‹ Huit mois en Amérique [microforme] (volume 2)Chapitre 25 sur 70 · SEE ES · texte numérisé non relu

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former leur réserve métallique en une réserve de papier, bénéficiant ainsi de toute la différence entre l'or et ke greenback. La garantie nouvelle devait être déposée ar a trésor fédéral en bons d'emprunt des États-Unis d'un

valeur égale au moins à celle du tiers du capital s |

banques, en retour de quoi le trésor fédéral leur livrait des billets imprimés par lui pour une valeur égale aux neuf dixièmes des valeurs déposées. Ces billets portent la signaiure du trésor, qui répond lui-même des engage- ments de la banque. Pour décider les anciennes banques à prendre le nouvel uniforme, on les aceabla d'impôts ruineux ; on leur imposa une taxe d’un demi p. 100 sur tous les dépôts faits chez elles, de 4 p. 400 sur l'en: semble de leur circulation émise au delà des neuf dixièmes de leur capital; on les détermina enfin à placer leurs capitaux en bons dés États-Unis par une taxe d'un deni p. 100 sur tous les capitaux placés autrement. En revanche, les banques nationales qui acceptaient le régime de la loi nouvelle étaient, par faveur spéciale et par aetc d'autorité, exemplées de payer les impôts particuliers des États. C’étaient là de grandes tentations, surtout pour les banques obérées, qui, sans retirer un sou de leur émission, san£ dépréeier en rien la valeur courante de leurs billets, en la plaçant même sous la garantie du gouvernement et sous la protection du cours forcé, acquittaient leurs dettes, sortaient de leurs embarras e! réalisaient en outre un bénéfice. L'exemple fut donné gar les plus pauvres, bientôt suivi, répandu partout, et awjourd'hui plus de 30° banques sont devenues des banbanques nationales (1). Le nombre ne cessera de s'en

(4) Une des banques de Philadelphie a pu distribuer ainsi à ses actionnaires un dividende de 110 pour 100,

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Les meilleures banques résistent encore, et préfèrent leur solidité modeste au brillant patronage de l'État. Elles ne veulent pas devenir des machiies à battre monnaie et des succursales du trésor de Washington. Les autres, après avoir distribué à leurs actionnaires un dividende en or, reliquat de leur ancienne réserve, peuvent encore élever nominalement la réserve du papier qui la remplace et développer d'autant leur émission. Elles aident le trésor à écouler ses emprunts en lui achetant des titres qu’elles transforment en monnaie courante. Ce sont de nouvelles planches aux assignats pour épargner la planche un peu usée de Washington.

Voilà une mesure centralisairiee au premier chef. Elle tend à substituer au crédit des entreprises privées un crédit unique, celui de l'État. J'avouc que la régularité est un mérite; mais il faut savoir ce qu’elle déguise et à quel prix on lachète. Nul n’en peut contester sincèrement Putilité présente : en face du danger, tous les moyens sont bons pour trouver de l'argent, Toujours est-il que cette immense émission d’un nouveau papiermonnaie, cette augmentation de la responsabilité publique, cette unité financière qui attache si étroitement la lortune nationale à la gestion dn trésor public, qui fait

(1) Le nombre des banques nationales s’est énormément accru depuis deux ans. On n’en comptait pas moins de 1,600 à la fin de deux ans, et la réforme de M. Chase.est désormais un fait accompli.

qu'avec l'État tont s'écroule et que l'Amérique perd cctte vitalité privée qui était sa force et sa gloire, tout cela, dis-je, parait dangereux et révolutionnaire aux démocrates, et inquiète même beaucoup de républicains. La prospérité des États-Unis à pu être, elle est encore aujourd'hui indépendante du gouvernement. Avant peu d'années, elle en sera devenue inséparable, et les embarras du trésor public deviendront la souffrance du pays.

