‹ Huit années d'émigration: souvenirs de l'abbé G.-J. Martinant de Préneuf, curé de Vaugirard, deChapitre 71 sur 91 · MÉTIERS EXERCÉS PAR EUX · texte numérisé non relu

MÉTIERS EXERCÉS PAR EUX

franchi les limites de la ville et on lui en demandait ailleurs.

Les ravages et les malheurs, causés dans les invasions répétées, restreignirent peut-être la vogue de ces travaux ; toutefois, le goût qui s'était manifesté, dès le début, chez certaines classes de la société, en leur faveur, ne cessa jamais complètement et Ton peut dire, à la lettre, que le travail fut la grande ressource des émigrés 1 .

Je ne puis dire toutes les bontés dont je fus l'objet de la part de Tévêque. Nos relations coïncidèrent avec quelques recommandations que lui firent pour moi, des prélats qui m'avaient

1. Presque tous les émigrés cherchaient, en effet, des ressources dans le travail, et les femmes peut-être plus que les hommes. Témoin ce passage des Souvenirs du comte de Neully : « Ma mère, qui était douée d'une raison aussi juste que son courage était ferme, envisagea, dès son arrivée à Hambourg, la destinée qui nous attendait. Elle ne se flatta pas d'espérances chimériques et ne se berça d'aucune illusion qui l'eût empochée de chercher à se créer elle-même des ressources. Avec la somme dont elle était munie, elle fit les premiers frais d'un petit commerce de modes, d'objets de lingerie et de parfumerie, qu'elle s'employa de tout son cœur à faire prospérer, et elle y réussit... Ma sœur, de son côté, se mit à entreprendre une foule de petits ouvrages où elle excella. Elle lit d'abord des bagues en crin avec des lettres entrelacées, des noms ou une devise ; puis elle broda des fleurs, sur des rubans, pour faire des ceintures, nuancée* avec de la soie de diverses couleurs et des fils d'argent ou d'or. Elle faisait aussi des bourses en perles et en fllet qui étaient de véritables petits chefs-d'œuvre. » Ceci se passait en 1795,

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honoré de leur amitié cl il ne se passait pas de jour où ce bon évêque ne mi 1 donnât une inarque d intérêt. J'en étais bien vivement touché et je le fus davantage encore par la suite. Ma santé, assez bonne jusque-là, s'était de nouveau dérangée et reçut une atteinte sérieuse* Ce fut alors qu'il m'envoya passer quelque temps à sa campagne de Spinlelhof, à trois lieues de Ralisbonne. 11 mavait autorisé à venir chez lui librement et, en parlant, il me donna une parcelle de la vraie Croix.

Je fus admirablement reçu a Spinlelhof, Tous les domestiques avaient l'ordre de se mettre à ma disposition. J'étais là dans une abondance qui contrastait singulièrement avec la vie gênée et aventureuse qu'il m'avait parfois fallu mener.

Je pus me reposer sans avoir à penser au lendemain, bien soigné, bien nourri; aussi fus-je bientôt rétabli. Je faisais de longues promenades dans une voiture mise gracieusement à ma disposition, et j'avais la société de quelques ecclésiastiques, dont je n'eus qu'à me louer sous tous les rapports. Le parc et b*s environs étaient remarquahlemenl beaux; de nombreux serviteurs tenaient ce vaste immeuble sur un pied de magnificence et de confort qui

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me rappelait les plus grands châteaux des bords de la Seine,

Hautes futaies, pièces d'eau, allées ombreuses, tout était réuni pour charmer les yeux el offrir à la méditation et aux calmes jouissances, un asile enchanteur. Je vécus là pendant une quinzaine de jours, heureux et tranquille. Mais, la saison ^avançant et ne voulant pas, d'ailleurs, abuser des bontés de l'évoque ; suffisamment rétabli pour chercher un abri, je revins à Ratisbonne, où je remerciai le prélat des marques si généreuses de sa haute bienveillance.

Non seulement, il me confirma son désir de me venir en aide, mais il daigna encore m'en donner des marques en me recommandant spécialement 6 M- le comte de Thiïrn, grand doyen de la cathédrale. M. le comte de Thurn s'occupa aussitôt de me trouver un établissement. Il y mit toute la bonne volonté possible et je ne fus pas longlemps sans en ressentir les efTets. Il me plaça à Donaustauf, sur le Danube, non loin de [ta Lisbonne où j'avais un logement gratuit chez le chasseur du prince-évôi|ue cl j'étais nourri chez le baîlli, aux enfants duquel je donnais des leçons de français.

Chez un maître de chapelle. — M. le bailli et sa famille. — Une femme susceptible. — Rupture. — En ménage. — Cuisinier improvisé. — Convoi de prisonniers. — Un paroissien de Vaugirard. — Souffrances et misères. — Succès des armées républicaines.

Je suis resté chez le chasseur jusqu'au mois de décembre suivant, où il y a eu un très grand mouvement de troupes et où il m'a fallu quitter mon logement pour faire place à des soldats autrichiens. Je me suis alors réfugié chez le s r Schindler, maître musicien du prince-évêque, auquel on me recommanda et où je suis resté jusqu'à mon départ, pour revenir en France.

C'était une famille très unie, de mœurs très douces et de relations fort agréables. Nous avons toujours vécu dans la plus parfaite union

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