CONFIANCE ET ILLUSION
La prostration et l'accablement que nos malheurs amenèrent bientôt après, n'en furent que plus pénibles, mais ces moments de crise et de désespoir ne durèrent pas. Nous nous inclinAmes tous devant les décrets de la Providence et nous mîmes aux pieds de N.-S. Jésus-Christ nos souffrances et nos épreuves.
Nous devions, sans grand répit, commencer cet exode, qui, pendant tant d'années, nous laissa si peu de repos, au milieu de tribulations de toutes sortes. Il était réservé à un bien grand nombre d'entre nous de terminer leurs jours au cours de ces années d'exil et, parmi mes nombreux confrères que j'ai assistés, je n'ai jamais entendu un murmure ni une plainte.
Nous avions la consolation de voir le peuple nous traiter presque partout avec respect; il arriva même que des gens qui nous avaient insultés (et ils n'ont été qu'en petit nombre) furent pris à partie et réduits au silence par des ouvriers.
traits qui révélaient la fierté du caractère. « Je vous donne vingt-quatre heures pour sortir de mes Ktats, » dit un jour à un émigré un prince allemand dont les possessions avaient fort peu d'étendue. « Monseigneur, répondit avec une spirituelle impertinence le Kentilhomme, un quart d'heure suffira ! »» (Vicomte de Broc, Dix Ans de ta vie d'une femme pendant Fémigralion.)
J i»HI
Départ pour Gand. — Un traiteur obligeant. — Proposition de passer en Angleterre. — Refus. — Départ pour Bruxelles.
Je lus obligé de quitter Ypres, par la crainte de l'invasion des Français et par Tordre très sage du gouvernement. Je me décidai à aller à Gand, où j arrivai le 27 octobre 1792. J'y suis resté à peine une semaine.
Il y avait, dans cette ville, comme à Ypres, une foule d'émigrés. Il y était aussi fort difficile de se loger et je me rappelle tout l'embarras que j'éprouvai pour trouver un gîte. J'avais marché, pendant tout l'après-midi, à. la recherche d'une chambre, sans succès, et je me voyais déjà forcé d'aller demander l'hospitalité dans un couvent (ils étaient encombrés), quand