‹ Huit années d'émigration: souvenirs de l'abbé G.-J. Martinant de Préneuf, curé de Vaugirard, deChapitre 51 sur 91 · INCENDIE · texte numérisé non relu

INCENDIE

Les malheureux habitants, surpris au milieu de la nuit, jetaient par les fenêtres ce qu'ils pouvaient déplacer de leur mobilier, ou se lamentaient, dans la rue, sur la perte de leur avoir, qui devenait la proie des flammes.

Beaucoup de mes confrères s'étaient mêlés à la population et faisaient de leur mieux pour aider au sauvetage ; malheureusement, un vent violent propageait le feu avec tant de rapidité, que bientôt, la maison entière ne fut plus qu'un vaste brasier.

J'étais au milieu de la foule, occupé à faire la chaîne, quand je m'aperçus que la maison que j'habitais était elle-même atteinte et commençait à brûler. Ma modeste garde-robe allait, dans quelques instants, se trouver consumée et, dans la situation où j'étais, c'eût été pour moi une perte irréparable. Je quittai promptement la chaîne et m'élançai vers la maison. Elle était déjà envahie par la fumée, mais des gens descendaient encore l'escalier. Je parvins cependant sans encombre à ma chambre ; je réunis en un paquet mes habits et mon linge et ressortis presqu'aussitôt sur l'escalier. La chaleur était devenue si forte que je faillis être suffoqué. De plus, la fumée, acre et fétide, me prit à la gorge et je fus

sur le point de perdre connaissance. Heureusement, la divine Providence me protégea et j'arrivai au bas de l'escalier, étourdi et à moitié asphyxié. Il était temps, car je tombai évanoui, tenant toujours mon précieux paquet. Les voisins qui me transportèrent dans une maison, de l'autre côté de la rue, me dirent qu'il s'en était fallu de peu que les boiseries de l'escalier ne se fussent effondrées sur moi.

Quelques soins me firent promptement revenir à moi, et il ne me resta de cette alerte t|ue le souvenir d'avoir échappé par miracle à une mort affreuse. Je remerciai Dieu de la visible protection qu'il avait étendue sur son indigne serviteur. On m'avait cru perdu et des personnes, qui s'étaient élancées après moi, pour m'empêcher de m'engager dans la maison, avaient dû reculer au moment où elles allaient entrer à ma suite.

Ou parvint à éteindre le feu ; mais la maison où il avait pris et celle où j'habitais furent entièrement consumées. Je ne perdis que quelques livres et tous mes sermons. Je les avais déjà refais à Bruxelles, grâce à la bibliothèque de M. l'abbé Naver, et aux notes que j'avais conservées. Cette fois, le malheur fut complet et

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