‹ Huit années d'émigration: souvenirs de l'abbé G.-J. Martinant de Préneuf, curé de Vaugirard, deChapitre 79 sur 91 · LES SOLDATS I»E CJ2 DANS LES HOPITAUX · texte numérisé non relu

LES SOLDATS I»E CJ2 DANS LES HOPITAUX

blessés; chaque fois que cela m'est arrivé, je n'ai jamais trouvé chez eux qu'un respect souvent très réel et quelquefois une foi sincère. A l'hôpital de Maastricht, j'avais fait, dès le début de la révolution, des constatations pareilles.

Au cours d'un de mes déplacements en Allemagne, je trouvai un jour, dans un village, un maréchal des logis de dragons, blessé et abandonné par les siens, au moment de la retraite de son corps d'armée. Non seulement ce malheureux, auquel je me hâtai de donner le peu de soins médicaux que ma courte expérience m'avait appris, se montra reconnaissant et heureux de voir un prêtre français auprès de lui, mais encore, il fut le premier à me demander les secours de la religion et à se confesser avec toute l'humilité possible. Il me dit qu'il avait fait partie des bandes du fameux Santerre, à Paris ; qu'il regrettait les crimes et les excès commis et qu'il ne voulait pas mourir dans de tels sentiments.

Hélas ! si le peuple avait été libre, si des gens qui n'avaient de populaire que les prétentions et une fausse sensibilité, ne s'étaient pas improvisés ses directeurs et ses maîtres, nous n'en serions pas où nous en sommes et des flots de sang n'auraient pas coulé !

Je remerciai avec effusion cet honnête jeune homme, en le quittant, et j'espère que la Providence lui aura tenu compte de ses bonnes intentions et l'aura ramené sain et sauf dans son pays. J'ai oublié son nom, mais son souvenir est resté vivant dans ma mémoire.

Mort du cardinal de La Rochefoucauld. — Rentrée en France des émigrés. — Incertitude et attente. — Avis et lettres de Paris. — Difficultés levées. — Départ de Ratisbonne pour la France.

Je rentrai à Donaustauf, peu après, et repris mon train de vie ordinaire. J'y reçus la nouvelle du décès d'un de mes plus hauts protecteurs, qui avait eu la bonté de m'en donner quelquefois des preuves et pour lequel je conservais une respectueuse considération. Je veux parler de la mort du cardinal de La Rochefoucauld, archevêque de Rouen, arrivé à Munster, en Westphalie, en octobre 1800. — Une lettre de son secrétaire, l'abbé Lecouflet, protonotaire apostolique, me l'apprit et j'en fus vivement peiné.

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C'était encore un nom à ajouter au long martyrologe de l'exil.

A cette époque, les émigrés rentraient en France en grand nombre. Bien qu'il y en eût relativement peu dans la région, j'en vis passer plusieurs groupes. Je ne trouvai personne de connaissance. Quelques-uns de ces Messieurs m'engagèrent fortement à revenir à Paris. Ils me dirent, ce que je savais déjà par mes lettres, que tout était changé, que les Jacobins n'étaient plus les maîtres, et que les dispositions des consuls et du gouvernement nous étaient favorables.

Les succès éclatants du premier consul Bonaparte avaient profondément modifié les idées ; l'ordre n'était plus menacé ; les honnêtes gens revenaient au pouvoir et l'on avait vécu jusqu'alors dans un tel pessimisme, que l'annonce seule de ce revirement semblait vous ouvrir les portes du paradis. Certains émigrés ne tarissaient pas d'éloges sur le triomphateur du jour et paraissaient disposés à le soutenir. Ils ajoutaient qu'on leur mandait qu'ils rentreraient facilement en possession des biens de leurs familles qui n'avaient pas été vendus et que beaucoup de ces biens avaient même été restitués.

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