On répond que les intérêts sont le nœud du patriotisme, et que l'unité nationale, le sentiment de l'honneur publie, l'autorité des engagements pris au nom de l'État, grandiront à mesure qu'une part plus grande de chaque existence sera enveloppée dans ses destinées. Sans voir autre choge qu'un vain charlatsnisme dans l’assertion fréquemment répétée que le peuple américain, s’empruntant à lui-même les milliards qu’il dépense, ne peut ni s’endetter ni s’appauvrir, il faut reconnaître que honnêteté publique s'assure en devenant un intérêt universel. Si les emprunts des États-Unis avaient été faits à l'étranger, je craindrais que le lendemain da la guerre le peuple ne fût tenté de répudier la dette. C’est parce qu l'emprunt est national que la banqueroute devient plus difficile à mesure que la dette s'enracine davantage. Dans les grandes villes, il est peu d'ouvriers, d'husimes du peuple, qui ne soient intéressés personnellement à l’exéeution des engagements de l'État. Les plus petits capitaux sont justement ceux qui souffriraient le plus de la banqueroute. Il y a dans toutes les villes des caisses d'épargne (savings hanks) qui recoivert les petites sommes et les font fractifier, payant chaque année des intérêts fixes de 5 p. 400 et des dividendes de profits tous les cinq ans. Toutes sans exception, pour obtenir de grosses rentes, ont placé leurs fonds sur l'Etat. Les tuteurs et curateurs,

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États-Unis, et la justice, qui remplace 1 ici dans son contrôle le conseil de famille, autorise toujours des deux mains un placement aussi patriotique. Voilà comment il se fait que les petites fortunes sont précisément les plus intéressées à la probité publique, ef que la banqueroute devient chaque jour plus improbable. Seuls, les propriétaires du sol, les agriculteurs sans capital, ou qui emploient tout leur capital sur leur terre, défendent cette façon sommaire de jeter à l’eau la dette et les taxes. Grâce à la différence de l'or et du papier, le capital reconnu des dettes contractées pendant la guerre dépasse énormément la somme versée par les acheteurs; plusieurs des emprunts ont été contractés à 150 p. 100 de prime. Ils se sont pourtant maintenus au-dessus du pair : c’est que, l'industrie en souffrance, les banques paralysées par l'impôt, ne donnant pas d'aussi gros intérêts que l'emprunt, le capital national s’est dès lors porté en masse dans les coffres de l'État; mais quelle sera la durée d’un avantage momentané que le crédit public doit au mauvais état même des finances du pays? Le trésor rembourserat-il en or ce qu'il n’a reçu qu’en papier? Il ne manquera pas de voix pour en démontrer l'injustice. O1 dit que pour échapper au NRPounenen on consolidera une partie de la dette en réduisant à 5 p. 100 l'intérêt de 6 et de 7 1/2. À supposer même qu'on rembourse successivement à leur échéance tous les emprunts faits pendant là guerre, comment se débarrassera-t-on du papiermonnaie? Vous savez que les greenbacks ne sont ni des

billets à ordre ni des bons à terme; c'est une anticipa-.

lion sans intérêts des emprunts futurs : le gouvernement,

apràs avoir épuisé son crédit présent, escompte son crédit à venir. La garantie de la valeur des greenbacks est contenue dans ces mots imprimés sur le revers : «bon pour le payement de tout emprunt fait par les États-Unis. » À moins que le trésor ne soit assez riche pour reprendre les payements en espèces et détruire tous les greenbacls qui rentreront dans ses caisses, 1i faudra, pour les racheter, faire des emprunts nouveaux (4). Il ne

(1) On sait qu'aujourd'hui la reprise des paycments en espèces est devenue certaine, bien qu’elle ne puisse être immédiate, C'est l'honneur de l'administration républicaine et de son ministre des finances, M. Mac-Culloch, de vouloir acquitter jusqu’au bout les promesses du trésor. Les démocrates voudraient qu'on instituât simplement un fonds de réserve pour garantir la valeur du papier et une dotation annuelle pour l’amortissement de la dette; ils espèrent par là éviter les lourdes taxes qu'il faudrait lever pour effectuer le remboursement rapide que souhanent les républicains. Cet le parti des exnansionisles, dirigé aujourd’hui par M. fohn Van Buren. Au con traire, les confractionistes, avee M. Mac-Culloch, sont d'avis qu'il faut retirer le papier-monnaie de la circulation, maintenir de gros impôts, et racheter chaque année ce qu’on pourra ae la dette nationale. Dans son dernier rapport au Congrès, M. Mae-Culloch se déclare pour la révocation ultérieure du legal tender act, qui a institué le papier-monnaie, Il recommande au Congrès de démonétiser d’abord à leur échéance les compound interest notes, espèces d'obligations portant interêt qui ne sont: qu'une forme déguisée du papier-monnaie, { lui demande en revanche la faculté d'émettre à discrétion de l'emprunt 6 p. 100, dont le produit sera affecté au rachat des compound interest notes, et conseille en général le remboursement graduel de la dette à son échéance. En même temps les Chambres ont passé une résolution pour condamner à l'avance toute proposition tendant à répudier la dette, qui dépasse aujourd'hui 2 milliards 700 millions de dollars. Quant aux revenus, on les évalue à 396 raillions de dollars, plus C? 2 milliards de franes. Le parple américain, qui paye on outre des

