MALADIE
vouements, vis-à-vis d'un étranger, sont si méritoires que je ne saurais jamais leur en avoir assez de reconnaissance.
Lorsque je fus en état de marcher, j'aimais à aller m'asseoir sur la lisière d'un petit bois, exposé au midi et à reporter mes pensées sur la malheureuse France. Le bon curé Héberard 1 venait souvent me joindre et nous causions du malheur des temps, de la terre allemande encore menacée d'invasions, de tout ce qu'elle avait souffert jadis, et nous étions loin de penser que nos prévisions n'atteignaient pas, et de beaucoup, ce qui fut plus tard la réalité. Que de catastrophes! que de ruines accumulées ! Et combien
1. Nous avons reçu de M. l'abbé Georges Scheurich, curé de Stadt Prozelten, auquel nous avions demandé quelques renseignements et qui nous les a fournis avec une amabilité dont nous tenons à le remercier, une lettre dont nous extrayons ce passage qui confirme de tous points les Souvenirs de l'abbé de Préneuf :
« Je me réjouis de savoir qu'un prêtre émigré, M de Préneuf, ait trouvé asile dans mon presbytère et qu'il se soit souvenu avec plaisir de notre hospitalité et du temps passé avec nous. A cette époque, le curé Gaspard Eberhard était bien curé de Stadl Prozelten. Il avait quitté la cure de Bingen, pour celle-ci, dont il avait pris possession enl7G7.
Précédemment, il avait été chapelain et prédicateur à la cour du landgrave Frédéric II de liesse. C'était un savant et un homme du meilleur ton. Peler Anton Reis était bien alors maître d'école; Michel Anton Brandt tenait l'hôtel Zum Adler (A l'Aigle); Bernard Keller et Bernard Ulrich, étaient bateliers. Bartholomaûs Rosback et B. Firmbach habitaient la ville. Leurs noms existent encore. »
de ceux que j'avais connus heureux et pleins de force et de jeunesse, ont disparu depuis, emportés par les horreurs de la guerre !
Quand j'arrivai à Stadt Prozelten, il y avait plusieurs prêtres français installés dans cet endroit. Je citerai un chanoine de Reims et deux vicaires de cette ville que j'ai plus particulièrement connus. Je les retrouvai, plus tard, à Constance, où ils allèrent avant moi, appelés par un autre prêtre de leurs amis, qui leur avait procuré, dans cette ville, une installation meilleure et moins coûteuse. Nous nous aidions et nous encouragions mutuellement; que de fois aije vu le chanoine, expert dans le maniement de l'aiguille, raccommoder nos vêtements usés, et que nous ménagions pourtant avec tant de soin! Il faut être passé par de telles calamités pour comprendre l'intérêt que vous attachez à la conservation d'un habit, ou à l'usure d'une paire de souliers.
Au fort de Thi ver, j'étais resté seul, et quelques prêtres, qui passèrent, ne s'arrêtèrent pas. L'un d'eux avait pu s'échapper récemment de Paris, où il avait vécu, pendant deux ans, caché et presque sans sortir. Il me donna des nouvelles de ma paroisse et de certaines personnes que j'avais