ACCIDENT DE DILIGENCE
voiture massive et chargée en outre de malles et de bagages, quand, en descendant une côte 5 trop vive allure, un des chevaux glissa et s'abattit. Les autres firent un écart brusque, et, en moins de temps que je ne mets à l'écrire, voiture et voyageurs gisaient dans le fossé. Par bonheur, le talus qui bornait ce fossé, du côté des champs, était assez haut, de sorte que la diligence ne versa pas complètement, mais assez cependant pour que tout le monde fût précipité du môme côté, au milieu des vitres cassées et des paquets de toute sorte.
Si cet accident fût arrivé au bas de la côte, au lieu de se produire au milieu, nous étions précipités dans un ravin, d'où personne de nous ne se serait retiré.
Dans le premier moment, il fut impossible de se rendre compte de l'état où nous étions ; entassés les uns sur les autres, tout le monde criant et pestant ; on ne savait s'il y avait quelqu'un de blessé. La portière, sur laquelle étaient tombés des bagages que la bâche déchirée n'avait pu retenir, était presque entièrement obstruée et nos efforts ne pouvaient la faire ouvrir : aussi passûmes-nous un vilain quart d'heure.
226 sorvExins de l'ahisé de p rêne if
Enfin, le conducteur, qui avait dû sauter de son siège sans se faire de mal, aidé de paysans accourus à la vue de l'accident, parvint à ouvrir et nous pûmes sortir de notre prison. Nous étions dans un état piteux, les vêtements frippés et déchirés, et, de plus, tachés de sang, par suite des écorchures que les éclats des yitres nous avaient fait à la figure et aux mains.
Nous en étions quittes cependant à bon compte, car il n'y eut ni bras, ni jambes cassés, ce qui aurait fort bien pu arriver.
Une dame qui occupait le compartiment de devant avec son mari, nous causa d'abord des inquiétudes sérieuses. Elle était tombée dans le fond, contre la portière et, chaque fois qu'on essayait de la tirer de cette position, ce qui était difficile, elle poussait des cris à fendre l'âme. Nous croyions tous qu'elle était blessée grièvement, mais quand, après de nombreux efforts, nous fûmes parvenus à la déposer sur la route, nous nous aperçûmes qu'elle était simplement en proie à une violente attaque de nerfs. Les cris, au lieu de se calmer, redoublèrent et tout ce que Ton tenta ne réussit pas à apaiser cette crise. Nous prîmes le parti de la porter dans une maison de fermier qui était proche. On la déposa sur an lit