UNE MUTINERIE MILITAIRE
d'éviter soigneusement de me montrer» Il y avait une révolte dans un régiment de passage, et déjà des officiers avaient été maltraités et blessés. On voyait aussi une fumée épaisse s'élever de cette partie de la ville, et beaucoup de gens courir dans la rue.
Bientôt après, toutes les maisons et les boutiques se fermèrent et chacun se barricada le mieux qu'il put; nous prîmes également les précautions que nous crûmes les plus sûres, et j'aidai mon bon curé à consolider la porte de sa maison. Personne ne sortit de la matinée et la rue demeura déserte. Nous entendions toujours les mêmes clameurs et la fumée ne cessait pas. Il y avait un incendie dans lebàtimcnt où ces troupes avaient été logées. Nous le sûmes ensuite.
Le calme dont nous jouissions dans notre quartier ne dura pas longtemps. Des soldats, ivres et débraillés, envahirent notre rue en poussant devéritables hurlements. Ils essayaient d'enfoncer les portes des boutiques avec les crosses de leurs fusils; ils réussirent h en saccager et a en dévaster deux ou trois, dont les malheureux propriétaires eurent grand peine à se sauver. Personne n'osait résistera ces bandits, heureusement en petit nombre,
Quelques-uns de ces mutins étaient dans un tel état d'ivresse, qu'après leur éloignement, nous en vîmes plusieurs étendus ivre-morts contre les murs et dans l'impossibilité de faire un mouvement. Nous n'osions bouger et personne ne sortait.
Ces scènes scandaleuses ne durèrent pas. Vers le milieu de la journée, nous entendîmes le galop d'un grand nombre de chevaux. Un régiment de cavalerie, mandé en toute hâte, arrivait ventre à terre et les révoltés, loin de résister, se dispersèrent et se cachèrent aux environs. Une partie de ces soldats, moins compromise, se soumit en demandant grâce. Je me rappelle encore l'entrée d'une batterie d'artillerie qui passa sous nos fenêtres et qui fut se ranger sur une place où débouchait notre rue.
Pendant deux jours, des patrouilles fouillèrent jour et nuit la ville et les environs. On faisait une justice sommaire. Mon hôte me rapporta que le régiment mutiné avait été désarmé et conduit, sous bonne escorte, dans une prairie, auprès de la ville. Là, entouré par des forces imposantes, on avait fait sortir des rangs un grand nombre de mutins, qui avaient été fusillés sur-le-champ.