‹ Huit années d'émigration: souvenirs de l'abbé G.-J. Martinant de Préneuf, curé de Vaugirard, deChapitre 41 sur 91 · ARRIVÉE A COLOGNE · texte numérisé non relu

ARRIVÉE A COLOGNE

voiturier. Je n J y restai que très peu de temps. J T eus la chance de rencontrer dans cette ville de bons protecteurs et d'excellentes gens qui my rendirent la vie facile.

La Providence m'y Ht trouver notamment M. Jean Werner Marcke, cure de Saint-Paul, doyen de Saint-André, etc t > qui me combla d'amitiés et me fournit des messes pendant tout mon séjour, jusqu'au 24 septembre 1 794- H avait la bonté de m'admettreà sa table deux fois par semaine.

J'ai prêché à Cologne dans la chapelle française, près du Capitole, et, lorsque je suis parti, je devais faire, dans l'église de Saint-André *, une suite d'instructions tous les dimanches et les jours de fête. Je confessais à Saint-Paul et à l'église paroissiale de Saint-Pierre.

J'eus le bonheur de rencontrer à Cologne M. de Montalembert * et son neveu, que je re-

1- Saint- André (Sant-Àndroas) est une des plus anciennes églises de Cologne. Sa nef romane date de 122U et son chœur gothique, (ta 1414. On y vciit une chrt^se en cuivre dore, dite <:hny.se des Macchabées, eeuvre de style ogival lerliaire : celte eïiAsse est orn(:e de douze bas-reliefs exécutés au repoussé.

2. MoAlalexnbert [W comte Mare Kené-Anne-Marie de), né à Paris, en 1777, émi^ra en 1792» servit, dans l'année de Coude, passa en Angleterre et devint oMîrier tTëlnUmajor, dans Ta m ire anglaise, en 17WÏI. W rentra en France après la Heslfiui'alkm, fut nommé colonel par Louis XVU1. et, plus

grette fort tous les deux. Ces Messieurs eurent toutes sortes de bontés à mon égard. Je dînais très souvent avec eux, et leur conversation, remplie d'anecdotes et de souvenirs intéressants, était pour moi un charme toujours nouveau. Je voyais chez eux d'autres émigrés et j'eus la satisfaction d'apprendre, par quelques-uns d'entre eux, des nouvelles de familles dont j'étais en peine depuis mon départ.

MM. de Montalembert n'étaient à Cologne qu'en passant et devaient bientôt se rendre en Angleterre. J'ai appris, plus tard, que M. le comte, après avoir pris du service dans l'armée anglaise, était parvenu à un des plus hauts grades. J'avais eu l'occasion de le rencontrer avant l'émigration, ce qui nous avait tout de suite mis en relations.

Je reçus aussi à Cologne des lettres de mes paroissiens qui me faisaient part des malheurs qui s'étaient abattus sur tant de personnes qui m'étaient chères. Je ne pouvais que prier pour ces malheureuses victimes de la plus épouvantable des tyrannies et j'espère bien que Dieu leur

tard, ministre plénipotentiaire à Stuttgard. Appelé a la pairie en 1819, il fut ambassadeur en Suède, de 1826 à 1830. Il mourut à Paris en 1831.

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VIE A COLOGNE lfiS

aura donné la récompense des martyrs de sa foi. Je demeurais à Cologne chez le sieur Hainer Klainer, marchand de grains, rue de Rûchel, où j'avais trouvé une chambre a louer et où je restai pendant tout mon séjour. Je ne saurais trop me louer de lui et de son épouse, Catherine Rach. J'étais, chez lui, comme un père chez ses enfants ï ils ne pouvaient me nourrir et me loger gratis^ n'ayant pas le moyen de le faire, car c'étaient des jeunes gens nouvellement établis. Mais ils se contentaient du moins possible et ils ont eu la générosité de me répéter souvent que, si je revenais à Cologne, ils partageraient avec plaisir avec moi ce qu'ils auraient, quand bien môme ce fût peu de chose, si je me trouvais dans la gêne. Je veuxjoindre à ce souvenir reconnaissant la sœur du mari, Christine, et la sœur de la femme, Elizabeth Rach, toute leur famille, en général, braves gens et chrétiens pleins de foi. Nous ne nous sommes quittés qu'en pleurant, lorsque, forcé par les circonstances, je fus ohligé de partir. Ils me conduisirent tous au bateau et me comblèrent de choses utiles pour mon voyage. Dieu veuille répandre sur eux ses bénédictions ! Je leur écrivis aussitôt qu'il me fût possible de le faire.