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manque pas d'hommes pour dire qu'une dette permanente est la condition nécessaire d’une ferme union nationale, et qu'il faut sentir le joug inccssamment pour y rester accoutumé. L'Amérique se trouverait donc converlie en quelques mois au régime financier des grands États de l’Europe. Elle aurait sa dette comme la France, ct, comme la France, son système bientôt centralisé de ques nationales. Que lui manquezait-il? Une adminishation comme la nôtre. Et bien que tant d'indices précurseurs annoncent que pour une longue période le vent va souffler de ce côté, je doute qu’on puisse jamais transformer la constitution intime et élémentaire du pays. Je nacredoute en Amérique qu'un seul genre de centralisaion, celui atauel ja démocratie est toujours encline, parce qu’elle abat les influences individuelles, traditionnelles et locales, et qu'elle les noie dans le flot sans nom des partis. Cette centralisation politique serait à craindre le jour où Je courant aurait coulé longtemps d’un même coté et creusé son lit à travers les résistances des instikations libres. Quant à l'administration proprement dite, l'impulsion de l'opinion publique peut à l’occasion mouvois à Ja fois tous ses rouages épars et lui donner l'apparence, Ja force même de l’unité; mais cette force ne lui vient pas d'elle-même, et bien vaine est la menace de ceux qui prédisent à l'Amérique un gouvernement cen iralisé.

laxes locales au moins aussi lourdes, ne se sent pourtant pas écrase : il tient à faire mentir les prédictions de banqueroute. sil persiste dans ‘sa résolution courageuse, il aura donné l'exemple d’une probité bien rare et d’un sentiment d'honneur

on n& pas coutume d'attribuer aux nations démacraques

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21 décembre.

Le congrès vient de faire un pas signalé vers la res. ponsabilité ministérielle. Un membre a proposé que dé. sormais les ministres pussent être appelés à la barre de l'assemblée pour donner des explications. Le rapport du comité, rédigé par M. Stevens, sera favorable à la proposition, et il est probable que l'active résistance de M. Seward n'empêchera pas qu'elle ne soit votée. Ainsi, même dans une république où le pouvoir exécutif se retrempe dans l'élection populaire, où son action est limitée par un pouvoir judiciaire, interprète unique et sans appel d’une constitution souveraine, on éprouve encore le besoin de lier plus étroitement 1e faisceau des pouvoirs publics, et de mettre les agents de l'autorité exécutive sous le contrôle plus direct de la représentation nationale Qu'en diraient ceux de nos philosophes politiques qui ne croient pas l'irresponsabilité exécutive incompatible” avec la liberté ?

M. Seward parait en ce moment très- impopulaire dans le Congrès. On reproche de la faiblesse à sa politique extérieure tant à l'égard du Mexique et de l'Angleterre qu'à l'égard du RrésiL. La fameuse doctrine de Monroë,

drapeau de l’orgueil national et de l'esprit envañisseur de la race américaine, est déployée contre lui. On dit même que ses dissentiments avee le congrès le forceront à donner sa démission.

On s'attend à une escarmounche assez vive sur l’admission de MM. Cutler et Smiti, prétendus sénateurs de la Louisiane. Vous savez que le sénat des Etats-Unis est élu, non pas directement par le peuple, mais par les législa-

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ures des États, qui envoient chacun deux sénateurs au congrès, quelle que soit d'ailleurs leur population. Or la Louisiane est depuis le mois de juillet dernier sous l'empire d'une constitution nouvelle, œuvre semi-militaire du général Banks et d’une sorte de junte à la mexicaine ommée seulement par les amis connus du gouvernement fédéral. Les libertés de la Louisiane sont rétablies sur le papier, l’État réorganisé dans la plénitude de ses droits souverains ; Seulement les pouvoirs sont élus, sous la protection de l'autorité militaire, par un vingtième à peine des citoyens. Cela s appelle «reconstruire l'État de la Louisiane ; » ce n’est au fond que donner à l’état

| de siége une apparence de légalité. On pouvait faire pro-

visoirement de la Louisiane un territoire, c’est-à-dire lui imposer la direction politique du gouvernement de Washington sans lui donner voix délibérative au sein du congrès ; on pouvait la laisser quelque temps encore sous a domination avouée de son commandant militaire, et

l'arbitraire avait ainsi le mérite de la franchise : on a

préféré lui restituer le rang fictif d’État souverain, afin d'exercer en son nom dans les conseils de la nation l'inluence dont elle restait dépouillée.

