ARRIVÉE A CONSTANCE
âmes les plus nobles et des cœurs les plus compatissants. J'en ai déjà cité et j'en citerai d'autres.
Pendant que j'étais chez le baron de Welhof, j'eus le bonheur, grâce à lui, de sauver d'une situation désespérée, un prêtre français, de la province de Normandie, arrivé jusque-là, de village en village, sur les confins de la Bohême et dans le plus triste état qui se puisse imaginer. Ne parlant que quelques mots d'allemand, comprenant difficilement cette langue, il allait ainsi à l'aventure, avec des vêtements en lambeaux, rudoyé à cause de son aspect misérable et maladif, couchant dans les granges, quand on le lui permettait et plus souvent sous les abris qu'il trouvait aux champs. Pendant deux mois, il ne s'était nourri que de ce que la charité des Allemands avait bien voulu lui donner, aussi était-il arrivé à un degré de maigreur et de faiblesse qui faisait mal à voir.
Le baron et sa famille furent pour lui, comme pour moi. des protecteurs généreux, qui lui facilitèrent, par tous les moyens, son voyage pour regagner la frontière française, où il voulait se rendre. Il avait, assurait-il, les moyens de rentrer sans danger et me proposa même de le suivre.
104 SOUVENIRS DE l/ABBé DE PRÉNEUF
Mais je ne partageais pas son optimisme et je crus plus prudent d'attendre.
Je prêchai, à Constance, le carême de 1796, dans l'Église des RR. PP. Cordeliers, où les Français avaient la liberté d'entendre la parole divine. J'ai souvent dit la messe dans la chapelle de Lorelte et dans l'Église cathédrale où s'est tenu le concile œcuménique*.
Pendant mon séjour, je fus attaqué de douleurs rhumatismales aiguës, qui me retinrent
1. Constance, ville libre jusqu'en 1548, fut ensuite soumise à l'Autriche et en 1802, cédée au grand duché de Bade. Elle est située à l'extrémité nord-ouest du lac de son nom, à l'endroit où en sort le Rhin. Un pont l'unit au faubourg de Petershaueen.
Sa cathédrale, fondée en 1052, est une basilique en forme de croix, qui a été rebâtie au seizième siècle. A seize pas de l'entrée par la porte principale, on remarque une grande dalle, avec une tache toujours sèche, même quand tout le reste de la pierre e6t humide. C'est, dit-on, la place où se tint J. Huss, le célèbre réformateur, lors de sa condamnation à mort par le concile, le 6 juillet 1415.
Le concile de 1414 ne se tint pas, comme le dit l'abbé de Préneuf, dans la cathédrale, mais dans le couvent des Dominicains, aujourd'hui l'Entrepôt. Ce couvent avait été construit en 1388, près du lac. On remarque encore, dans les bâtiments, la grande salle du Concile, avec de puissants piliers en chêne. Cette salle, restaurée en 1866, est ornée de fresques modernes.
La maison dans laquelle Jean Huss fut arrêté, la seconde à droite du Schenetzhtor, est reconnaissable à une image de ce réformateur, taillée en relief dans la pierre du mur et datant du seizième siècle. L'emplacement de son Lâcher et de celui de Jérôme do Prague, à l'ouest du faubourg de Brùlh, est désigné par un bloc de rocher colossal, portant une inscription.