‹ Huit années d'émigration: souvenirs de l'abbé G.-J. Martinant de Préneuf, curé de Vaugirard, deChapitre 54 sur 91 · LES PRISONNIERS DU HELDER · texte numérisé non relu

LES PRISONNIERS DU HELDER

cultiver ses légumes et à aller les vendre au marché. Obligé de partir précipitamment de Constance, je ne pus lui dire adieu, et ce fut un regret pour moi. Nous avions tant de fois causé de la France, que, peu à peu, s'était établie entre nous une amitié réciproque, qui me rappelle quelques bons moments de mon exil.

J'appris, à Constance, la mort de M. H .., capitaine aux gardes, avec lequel j'avais fai connaissance à Bruxelles, chez MM. de Montalembert. La lettre qui m'en informait ajoutait des détails navrants. Il avait été fait prisonnier dans le fond de la Hollande, par les républicains, avec une grande quantité d'émigrés de tout sexe, qui, surpris par l'invasion et les glaces, n'avaient pu s'embarquer pour échapper par la fuite à leurs ennemis.

Ces malheureux, à moitié gelés, avaient été entassés sur des charrettes découvertes, par un froid épouvantable, sans paille et sans couvertures. Ils avaient été ainsi conduits jusqu'à Bréda, où une commission militaire, après un interrogatoire de forme, les avait tous condamnés à être fusillés, hommes, femmes et jeunes filles 1 .

1. Ces malheureux événements avaient eu lieu au mois de février 1795. L'abbé de Préneuf avait été mal renseigné sur

J'avais déjà appris la mort de bien de mes amis et de mes confrères ; je savais qu'il fallait Hre toujours prêt et ne s'étonner de rien. Mais cependant, ces hécatombes de femmes étaient tellement horribles, qu'il a fallu que ces gens fussent des barbares sans pitié et sans cœur, pour en user ainsi.

f J'avais d'abord hésité entre la Hollande et

n PAIlemagne ; je vis alors combien la Providence

(î m'avait bien inspiré en me faisant prendre la

^ route des petits Etals allemands, où, du moins,

p quand on était prévenu à temps, il restait assez

':} d'espace pour fuir les colonnes républicaines.

f Mes bonnes hôtesses de Maëstricht, Mmes de

leur terminaison. Une centaine d'émigrés, hommes et femmes, arrivés au Helder pour s'embarquer à destination de l'Angleterre, ne purent le faire, à cause des glaces et furent surpris par les colonnes républicaines. Ils furent faits prisonniers, entassés dans des charrettes, sans paille ni couvertures, exposés au froid et à la neige et conduits ainsi à Amsterdam. D'Amsterdam, on les envoya, toujours {" sur des charrettes, a Bréda, au milieu de souffrances de

toutes sortes et on leur fit leur procès. Ils furent tous condamnés à mort et devaient élre fusillés huit jours après. 11 est probable que ce fut à ce moment que la lettre adressée à l'abbé de Préneuf fut écrite. Heureusement pour ces malheureux, le 9 thermidor arriva avant l'exécution et le conventionnel Cochon (de Lapparent) fut envoyé à Bréda. II fut indigné de l'état où il trouva les prisonniers et n'hésita pas à ordonner la révision du procès. Celte fois, ils furent condamnés à la déportation et embarqués pour Hambourg. On peut lire tous les détails de ce drame dans les Souvenirs du comte de Neuilly et Dix Ans de la vie d'une femme pendant rémigration.

NOUVELLES DE MÀEBTflICHT 207

Merven, purent, comme moi, échapper aux horreurs de l'occupation étrangère. UElIl d Maëstricht fut pris et pillé ', elles s'élaient heureusement réfugiées auprès fie parents habitant les environs dt* Dusseldorf, lilles n'étaient rentrées dans leurs foyers qu'alors que le calme s'était rétabli. Elles avaient trouvé leur hôtel à peu près intact, prAce au vieux gentilhomme, leur ami, dont j'ai eu l'occasion de parler, Il s'était installé chez elles ; et, au moyen de la protection d'officiers français qu'il avait largement hébergés

