MAUVAISES NOUVELLES
fréquentées et auxquelles je portais un double intérêt de pasteur et d'ami. J'appris bien des morts; d'autres gémissaient dans les prisons ; cependant l'événement du 9 thermidor et la mort de cet affreux tyran Robespierre, avait sauvé de la guillotine des familles que je fus heureux de savoir vivantes et en sûreté.
Pendant Tété» beaucoup d'émigrés vinrent se réfugier de nos côtés. Les nouvelles devenaient de plus en plus mauvaises. J'ai vu de pauvres vieillards, épuisés, sans ressources, obligés de quêter des secours. Les Allemands de la ville et des environs agirent en chrétiens et se montrèrent secourables, autant qu'ils le purent. Malheureusement, il y avait des contrées, ou les habitants ne pratiquaient pas la même charité, et j'entendis le récit de bien des misères.
Vers la fin de l'automne, les mouvements de troupe reprirent avec une grande intensité; des blessés passaient aussi* De longue* tiles de charrettes en étaient remplies, et, par les récits que faisaient tous ces gens, je vis bien qu'il me faudrait chercher un endroit plus éloigné du théAtre de la guerre. D'ailleurs, le pays commençait à être épuisé: les ressources diminuaient etles pauvres gens , qui nous témoignaient
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de Fintérêt, voyaient avec terreur l'invasion s'approcher d'eux.
Je pensai qu'à Àugsbourg, grande ville où je croyais trouver de nombreux confrères, il me serait plus facile de m'établir, et, après bien des hésitations, je me déterminai & quitter Stadi ProzeUcn. Jr n'avais pas de ressources et ne savais pas où m'en procurer* Toutefois, j'entendais dire, avec tant de persistance, que les républicains allaient arriver, que je me hâtai de partir, L*abbé de Mallargues, arrivé depuis peu de jours d'Ànsbach, voulut m'accompagner et nous nous en remîmes à la protection de la Providence*
Nos bagages étaient bien peu de choses. Nous n'aurions pu cependant les porter longtemps nous -ma mes. Barthélémy Firmbach, un de mes bons protecteurs, voulut nous conduire gratis jusqu'à Wurtzbourg, Nous lui devons une grande reconnaissance pour ses soins et sa générosité.
Je quittai donc Stadt Prozzelten le 24 septembre 179^ asile où j'avais trouvé tant de consolations. A mon départ précipité, la charité des habitants m'a encore fourni des subsides qui oui fait ma route jusqu'à Âugsbourg-
Le 2'5 septembre, nous étions à Wurtzbourg,
WURTZBOURG. ALTMANSIIAUSEN 179
d'où nous sommes partis le lendemain, avec un voiturier, qui nous avait promis de nous conduire jusqu'à Nuremberg. Infidèle à sa parole, il nous laissa à Altmanshausen, dans le plus grand embarras. Cet homme, auquel nous avions payé notre voyage d'avance, se montra très grossier et ne voulut jamais nous rendre quoi que ce fût. Il se récriait sur les exigences des étrangers et des papistes, comme il nous appelait, et, sans l'intervention de l'aubergiste qui parut nous prendre en pitié, il se serait encore plus emporté contre nous.
Il partit peu après et nous laissa tranquilles, mais fort perplexes. Nous avions peu d'argent et la brèche qu'y avait fait cet homme nous gênait beaucoup. Il était trop tard pour aller plus loin. Le cabaretier consentit à nous donner une soupente avec des bottes de paille, en payant d'avance toutefois. Heureusement ce n'était pas cher. Nous avions aussi quelques provisions, qui nous servirent à souper.
Le lendemain, le bruit s'étant répandu que nous étions à cette auberge, le bourgmestre vint nous interroger et nous dit que, dans notre situation, nous ferions bien d'attendre le passage d'un voiturier qu'il connaissait et qui, peut-être,
nous porterait gratis à Nuremberg. Ce bourgmestre était un brave homme, qui voulut bien parler en notre faveur à l'aubergiste et celui-ci nous traita mieux pendant les quelques jours que nous fûmes forcés de passer dans cet endroit.
Peu de temps après le bourgmestre, je vis entrer, dans la salle, une femme assez âgée, mise décemment, mais avec un costume différent de ceux du pays. Cette femme vint à moi en s'écriant : « Monsieur le curé, je suis Française ! » et se mit à pleurer d'émotion. C'était une émigrée, MmeC..., d'Arras, dont le mari, capitaine dans un régiment de dragons, avait émigré et s'était engagé dans l'armée des princes. Il avait été tué et sa femme, qui l'avait suivi avec sa fille unique, s'était trouvée seule et sans ressources dans le Palatinat. Les Français avançant, elle avait gagné la Bavière, où sa fille était tombée malade. Elle eut bientôt la douleur de la perdre. Épuisée, sans argent, elle avait dû travailler de ses mains, et elle était actuellement chez un gros fermier, où elle s'occupait de la lingerie, bien heureuse d'avoir pu trouver un gîte et sa nourriture.
Je relevai son courage le mieux que je pus, mais, dans la misère où j'étais moi-même,