MAUVAIS ACCUEIL A AUGSBOURG
je ne pouvais l'aider ni la secourir. Combien de fois, dans le cours de nos voyages d'une ville à l'autre, n'ai-je pas entendu parler de semblables faits, d'extrémités navrantes, o£| étaient réduites de malheureuses femmes, perdues au fond de pays dont elles ne connaissaient souvent ni la langue, ni les coutumes ! Les cimetières allemands comptent bien des tombes qui ne diront jamais toutes les souffrances qu'elles couvrent !
Un autre émigré, ancien conseiller au Parlement, passa aussi pendant notre séjour. Il était accompagné d'un officier allemand et voyageait dans un cabriolet, se rendant à Bamberg. Nous n'aurions pu profiter de son passage ; la voiture était trop petite et sa destination différente. 11 voulut bien me donner une lettre pour un ecclésiastique qu'il connaissait à Augsbourg.
Nous fûmes voir également le curé catholique; mais la réception froide qu'il nous fit nous donna une si mauvaise impression que nous le quittâmes presque aussitôt. Il nous autorisa cependant à dire la messe dans son église.
Cependant le temps s'écoulait, et, malgré la plus stricte économie (nous nous contentions de bien peu à nos repas), nos ressources s'épuisaient. Le voiturier dont avait parlé le bourgmestre
n'arrivait pas. Nous ne savions comment faire. Le cinquième jour, décidés à faire la route à pied, nous allions partir, quand un roulier, conduisant un char plein de sacs, s'arrêta devant l'auberge. Après quelques pourparlers, comme il allait à Nuremberg, et grâce à l'aubergiste qui était bien aise de se débarrasser de nous, il consentit à charger sur sa voiture notre bagage, que nous aurions été obligés de laisser aux soins de notre hôte et à faire route avec nous.
Nous partîmes donc à pied, suivant le char qui allait lentement, heureusement pour nous, peu accoutumés à une aussi longue route. Nous nous arrêtions dans les villages, et si, quelquefois, on nous dévisageait d'une façon blessante, d autres fois, de braves gens s'apitoyaient sur notre compte. Une bonne femme voulut même nous donner, à l'un de ces arrêts, de la bière que nous acceptâmes avec reconnaissance.
Ce ne fut, ni la première, ni la dernière fois, que je dus faire à pied une longue route. On peut se figurer, au reste, combien notre position était précaire et souvent sans issue. On partait quand même, se fiant à la Providence, soutenus par la foi et le devoir. J'ai entendu peu de plaintes ; les malheurs subis avaient été tels, que ceux qui
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pouvaient arriver n'étaient pas pour effrayer et décourager ceux qui avaient accepté l'exil et ses conséquences.
J'avais dit la messe k Altmanshausen, le dimanche 27 et les 28, 29 cl 3o septembre 179^
Arrives aux environs de Nuremberg, notre roulier nous conduisit dans un village à une demi-lieue de cette ville, où nous passâmes la nuit. Le lendemain, nous entrâmes a Nuremberg et nous tûmes trouver un curé que mon confrère avait déjà eu l'occasion de voir, (1 nous reçut assez bien, mais se montra très réservé sur les renseignements que nous lui demandions a propos d'Augsbourg. Je dis la messe, le dimanche 4 octobre, dans la chapelle de Tordre Teutonique et nous partîmes ensuite, par la diligence, pour Augsbourgn
Il ne me fallut pas longtemps pour m apercevoir que j'avais été très mal renseigné sur l'accueil qui nous attendait dans cette ville. Je cherchai cependant, pendant quelques jours, s'il serait possible de s'y procurer un asile, mais mes recherches furent infructueuses et je fus même éconduit sans aucune espèce de formes.
Mon confrère ne se rebuta pas et resta quand même*
Faliguéde ne trouver aucune facilité, soit par défaut de gens de bonne volonté, soit peut-être, parce que les magistrats refusaient de laisser les prêtres français y demeurer, je pris le parti de m'adresser directement à eux. Je ne réussis pas mieux et Ton m'engagea nettement à partir.
Ce mauvais accueil me causa un violent accès de découragement. Je me voyais abandonné, sans savoir où j'avais le plus de chances de trouver un asile et obligé de m'en aller dans un délai très court. Je dois dire que c'est la seule fois, où je me sois vu, en Allemagne, dans une situation pareille de la part des autorités, qui, en général, se montraient, au contraire, assez larges et conciliantes.
J'étais fort perplexe et très embarrassé, ne sachant à quel parti me résoudre, quand je reçus une lettre qu'on me renvoyait de Stadl Prozelten, où elle était arrivée peu après mon départ. Elle m'avait été écrite par le cardinal de La Rochefoucauld auquel, dans un moment de pressants besoins, je m'étais adressé. Il me mandait de venir le rejoindre et qu'il pourvoirait à mon existence. Cette lettre était écrite depuis longtemps et avait été retenue, pendant plus d'un an, dans mes divers domiciles. De plus,