En route pour Stadt Prozelten. — Sur le Rhin. — Un négociant compatissant. — Mittemberg. — M. Laurent Holle. — Installation à Prozelten. — Le curé Gaspard Héberard. — L'hiver de 1794-95. — Grandes souffrances. — Passages d'émigrés.

Sur le bateau, je remarquai, après quelque temps de navigation, un homme, habillé comme un riche négociant, de manières aisées, qui paraissait saisir toutes les occasions de se rapprocher de rr\oi et de lier conversation.

Ne connaissant personne et ce trajet étant long et monotone, je fis, de mon côté, quelques avances et nous fûmes bientôt de bons amis.

C'était, en effet, un négociant, qui était venu à Cologne pour ses affaires et qui s'en retournait à Mittemberg, où il habitait. Il était catholique ( t il avait de suite deviné en moi un prêtre fran-

MITTEMBETtG

Çais. Il se montra, à mon égard, empressé et poli, me questionna beaucoup sur tout ce qui m'était arrivé oVpuis mon émigration, me dit qu'il avait toujours eu le plus grand respect pour les prêtres qui avaient préféré l'exil aux serments sacrilèges qu'on exigeait d'eux, et finit par m'offrir ses services.

J'avais une lettre de recommandation pour le curé de Stadt Prozelten, où je nie rendais ; mais après avoir causé avec cet excellent homme, je pris le parti d'accepter ce qu'il me proposait. Il devait me quitter à Mayence ; il me conseilla de m 'arrêter i\ Mitteiubrrg, où il m'adresserait à un de ses amis, catholique comme lui, qui me prendrait, assurait-il, chez lui, et, par ses relations, me faciliterait beaucoup mon installation à Stadl Prozelten, où il avait de nombreuses connaissances. La suite me prouva combien j'avais eu raison de me fier A lui et M. Laurent Molle, auquel it me recommanda, Fut pour moi le plus généreux et le plus chrétiennement dévoué des amis.

Je me séparai avec peine de mon compagnon de voyage. J*avais eu le temps d'apprécier son bon cœur- En partant, il me réitéra ses regrets de ne pouvoir lui-méine me donner un asile, et

ses protestations n'étaient certes pas vaines; nous avions mutuellement éprouvéles sentiments d'une amitié sincère et il m'en donna plus tard les preuves. Pendant mon exil, je lui écrivis assez souvent, et, de son côté, il ne manquait pas de s'intéresser à ce qui m'arrivait. Un heureux hasard me permit de le revoir au moment de ma rentrée en France et je le retrouvai tel qu'il s'était montré le premier jour.

Je m'arrêtai donc à Mittemberg, où je fis la connaissance de M. Laurent Holle, qui m'accueillit avec la meilleure grâce et s'occupa aussitôt de moi. Je passai trois semaines dans la maison de ce digne homme, temps pendant lequel il organisa mon établissement à Stadt Prozelten et me procura toutes les ressources que j'ai trouvées dans cette ville. Le curé, M. Gaspard Héberard, très digne et très respectable ecclésiastique, plein de charité pour les prêtres et les émigrés français, vint me chercher à Mittemberg. Il avait arrangé mon séjour de façon à ce que je fusse assuré de ma subsistance. Plusieurs de ses paroissiens y participaient. Tous les samedis, je dînais et je soupais chez le curé; le dimanche, chez Bernard Keller, batelier; le lundi, chez Bernard Ulrich; le

*so

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