I. Le second sie^e de Maastricht fut. diripré par Kléber, en octobre 17i*+. La ville fui bombardée et se rendit après ouïe lourd de tranchée ouverte, La garnison se rompurta vnillanum-ut lit sortit avec les honneurs de la guerre* On trouva dans la place 3fio hanches à feu et un matériel consid^rahle* La ville ne paraît pas avoir été pîïlee comme te dit l'abbé de l'reneuf. tfllr souffrit du homb-icdeineuL Voici ce rçuo dil à ce sujet le «créent l'riras^e, dans son Journal : « On a commencé :'i bombarder ta ville le 12 orumaire : cela a dure trois jours. Le 14, Matfstrichl s'est rendue, a 2 heures du matin. Un des ortleiers supérieurs de la ville e*1 venu sur le* haslions et a demandé le général r|ui commandait en chef tt* sU'kc pour capituler. IVmlanl fju'on esl allé le chercher* les canonnières et les boiribardlèrea redoublaient le l'eu, jusqu'au moment où ils ont reçu 1 ordre du général de rosser. Au moment nu \\ a demandé à capituler, le feu éïail dans des magasina d'huile, de lard* de farine, etc. A la pointe du jour, on voyait tous 1rs bourgeois sur les remparts el plusieurs mms apportaient des bouteilles d eau-devie. Le feu crsst*. on a rie troî* joui» pour arranger la rapilnlalion. La Êmmismi esl sorlie de la ville le 1T bcumaîrc entre 10 et II heure* du malin, avrr les honneurs do la guerre, tambours ballant*, mèche allumée et enseignes déployées. *

et logés pendant l'occupation, il put préserver la maison et les meubles 1 . Ces détails me furent mandés par le bon abbé Tisson, avec lequel j'avais eu les meilleures relations à Maastricht et qui ne cessa jamais de me vouloir du bien.

Enfin, le jour arriva où, les Français ayant envahi l'Allemagne pour la seconde fois, je fus forcé de m'éloigner de cet asile, où je vivais tranquille. Le cours de mes tribulations allait recommencer plus que jamais.

1. Kléber et les généraux sous ses ordres s'étaient montrés très tolérants et avaient même fermé les yeux, lors de 1 évacuation de la place. Nous en trouvons la preuve dans ce passage des Souvenirs Militaires du baron Hulot, qui prit une part active à ce siège : « Nous assistâmes au défilé de la garnison, qu'on désarma sur les glacis, et nous vîmes passer cette file de chariots, qui, sous leur toile discrète et respectée par la générosité bien juste de nos généraux et de nos soldats, dérobaient un grand nombre d'émigrés français aux regards soupçonneux et à la vengeance de nos représentants. »

Départ de Constance. — Ravensburg. — Wurtzbourg. — Une aventure sur la route d'Augsbourg. — Seul dans la nuit. — Les hussards autrichiens. — - M. de B..., officier émigré. — Arrivée à Augsbourg. — Maladie et séjour.

Je partis de Constance le 21 juillet 1796, pour me rendre à Hof, où Ton m'avait écrit que je trouverais des leçons de français.

Jepassai par Ravensburg, Wurtzbach, Schwabmûnchen, où je dus quitter la voiture publique. Je m'arrêtai dans ce dernier endroit pour dire la messe et repartis dans la journée pour Augsbourg.

En m'y rendant, il m'arriva une aventure tragique, ou du moins que je pris ainsi et qui aurait pu tourner très mal pour moi. Elle me causa de gros tourments pendant toute la nuit.

SOUVENIRS DE i/aUUÉ 1>E rHÉNEUF

J'avais àèjh rencontré beaucoup de troupe**:

il y avait aussi des niasses de traînards, toujours prêts a faire un mauvais parti à un voyageur isolé et surtout à un prêtre français, rar mon allemand eut vite été reconnu. Les bruits les plus divers circulaient parmi les paysans. On disait que les Français arrivaient et que le général Moreau était en marche sur Ratisbonne, après avoir battu l'archiduc Charles. Cependant, d'autres affirmaient que c'était le contraire et que les Français étaient en déroute et avaient repassé le Rhin.

Je devais passer par RaLisbonne. Ne sachant comment faire, je m'en remis à la Providence et je résolus de suivre mon itinéraire, malgré les longueurs d'une roui e peu sûre, et mes faibles moyens.

Un voilurier consentit à me porter jusqu'à deux lieues d'Augsbourg et me promît de m'indiquer ensuite la route, de façon à ce que je ne pusse nT égarer. Je m'installai le mieux que je pus, etj comme j'étais très fatigué, je ne Lardai pas à m'endormir, malgré les cahots et la dureté du siège. Je dus dormir longtemps.

Quand je me réveillai, le soleil élait bas sur l'horizon et la chaleur insupportable. J'avais la télé

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