CHAPITRE VIE
LA
Victoires dans le Sud ; siége de Savannah ; nouveaux impôts, nouvelle levée de 300,000 hommes. — Les banques nationales; système de M. Chase; centralisation, unité financière. Les caisses d'épargne ; avenir de la dette publique. — Responsabilité ministérielle. L'Etat nouveau de la Louisiane ; la politique de reconstruction et la politique des territoires. Le Canada et les fenians. — Un club de danse ; l'étiquette américaine, — L’amendement constitutionnel; agilité des partis politiques. — M. Seward et le Congrès ; conservateurs et radicaux. — Prise de Savannah ; marche de Sherman en Géorgie ; dissensions à Richmond ; fanatisme et découragement. — L'échec de Wilmington ; querelles des chefs; retraite de Butler : M. Bancroft ; l'amiral Farragut, — M. Seward et les passe-ports.
20 décembre.
Hier, la Tribune paraissait avec ce mot en tête de ses colonnes : thunder ! Suivait une nouvelle étourdissante, h prise de Savannah, avec 14,000 prisonniers. La dépéche, plus ou moins'authentique, qu'avait reçue le ministre de la guerre ne disait que 4,100; mais la Tribune se croyait autorisée, sur la foi d’un journal de Baltimore. à ajouter un zéro inoffensif au bilan de la victoire. Aujour-
d'hui les deuxièmes nouvelles refroidissent le coup de
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tonnerre: Sherman n’a point pris, il a investi seulement Savannah, dont la garnison forte de 12,000 hommes, no peut manquer de se rendre. En même temps le généry confédéré Hood a été repoussé de Nashville, et, tout en revendiquant l’honnéur dela victoire, il a battu en retraite " avec cinq ou six généraux tués ou blessés. On dit encore que Forrest a été tué par Rousseau à Murfreesborough, Enfin de tous côtés pleuvent les nouvelles heureuses, et Grant seul, le sphinx de Richmond, reste immobile & silencieux.
Cependant le président vient de faire un nouvel appel de 300,000 hommes. La plupart des États ayait échappi au dernier draft de 800,000 hommes en faisant valoir le contingent volontaire déjà fourni par eux sans réquisition. Ainsi la ville de New-York, ayant prouvé qu'elle avait librement donné aux armées et à la marine des États-Unis 80,000 hommes de plus qu'il n’en avait été jusque-là exigé d'elle, se trouvait avoir rempli d'avancele trois quarts de son contingent. Ce monstrueux appel de 500,000 hommes avait donc été une régularisation du passé plus encore que la création d’une ressource nouvelle. C’est pour suppléer à l'insuffisance de ce premier appel que le président lève les 300,000 hommes qui devront à présent être fournis jusqu'au dernier. L’exonération, cet expédient fiscal d’une législation improvisée, qui laissait les cadres vides ou ne les remplissait qu'aux dépens des pauvres, est maintenant: abolie (1); tout citoyen désigné par le sort doit partir lui-même ou donner un remplaçant. En même temps tous les soldats en congé et bons au service reçoivent l’ordre de rejoindre leurs régiments. Vous voyez qu'on pousse énergiquement la guerre, ct
(1y Voyez le 4°r volume, chap. 1v.
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qu'on n’est pas près de se laisser dépasser par cette supériorité du nombré dont les confédérés menacent, les Yankees après l'enrôlement des nègres et la conscription des 150,000 jeünes gens qui, d’après leurs statistiques, doivent atteindre, l’an prochain, l’âge du service militaire. |
Les mesures finaricières ne sont pas moins énergiques. , Le congrès s'occupe d’un nouvel impôt de 95 p. 100, qui s’ajoutera aux tarifs de tous les chemins de fer, omnibus, bateaux à vapeur et voitures publiques des Etats- Unis. En même temps on propose une taxe additionnelle d'un cent sur tous les marchés sans exception. Nonseulement tout check, tout draft chez un banquier, toute
| facture, tout effet de commerce doit porter le timbre
national, mais tous les petits objets de menu commerce sont frappés d’un droit de timbre presque égal à leur valéur. Vous ne pouvez acheter une feuille de papier, une boîte de pastilles, un flacon d'eau de Cologne, une carte photograpuque sans qu’elle porte le passe-port du revenue-stamp. Dans ce pays, qui se fait gloire d'avoir enseigné au monde la doctrine du free trade, les plus petites transactions, les moindres transports sont aujourd'hui frappés par l’État comme s’il avait à cœur de suspendre le mouvement et la vie. Je ne blâme pas ces mesures de nécessité, pas plus que je ne blâme la ressource extrême de l'impôt sur le revenu. Quelle autre manière de faire face à une guerre dont les dépenses moyennes s'élèvent, au bas mot, à 2 millions de dollars par jour? Je veux seulement vous montrer combien les cordes sont tendues, et quelle profonde transformation s'est accomplie en quelques années dans le régime économique de ce peuple, autrefois libre d’entraves, aujourd'hui bridé, garrotté dans tous les sens.
