‹ Huit années d'émigration: souvenirs de l'abbé G.-J. Martinant de Préneuf, curé de Vaugirard, deChapitre 40 sur 91 · VOYAGE EN CHARIOT DE ROULIER · texte numérisé non relu

VOYAGE EN CHARIOT DE ROULIER

Il retira, tant bien que mal, la roue de l'ornière, et fut remiser son char dans une ferme voisine, nous laissant, avec nos légers bagages, sous l'eau et dans la boue.

Il nous fallut gagner Duren dans ce triste équipage, mouillés et crottés comme des barbets. Arrivés là, mes compagnons résolurent de profiter d'une voiture qui rentrait à Aix-la-Chapelle, pour y retourner et attendre une autre occasion. Je restai seul, ne me souciant pas de refaire ce trajet, et, d'ailleurs, je n'aurais pu trouver place dans le véhicule.

J'en étais là de mes réflexions, fort peu encourageantes, et très embarrassé de ma personne, dans la cour de l'auberge où nous étions entrés pour sécher nos habits, quand je remarquai un chariot qui transportait un mobilier et demandai au voiturier s'il allait du côté de Cologne. Sur sa réponse affirmative qu'il se rendait dans cette ville, je le suppliai de me permettre de me placer sur son chargement, lui offrant de lui payer ce qu'il demanderait 1 . Cet homme, plus honnête que

1. Encore pouvait-on parfois s'estimer heureux de trouver un chariot ! Dans ses Mémoires, Mme la comtesse de In Bouteiière conte ainsi son trajet de Wurtzbourg a Halisbonne : « La ville était pleine de gens qui fuyaient les Français... On ne put me trouver qu'une place dans un chariot qui appar-

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je ne le pensais, se contenta dune modique gratification fit je pus fiTiiislaller sur sa voiture.

Je n'étais pas tort à mon aist* ; mon siège £Lail dur et branlant; de plus, la pluie continuait par moments. Mais ma jeune expérience m'avail appris que, dans ma situation, il fallait se contenter de peu et j'étais destiné h bien d'autres aventures de ce genre. Le bonhomme allail doucement pour ne pas fatiguer ses chevaux ; aussi nous mîmes longtemps pour faire la roule el je couchai dans une détestable auberge de campagne.

Le lendemain, je fis mon entrée à Cologne, perché sur mon chariot el m'arrêtai provisoirement dans une pension qun m'indiqua mon

tenait à une famille de marchands de Bruxelles, Le désir de ne pas tomber au pouvoir des Français me fit accepter cette pauvre ressource. Je fis mon marche : on m« demanda assez cher, il fallut en passer par là. J'eus à souffrir dans celle voilure... Le soir, en arrivant, on allait dans toutes les auberges de l'endroit et on ne descendait de La voilure que lorsque le marché étail mil. À la première fois, il fui convenu qu'on donnerait 12 sols par lete. On se mit a tahle. A L^nivée du potage, qui élâil loul simplement du pain trempé dans de l'eau chaude, je ne pus eu mander, mais il Toi dévoré par les autres* Je de mandai quelque autre chose ; on ne voulut rien me donner... Je Tu^ si\ jours en roule, souffrant de la faim et des cahots dans™ rude chariot. Les bonnes auherges ne voulaient pas nous recevoir; les mauvaises nous attrapaient,.. Jamais je ne pus me procurer un lit : on nous étendait de La paille dans une chambre el il fallait noue y coucher péle-mele. *

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