VS ESPION H
n'étaient point à l'abri de cet espionnage, et Ton me cita l'exemple d'un émigré, porteur de dépêches, arrêté dès son premier pas au delà de la frontière. Il n'avait pu Pêtre que d'après une dénonciation partie en môme temps que lui du quartier général. On savait, non seulement qu'il devait passer a tel endroit et Lel jour, mais encore Pendroit précis où ses lettres étaient dissimulées.
Je résolus donc d'user de la plus grande circonspection, mais jt* dois dire que, pendant le cours de mon exil, je ne rencontrai plus de gens de celte catégorie. C'était bien assez de supporter nos misères, sans y ajouter l'appréhension et le dégoût d'avoir a se soupçonner entre nous.
Le malheur des temps obligeait beaucoup d'émigrés, parlis sans ressources suffisantes, à chercher dans un travail quelconque, une manière de pourvoira leurs besoins. Il est arrivé bien souvent que des gens, habitués au plus grand luxe, accoutumés a jouir de revenus considérables, se sont trouvés dans des situations lamentables. Ceux-là souffraient plus que les autres, car il y en avait qui, ne sachant rien faire de leurs mains, maladroits dans toute espèce de métiers, en étaient réduits le plus souvent à
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supporter leurs maux en silence, ou à accepter les secours que la charité publique voulait bien leur offrir. Je dois dire qu'ils étaient en grande minorité.
L'histoire intime de notre malheureux exil, si honorable pour ceux qui ont préféré l'adversité et parfois la mort, au sacrifice de leurs convictions, serait trop longue à écrire; et d'ailleurs, le sentiment qui avait dicté de pareilles résolutions était trop pur pour qu'il soit nécessaire, ou même utile de le livrer à l'appréciation publique. Cette histoire restera close dans le cœur de ceux qui ont souffert pour la religion et pour la justice. Leur récompense n'est pas de ce monde.
Beaucoup d'entre nous, comme j'avais essayé de le faire, cherchaient à entrer en qualité de précepteurs dans les familles de la noblesse et de la haute bourgeoisie : le plus grand nombre donnait, quand le pays s'y prêtait, ou qu'une chance inattendue les favorisait, des leçons de français ou de musique; mais, dans les pays allemands, l'ignorance de la langue empêchait la majorité de recourir à cette ressource.
J'ai vu des émigrés exercer les métiers les plus singuliers. Il est vrai qu'on n'avait pas le choix