HEUREUX CHANGEMENT
trouver quelque chose. Je pouvais à peine croire à mon bonheur; je partis aussitôt, le vendredi, 12 mai 1797, et vins m'installer chez M. de Welhoff. Je crus être en paradis. Je ne saurais trop louer la bonté, la générosité, la charité avec lesquelles, lui et toute sa famille, en ont usé avec moi. J'espère que Dieu leur tiendra compte, en ce monde et dans l'autre, du bien qu'ils ont fait à un ministre de Jésus-Christ persécuté! J'en dis autant de M. le baron de Mulhz de Horscheim, son frère, et de Madame.
J'étais, chez eux, aussi heureux que je pouvais l'être en exil. Admis dans leur intimité, ils m'encourageaient, au contraire, dans des rapports qu'au début je n'entretenais que discrètement. Nous fûmes bientôt comme de vieux amis. Les soirées se passaient agréablement dans le salon du château, entre ces dames qui travaillaient à leurs ouvrages et MM. de Mulhz, qui, souvent, me priaient de compléter leur partie. Ces Messieurs, grands chasseurs, étaient presque toujours absents pendant la plus grande partie de la journée et, le soir, aimaient à se délasser, en contant leurs prouesses.
La vénerie ne manquait pas au château et je dois dire que je n'ai jamais mangé autant de
pâtés de venaison qu'à cette époque. Ces goûts n'excluaient pas chez eux une instruction assez développée, qui amenait dans la conversation des discussions intéressantes sur bien des sortes de sujets. Nous parlions souvent de la Révolution; ils la jugeaient sévèrement, mais je dois ajouter qu'ils en faisaient retomber une large part de responsabilité sur les deux classes qui ont eu surtout à en souffrir. Il y avait dans ces appréciations certaines vérités que beaucoup de personnes intéressées n'ont reconnu qu'après les événements et que je suis le premier à ne point méconnaître.
La gravité allemande se vengeait ainsi, môme parmi les bienveillants, de l'éclat si vif qu'avaient jeté, au cours de ce siècle et du précédent, la civilisation et l'esprit français. Nos sentiments religieux avaient aussi à souffrir de la comparaison qu on ne manquait pas d'établir entre les manifestations publiques, fidèlement conservées par les grands, et le scepticisme sans frein dont se glorifiaient ces mêmes personnages dans leur vie privée.
Tout ceci n'altérait en rien les bons rapports que nous avions entre nous. Quelques-uns des curés voisins venaient parfois au château et