Le congrès se demande s’il prendra au sérieux ceite comédie. Les deux partis sont divisés d'opinions, républicains contre républicains et démocrates contre démorates. Parmi les républicains, les uns tiennent pour la politique radicale et pour le plan Sumner-Wade de la réorganisation en territoires des États conquis (4); les

(1) C’est la mème politique que les radicaux soutiennent encore aujourd’hui coutre la politique plus douce de r'econstruction adopté e par le président Johnson, Les radicaux voudraient imposer manu mulitari aux États du Sud toutes les

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autres veulent donner une approbation sans réserve } toutes les mesures dictatoriales du général Banks. Quant aux démocrates, les uns obéissent à leur hostilité très. légitime contre le général lui-même et la domination mi. litaire qu'il personnifie ; les autres s'attachent à ‘une idée mal entendue des droits impérissables des Etats, qui ne peuvent être légalement exclus de l’Union et dont ln affaires locales doivent rester closes à l'intervention du . congrès. Enfin le dictateur de la Louisiane est venu luimême à Washington soutenir ses créatures, et nul n doute aujourd’hui que les deux nouveaux sénateurs n soient admis dans le congrès.

On parle plus que jamais de l'abolition de l'esclavage, M. Sumner à demandé hier qu’on prit en considération une pétition du révérend Ward Beecher (1) et de 3,000 citoyens de New-York qui réclament l'émancipation radicale et immédiate. Une fraction considérable du part démocrate se rallie à la grande réforme pour cette bonne raison qu'elle en voit l’opinion publique posséuée, + qu'elle veut au moins en partager l’honneur. De son côté, Jefferson Davis n’a pas rénoncé à son projet d'émancipation armée. Un de ses journaux s’indigne contre cet obstacle suranné de l'esclavage qu’on oppose à l'indépen-

réformes qu’ils jugent nécessaires à l'honneur national et à ha sécurité publique, et au premier rang desquelles ils mettent le suffrage des noirs. Le président, sans répronver toutes leurs idées, pense qu’il faut laisser les États du Sud accomplir euxmêmes les réformes qu'on leur demande. Les radicaux. vou draient agir : M. Johnson se contente de parler en maître ct de dicter aux États du Sud lés conditions indispensables de leur retour à l’Union.

(1) M. Henri Ward Beecher, prédicateur et orateur abolitioniste, frère de madame Beecher Stowe, l’auteur du roman célèbre la Case de l'Oncle Ton.

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davage, mais pour la liberté des blanes. » Vous le voyez,

s'agit maintenant de savoir si la société du Sud rentrera “dans la famille américaine; quant à l'esclavage, il est blessé à mort, et la guerre ne sert plus qu’à ensan- Janter ses funéi ailes.

L'esprit abolitioniste a pénétré jusqu'à la Havane. blancs et noirs, mais surtont les blancs, convaineus que le système du travail esclave est funeste à leur prospérité publique et privée, se sont unis, dit-on, pour obtenir de l'Espagne un acte d'émancipation. La résistance de la métropole ne les décourage pas. On cite un propriétaire de 2,000 esclaves au premier rang de l'agitation aboliloniste. Ainsi cette guerre civile des États-Unis, où, disait-on, l'esclavage n’était pas intéressé, aura été lé signal de son écroulement dans le monde entier. Cette petite église abohtioniste, si longtemps honnie et persécutée, aura été l’étincelle qui met le feu à la mine cachée de la conscience et de la raison humaines. |

Le congrès s'occupe toujours de la question canadienne. On soupçonne le ministère de connivence avec le juge qui a si galamment acquitté les ratders de Saint- Albans. Les jurisconsultes disent que le motif allégué est trop misérable pour avoir arrêté un esprit sincère. Cette question d’extradition, réservée, disait-on, au gouvernement anglais, a été positivement réglée dans un amende- Ment aux statuts voté par la législature canadienne et approuvé, il y a trois ans, par la reine. Les raisons du juge ne sont même pas des prétextes spécieux, ct plusieurs journaux américains et canadiens se demandent si l'argent de Re en passant dans ses mains, les a laissées vides. Les Canadiens s’effrayent des consé-

