EXÉCUTION D'UN GENTILHOMME FRANÇAIS
rien n'échappa. Je me mis à les recommencer sur nouveaux frais, ce qui me demanda, pendant assez longtemps, un travail assidu.
Je dus aussi me mettre à la recherche d'un autre domicile; dans l'intervalle, je fus loyer chez M. de Clermont, qui m'a toujours témoigné un inlérét dont j'ai pu apprécier les effets jusqu'à la fin de mon exil.
Je perdis également, dans cet incendie, un souvenir auquel je tenais beaucoup* et qui m'avait été donné par les dames de Merven.
C'était un petit reliquaire en argent, contenant des reliques de Lorclle. J'avais, dans ma précipitation, oublié ce reliquaire sur ma table, au moment où je m'étais précipité hors de ma chambre.
Je reçus aussi, à Constance, la nouveHe de la mort d'un gentilhomme que j'avais connu à Paris et que j'avais revu à Bruxelles, dans les premiers temps de l'émigration. Sa mort fut causée par une singulière fatalité.
11 voyageait, a pied, avec un autre émigré et ils a'élaieat imprudemment approchés des lignes françaises* Un matin, trompés par le brouillard très épais, ils furent se jeter, sans avoir eu le temps de s'en apercevoir, dans les
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avant-postes des républicains. Ce qui contribua surtout à l'erreur de mon malheureux ami, fut que les uniformes de ces cavaliers ressemblaient à s'y méprendre à ceux d'un corps autrichien, qu'ils avaient traversé la veille.
Trompés par cette similitude, le comte de G... s'avança sans défiance et ne reconnut son erreur qu'au cri de la vedette. Il était trop tard pour s'échapper. Entouré par plusieurs cavaliers, il fut fait prisonnier et conduit au commandant. Les lois contre les émigrés étaient impitoyables. Son procès fut bientôt fait et il fut fusillé en présence du régiment ! .
Son compagnon avait été plus heureux. Profitant de ce que les républicains s'étaient jetés sur le premier qu'ils avaient aperçu, il avait pu se dissimuler derrière une haie et gagner un chemin couvert qui avait protégé sa fuite. C'est
1. Ces exécutions n'étaient malheureusement pas des faits isolés, surtout quand les émigrés étaient pris avec des armes sur eux. Les lois étaient inexorables et, si les généraux tâchaient, en général, de les adoucir, il n'arrivait que trop souvent un dénouement fatal. Onze fugitifs, pris sur les chariots d'une ambulance, par lavant-garde de Kellermann, furent exécutés le soir même, en présence de la foule, qui contempla leur supplice à la lueur des flambeaux. Treize émigrés, dont trois domestiques et le cocher de Mtmrtfe* Cossé, furent jugés séance tenante: neuf furent exécutés; les domestiques seuls furent épargnés. On pourrait multiplier les exemples.
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par lui que je sus tous ces détails ri la mort de son compagnon, que lui-même avait apprise par des gens du pays.
Les distractions, dans notre retraite, étaient rares- Nous vivions dans une appréhension continuelle, aussi le moindre incident nous en tenait lieu. J'allais quelquefois voir un de mes confrères, qui demeurait dans le faubourg de Pctershausen, el nous faisions ensemble de longue** promenades dans la campagne.
Un jour, passant auprès d'une haie entourant un jardin en bordure de la route, nous nous entendîmes interpeller en français. C'était un vieillard dont les traits annonçaient encore une santé robuste et une énergie peu commune. De plus, sa tenue avail quelque chose de raide et de particulier, qui rainait fait prendre pour un ancien militaire. lien était un, en effet.
Son français était très intelligible et même assez correct. Il s'exprimait avec une facilité peu ordinaire. 11 nous aborda avec un air si honnête et si bienveillant en nous disant qu'il connaissait la France et aimait les Français, que nous fûmes, au bout de peu de temps, de très bons amis. Il voulut absolument nous amener chez lui, dans une maison proprette et bien tenue
et nous dûmes accepter les rafraîchissements que ce brave homme tint à nous offrir. Petit à petit, il nous conta son histoire, qui, certes, était orinale et très mouvementée.
Né dans un des petits États de l'Allemagne, dont je ne me rappelle plus le nom, il avait été, fort jeune, engagé par des recruteurs du landgrave de son pays. 11 était resté longtemps au service; mais, un beau jour, à la suite d'une dispute avec un bas officier, las surtout des coups de bâton qui, paraît-il, n'étaient pas ménagés, il avait déserté et s'était engagé dans les troupes françaises.
Il y était resté pendantdenombreusesannées et avait ainsi appris à s'exprimer dans notre langue, avec cette facilité que j'avais remarquée. Il nous dit qu'il avait été en garnison dans plusieurs villes qu'il nous nomma, notamment à Lille et à Metz. J'avais aussi entendu parler de certains officiers généraux sous lesquels il avait servi, et ce bonhomme, rencontré si loin de France, dans des circonstances si pénibles, me rappelait la patrie absente et un régime qui venait de sombrer dans la plus affreuse des révolutions.
Il avait gardé de notre pays un souvenir, qui,