‹ Huit années d'émigration: souvenirs de l'abbé G.-J. Martinant de Préneuf, curé de Vaugirard, deChapitre 77 sur 91 · LE DOYEN DE STÀUF · texte numérisé non relu

LE DOYEN DE STÀUF

et qu'elles avaient bien voulu m'y autoriser; j'étais quelquefois fort embarrassé par l'état de mes vêtements, obligé que j'étais de les user jusqu'à la corde.

Mes confrères en émigration étaient peu nombreux. Il y avait beaucoup plusdi* laïques, mais ils ne restèrent pas longtemps et presque tous trouvèrent moyen, soit par des protections, soit par de l'argent, de rentrer en France bien avant moi.

Espérant toujours une amélioration qui ne se produisait pas, je continuai ainsi de vivre seul a mon ménage, jusqu'au mois d'octobre 1 800, refusant également de changer de résidence, bien qu'on me l'eût plusieurs fois proposé.

Enfin, lassé de faire ma cuisine, j'obtins de M. le Doyen de Staufî la permission de venir dîner chez lui. Je m'y rendis pour la première fois le 21 octobre 1800. Je fus bien mieux à tous les points de vue, et le doyen, qui était un digne homme, serviable et grand amateur d'échecs, m'employa a différents services.

Presque chaque soir, je faisais sa partie et je devins, à ce jeu, d'une force acceptable; ce qui flattait le bon doyen, très fier de voir les progrès de son élève.

274 SOUVENIRS DE l'aBBÉ DE PRÉNEUF

Au commencement du mois de septembre 1800, je fus obligé de faire une courte absence et d'accompagner à Augsbourg un vieil ecclésiastique, dont j'avais fait la connaissance et auquel une déplorable santé faisait redouter ce petit voyage, qui lui était absolument nécessaire.

Je me décidai, sur ses instances, à ce déplacement et j'arrivai dans cette ville avec lui, vers le 3 ou le 4 septembre. Il y avait alors une suspension d'hostilités, mais des troupes françaises parcouraient les environs. Je ne restai que peu de jours à Augsbourg, préférant ma retraite de Ratisbonne où je me sentais plus à mon aise que dans cette ville où les autorités ont toujours été plus sévères que dans les autres. Il y avait pourtant beaucoup de prêtres réfugiés.

Pendant mon séjour, comme je me rendais un matin, de très bonne heure, à l'église pour dire ma messe, je fus abordé par un militaire français, qui tenait son cheval par la bride et qui me demanda très poliment si je parlais sa langue 1 . Sur ma réponse que j'étais son compatriote, il me pria de lui dire si je connaissais, à Augsbourg, où il devait se trouver, un prêtre

1. Voir, au sujet de cette anecdote, la fin de notre Introduction.

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