

Je disais la messe à la chapelle de Salazar,

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