BAYREUTH
pour m'y rendre, étant presque assuré d'y trouver des leçons.
C'est à Bayreuth que j'eus la confirmation des victoires et des succès étonnants remportés par un jeune général républicain, dont on parlait déjà depuis quelque temps, le général Bonaparte, qui est aujourd'hui au comble de la gloire, comme Premier Consul.
A cette époque, on disait les armées autrichiennes anéanties, l'Empire envahi, et je me rappelle que la rapidité de ses succès avait tellement frappé les esprits, qu'on prétendait qu'il allait traverser l'Allemagne, pour s'unir aux armées républicaines qui nous envahissaient par nos côtés.
Les vieux émigrés que j'eus l'occasion de voir dans mes voyages, et qui avaient fait partie de l'ancienne armée de Louis XVI, ne revenaient pas de la tactique adoptée parce jeune guerrier. Quelques-uns, qui savaient qu'il avait fait partie du corps des officiers du roi et qu'il appartenait à la noblesse corse, espéraient voir en lui un sauveur futur de la monarchie. Ce sentiment, qui ne reposait que sur des suppositions, était alors beaucoup plus commun qu'on ne pourrait le croire. Cependant, ce qu'on racontait des an-
técédents du général Bonaparte n'était pas fait pour donner une telle espérance.
Il ne serait, toutefois, encore venu à l'idée de personne, à ce moment, de prévoir la carrière inouïe que *ient de traverser ce chef éminent. Si Ton avait alors fondé sur lui des espérances, on fut bientôt désillusionné et la persécution que nous avions cru, un instant, éteinte et abolie par les pouvoirs publics, recommença de plus belle. Nous dûmes prendre notre parti, de nouveau, d'un exil dont le terme semblait s'éloigner de plus en plus. Ce n'est qu'au triomphe complet de ses armes et de ses idées que nous pûmes revoir notre patrie.
Je fus témoin, à Bayreuth, d'un incident qui faillit mettre la ville à feu et à sang. Certains régiments de troupes régulières, où la discipline devait être cependant sévèrement appliquée, n'étaient pas faciles à contenir et les pays souffraient de leurs exactions.
J'étais tranquillement occupé dans ma chambre, un matin, quand j'entendis des coups de fusils et des clameurs qui partaient du quartier opposé au nôtre, où des troupes étaient arrivées la veille. Peu après, mon hôte monta rapidement l'escalier et vint me dire de ne pas sortir et