La dette cependant grossit toujours, et la planche aux assignats n’est pas oisive. On a imaginé, pour relever l valeur du papier-monnaie, d'émettre des billets remboursables à terme fixe, avec un intérêt de 5 à 6 p. 100; mais bien loin de relever la masse pesante des émissions anciennes, ces nouveaux billets sont eux-mêmes entrainés et ramenés au taux commun. Ils circulent au même prix que les simples greenbacks. Que valent-ils en efle
de plus que les autres? Ils seront, à l'expiration du :
terme, remboursés en greenbacks des émissions précédentes, et l'intérêt qu'ils promettent n’en augmentera ha valeur qu’à la veille du remboursement. — Les banques nationales sont aussi un moyen mal déguisé d'augmenter l'émission du papier-monnaie. Jusqu'à présent, bien que le congrès se fût réservé le droit virtuel de régler le système Monétaire, l'anarchie la plus grande avait régné. Les banques se fondaient par milliers ct émettaient un papier presque sans valeur, dont rien ne garantissait le remboursement qu'une réserve métallique ou foncière, ou de toute autre nature, ridiculement petite et souvent même illusoire par rapport à l'émission. On voyait des banques offrir pour garantie du blé, du coton ou des . pommes de terre. Presque pas de village qui n’eût plu sieurs banques, et elles inondaient le pays d’un numéraire qui n'aurait pas eu cours dans une société moins active, moins entreprenante, moins besoigneuse de moyens d'échange et moins confiante dans les ressources naturelles qui devaient, avec Le temps, donner corps à toutes ces fictions. Pourtant l'habitude donnait à ces billets innombrables toute leur valeur nominale. Rien n'en rendait la circulation obligatoire : on était libre de les refuser, de ne les prendre qu'à décompte, et dans ce chaos financier il s'était vu plus d’un naufrage. M. Chase,
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C’est alors nales, et fit va intitulé « acte au rachat d’un des États-Unis
he aux à la faveur de la guerre civile et de l'émission du papierver | monnaie, conçut une révolution hardie, et se servit des rem- dangers mêmes qui menaçaient les finances pour y établir . 100: l'ordre et l'unité. Profitant du crédit passager des docissions trines républicaines et du mouvement centralisateur imintrais primé à l'opinion par la nécessité de défendre les poumême voirs nationaux, il entreprit de faire rentrer les banques n effet sous le contrôle du gouvernement fédéral. Il n’essaya on du M pas de rétablir violemment cette banque des États-Unis, précé- violemment supprimée jadis par le président Jackson aux tera la applaudissements de l’école démocratique. Il voulut seumques |. lement, dans la perturbation générale apportée à l’ancien nenter régime monétaire par le règne nouveau des assignats, en que amener les banques à rentrer d’elles-mêmes sous le joug GE Svs- de l'autorité fédérale et sous les lois uniformes du conrégné. grès. Du jour où le papier du trésor fut devenu monnaie ant'un légale, le papier des banques se trouva réduit à la valeur sait le mobile des assignats et attaché à leur fortune. Cepen- 1cière, dant, comme elles conservaient leurs anciens capitaux, DHvent leurs réserves métalliques, et que la suspension des payeit des ments en or diminuait la valeur réelle de leur circulation, 1 des le rapport de leur émission à leur garantie monétaire plu. était rentré-dans des proportions plus sages, et leurs opéumé- rations gagnaient en sûreté ce qu’elles perdaient en moins étendue. Elles faisaient donc encore une concurrence se de dangereuse au trésor, dont la promesse pure et simple ne DUrces pouvait valoir la sécurité matérielle offerte par les ban- Drps à ques locales.
à ces C’est alors que M. Chase organisa les banques natio- Rien nales, et fit voter au congrès l'acte du 25 février 1863, re de intitulé « acte pourvoyant à la création, à Ja circulation cet
au rachat d’une monnaie nationale garantie par des fonds des États-Unis. » On offrit aux banques privées de trans-
ns ce hase,