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quences possibles de leur faute, et sauf quelques acharné, mangeurs de Yankee qui elorifient là décision du juge comme un acte de fierté nationale, la voix publique de. mande à grands cris sa démission. Le chef de la police pris les devants en donnant la sienne. Les chemins de fer internationaux se préparent à interrompre leur service et mettent déjà leur matériel en lieu sûr. Il n’est bruit au Canada que des nouvelles rises machinées par les pirates confédérés. On ra ls ont acheté des vaisseaux, des armes, qu'ils v Buffalo, Cleveland, Detroit. On enrûôle trois réguuents de volontaires s. on annonce qu’on va mettre sur pied 200,000 homes, Jl y a aux- États-Unis une institution singulière, }y confrérie des fenians, vaste association irlandaise, moitié publique, moitié secrète, comme chez nous la franc-maconnerie, formée en haine de l'Angleterre et pour la délivrance de l'Irlande. Les fenians se bornent pour le moment à tenir des meetings, à proférer des vociférations patriotiques, à accomplir des cérémonies burlesques en manière de rites religieux, à encourager enfin l’émigration de leurs compatriotes; mais la confrérie, qui n'est pas opulente, prétend compter par centaines de mille les mains prêtes à combattre. Son espoir est de pousser les États-Unis dans une guerré européenne et d’écraser cette odieuse Grande-Bretagne, dont la haine semble impérissable chez les fils des paddies irlandais (4). A tout le

© (4) Depuis les derniers troubles d'Irlande, les fénians ont achevé de déchirer le voile qui couvrait leurs secrètes menées. Ils se sont constitués en république élective, sur le modèle de la République des États-Unis. Ils ont nommé un Congrès, qu’on a vu siéger dernièrement à Philadelphie, et un président, qui est le colonel O'Mahoney; ils ont émis un emprunt remboursable après l'établissement de la République d'Irlande, orga-

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noins, elle estun cauchemar pour le Ca ada, qui ne rêve en ce moment que fénians envahisseu:5 et voit déjà dans la nombreuse population irlandaise à laquelle il a luimême donné asile un monstre prêt à le dévorer. Encore un brigandage des confédérés, et voilà la guerre entamée, voilà les hordes celtiques précipitées. sur les colons de l'Amérique anglaise ! Dans la colère du premier mouvement, le générai #, commandant le département mili-

nisé une armée, acheté même à New-York un capitole, où ils ont installé leur gouvernement au milieu de tout l'appareil d'une souveraineté de théâtre. Ils parlent tous les jours de faire une descente en Irlande, où ils ont de nombreux affiliés, et d’en balayer « les myrmidons de la tyrannie anglaise. » Le Herald, qui se fait leur journal officiel, prophétise qu'avant un an d'ici, l'Angleterre sera devenue une république. Les choses en restent là, et tandis que le produit de l’emprunt se gaspille d'avance en préparatifs extravagants, les pauvres gens à qui lon a fait un devoir patriotique d’y engager leurs économies risquent fort de ne les recouvrer jamais. On accuse le gouvernement américain de complicité secrète avec les fénians. Ce reproche est injuste. C’est bien sur leur requête que le président Johnson a mis en liberté le fameux John Mitchell, un des chefs de l'insurrection irlandaise de 1848, compromis depuis dans la rébellion des États du Sud ; mais le gouvernement n’a cessé de les décourager par ses conseils et de démentir les bruits d'alliance complaisamment répandus par teurs chefs. Il n’a aucun désir d'entrer en lutte avec l'Angleterre, et peutêtre aurait-il déjà mis à la raison ces énergumènes, s’il n’était forcé de ménager l'opinion publique. Il faut se rappeler enfin que l’on jouit en Amérique d’une liberté de réunion et d’association

illimitée. Dans ce pays où tout le monde porte un revolver

chargé dans sa poche, ce n’est pas un crime de revêtir un uniforme et de paradér dans les rucs, le fusil sur l’épaule. Le président n’a pas le droit de gêner des citoyens dans l'exercice de leur liberté naturelle, à moins qu’ils ne compromettent. séricusement la paix publique, et ce serait faire trop d'honneur aux fénians que de les supposer dangereux.

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