MILITAIRE RÉPUBLICAIN ET PRÊTRES ÉMIGRÉS
dont il me cita le nom. Ce prêtre était de son pays et il désirait le voir. Ce nom ne m'était pas inconnu, mais je lui fis observer qu'étant fort pressé, je ne pouvais lui répondre comme je l'aurais désiré.
Il me répliqua qu'il m'attendrait bien et qu'à ma sortie il me demandait la permission de venir me retrouver. Ce militaire avait un air si respectueux que j'en fus touché et, aussitôt ma messe dite, je sortis à son devant. Il m'attendait, en effet, auprès de l'église et nous liâmes conversation. Il était originaire d'une province de TOuest de la France (je crois me rappeler qu'il était Poitevin), et il avait été pieusement élevé par un chanoine qui lui avait appris la musique et le chant. Il lui était resté, de cette éducation, un fonds de religion, ou au moins de respect pour ses ministres, qui m'avait tout aussitôt frappé.
Je m'intéressai à lui et je lui proposai de le conduire dans la pension où les prêtres français prenaient leurs repas; il avait là plus de chances, que partout ailleurs, de retrouver celui qu'il cherchait.
Chemin faisant, il me dit qu'il se rappelait avec plaisir ses jeunes années; qu'il n'avait
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jamais oublié les soins et l'éducation que lui avait donnés le bon chanoine et qu'il était bien aise de pouvoir rencontrer un prêtre de son pays, pour lui prouver sa reconnaissance.
Malheureusement, l'abbé qu'il cherchait avait, depuis quelque temps, quitté Augsbourg, et ce brave garçon s'en montra fort peiné. Pour se dédommager, il voulut, avec une telle insistance, nous offrir à déjeuner à moi et à deux ou trois de mes confrères qui l'avaient renseigné, que nous fûmes obligés d'accepter pour tie pas le désobliger. La pension, heureusement, n'était pas chère.
A table, il nous découvrit d'excellents sentiments et nous parut si franchement honnête que j'ai toujours gardé de cette rencontre un souvenir consolant. Nous fûmes pénétrés de reconnaissance pour l'acte affectueux et cordial de ce brave soldat qui, en nous quittant, nous assura, que, s'il avait été le maître, nous n'aurions pas été persécutés et forcés d'émigrer. Il espérait nous revoir bientôt dans nos églises.
De tels sentiments, je le répète, n'étaient pas aussi rares qu'on serait tenté de le croire dans les armées de la République. J'ai eu bien peu l'occasion de voir des militaires français et des