GRANDES SOUFFRANCES
Los animaux mouraient par centaines dans la campagne. On portait des lièvres et même des chevreuils morts d'épuisement et de froid* Mais ils étaient si maigres qu'on en lirait fort peu de viande, très coriace et n'ayant pas bon goût. Une nuit, des loups vinrent dans les rues, on les entendit gratter sous les portes des caves où ils sentaient des animaux et des volailles, Quelques coups de fusil les firent partir, mais ils revinrent plusieurs fois, et il était imprudent de sortir sans être armé, dans la campagne.
On racontait que des hangars où Ton renfermait les moutons avaient été attaqués par des bandes de loups affamés et que des bergers, en voulant les défendre, avaient failli perdre la vie.
Pendant plusieurs semaines, le temps Tut sombre, au point de ne pouvoir lire sans lumière ; pour ceux qui, comme nous, n'avaient pas d'occupations ni de travail régulier, la vie était monotone et j'étais réduit à passer mon temps
rades, de m'y fourrer par les pieds, bien entendu... On évaluera, au reste, ce que nous eûmes à souffrir du froid, quand j'aurai dit que le fleuve (Wahal) était tellement gelé, que non seulement des corps d'infanterie, mais des régiments de cavalerie, des colonnes d'équipage et des trains entiers d'artillerie le passaient sur la glace. » (Mémoires du général ThiébaulU t. I.)
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auprès du poêle des braves gens qui voulaient bien me recevoir tour à tour ; car, dans la chambre que j'occupais, je ne pouvais faire du feu. Mes hôtes firent tout ce qu'ils purent pour moi ; ils voulurent même m T installer dans leur salle, pour que j'y fusse plus à la chaleur, mais je refusai.
Il passa des émigrés, même au fort de l'hiver, quoiqu'il Tût très dur de voyager avec une saison pareille. Les nouvelles qu'ils nous donnaient, me tirent craindre, plus d'une fois, d'être obligé de quitter mon refuge. Un disait les républicains victorieux ; l'hiver, malgré sa rigueur, ne les arrêtait pas, et, suivant les bruits, on parlait de villes prises, de corps d'armées battus, d'une invasion prochaine.
Les seuls renseignements précis que je pus avoir me furent donnés par deux émigrés, qui passèrent au mois de février. C'étaient deux gentilshommes du Deauvaisis,qui allaient à Àugsbour^, au secours du frère de l'un d'eux, gravement malade. Ils ne s'arrêtèrent que peu de temps. J'eus le bonheur de trouver M. de M... le parent d'un de mes paroissiens, rcspectahle vieillard, qui était resté à Paris, Je sus par lui qu'il avait pu, jusqu'alors, échapper aux poursuites et à la
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loi des suspects et qu'il vivait toujours, soigné par un vieux domestique qui n'avait pas voulu l'abandonner.
Ce jeune homme avait dû sacrifier un bel avenir pour obéir a sa conscience ; il rue dit que les républicains avaient envabi le territoire hollandais et qu'on les croyait maîtres de tout le pays. On disait môme qu'une balaille navale avait eu lieu- Les Français étaient sur le Rhin, après avoir battu les Autrichiens et Ton croyait qu'ils Pavaient franchi.
Je craignis alors d'être forcé de partir dans un court délai et le découragement se fat emparé de moi, sans le secours que je trouvais, tous les matins, dans le saint sacrifice de la messe. Notre bon curé me soutenait le plus qu'il pouvait, mais il y avait des moments où je perdais tout espoir de revoir ma patrie. Les ennemis de Dieu triomphaient partout et les rares nouvelles que je recevais, me représentaient la France comme un pays perdu pour nous, et complètement gagné aux idées des imposteurs qui la tyrannisaient.
Maladie — MauvnUi-K nouvelle*. — Passage de blessée, — Oépart de Pro?.el1cn. — Wurtzbnurçr. — Mauvais ^ïle. — Rencontre d'une veuve émigré** — Voyage A pied, — Nuremberg. — Mauvais accueil a Au#snour£. — Dépari ptafcr Cnristaiirr. — Mcmmlngcn. — Une holeliere française. — Le» auberges en Allemagne.
Au printemps, et quand le soleil ramena un peu de chaleur, je tombai malade d'une affection nerveuse, résultat d'une vie si différente de ce qu'avait été la mienne auparavant, et des fatigues matérielles et morales auxquelles je notais pas habitué. Je fus pendant quelques jours sans pouvoir nie lever, ni prendre aucun aliment. Mes hôtes me soignèrent comme un parent, avec un rare dévouement et m'entourèrent d'attentions, quand je fus en eonvalescence. Grâces leur soient rendues ! De tels dé-