‹ Huit mois en Amérique [microforme] (volume 2)Chapitre 26 sur 70 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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taire du Nord, avait lancé une proclamation belliqueuse qui autorisait les populations attaquées à des représailles sur leurs voisins. Le congrès discutait l'armement d'une

marine sur les lacs et la rupture immédiate de ce traite |

de réciprocité qui, étendant auk sujets britanniques toutes Jes immunités commerciales des États-Unis, désarme et désintéresse au Canada le parti de l’annexion américaine. Toût-penchait donc à la guerre ; mais le gouvernement; plus sage, est venu mettre le holà. Le président, guidé par son propre bon sens ou cédant à l'in fluence toujours prudente de son ministre d’État, a dé. savoué le manifeste du général Dix en le contraignant

lui-même à se rétracter. Enfin M. Sumner, avec üne.

sagesse et une modération qui l’honorent, ‘a combattu énergiquement dans le sénat les mesures de- guerre, insistant pour que le traité de commerce ne fût pas rompu sans qu'on donnât au Canad2 l'avertissement préalable précédant de six mois la rupture, -et que la question de l'armement de la frontière fût envoyée au comité des affaires étrangères avant de passer au comité de la guerre. « Les rebelles, dit-il (c’est du moins la substance de sa pensée), ont un autre dessein dans ces pirateries que de voler quelques banques et de tuer quelques citoyens. Ils veulent nous mettre en guerre avec Grande-Bretagne en faisant déborder la coupe déjà pleine de nos griefs et de ses injustices. Ne tombez pas dans ce piége, ne compromettez pas le succès de l’autre guerre, mais abattez l'insurrection, et du même coup vous aurez tout vaincu. » à

On a trop souvent. accusé. l'Amérique de provoquer tous les peuples et de fouler aux pieds toutes les lois. Si nous consultions l'histoire de ces dernières années, nous verrions qu’elle sait tout aussi bien que ses aînées d’Eu-

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Droit. Quand on se rappelle que pendant la guerre de

Crimée aucun pirate américain n’arbora le pavillon russe, oise sent moins disposé à donner à la neutralité. anglaise : k palme- de la bonne foi. — Sans doute on ne verra ja- Ensis un journal autrichien, français où russe, faire la vaine et ridicule menace d'une descente en Irlande et d'un démembrément de la puissance britannique; mais «tte écume superficielle n'altère pas le solide bon sens du peuple, et il serait peut-être à désirer que quelqueswies de nos savantes monarchies emnruntassent - à ]a démocratie américaine la sage politique de son fondateur: e pas rechercher d’influences lointaines .ni d'aventures riineuses au delà des mers.

23 décembre.

Voilà Noël et le jour de l'an qui arrivent avec leurs fites: Étant venu à New-York pour voir le monde, je devrais me jeter dans le tourbillon de cette société futile que l'hiver y rassemble, et où ma qualité d'éranger de distinction m'ouvrirait toutes les portes. 1! ne manque te épreuve personnelle pour porter mon jugement sur le sujet infiniment délicat et fugitif des mœurs privées. Ces chases-là ne se lisent pas dans les livres, ne s’écrivent pas dans les constitutions, et je devrais profiter de l'ocsion pour y jeter un coup d'œil ; mais j'ai une grande antipathie pour les relations de politesse pure. Je n'aime pas à solliciter la bienveillance des indifférents, je n'aime pas à payer de ma personne l’obligeance des gens que jennuie. Aussi ne suis-je allé encore qu'une seule fois en soirée.

© (était un de ces bals qu'on appelle ici classes de danse (dancing class), — véritables clubs de jeunes filles qu y viennent sans leurs mères, amenant qui leur plait, (n * compte à New-York un grand nombre de ces petites co. teries joyeuses qui se réunissent toutes les semaines chez une des sociétaires. Chacune arrive d'ordinaire flanquée de deux cavaliers : l'un d'eux, lè plus intime et le plus familier sans doute, la reconduit. chez elle après le bal, À Pour moi, je n'y connaissais personme et j'étais dans un “ésert. J'ai pourtant remarqué jusque-là, même sous cravate blanche et l’habit noir, un reste de ces mœurs démocratiques qui semblent avoir passé dans le sang. Un inconnu vous interpelle et vous parle familièrement, vous demande un renseignement, vous prie de le. présenter à miss une telle. Ceux qui me faisaient cette requête, il faut l'avouer, s’adressaient mal. ; | L'Amérique est le pays du sans-façon. Vous avez li dans les récits de M. Ampère l’amusante anecdote du cocher qui demande où est l’homme qui a loué sa voiture, en s’intitulant lui-même le gentleman qui doit le conduire. Chaque jour passé en Amérique m’en fait admirer la justesse. Je débarque à New-York, dans le lieu civilisé par excellence, je monte en 54 je paye le conducteur; il se retourne et crie: « Où es: le bagage de cet homme » — À Pittsfield, je nunte dans le traîneau de l’auberge, il gèle à pierre fendre, et je me blottis au fond du berlingot; le cocher met le néz à la-portière : « Où est donc cet homme ? » je demande mes souliers à un petit ramoneur chargé du département des bottes cirées : celui-ci | par amitié me passe son bras autour du cou et.me tape familièrement sur l'épaule. Un autre, à bord du steamer, jure après moi parce que je gène son coup de balai. Même ici, dans les cars, vous voyez le conducteur causer

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dame entre, et a pousse 6 mups de pol ge dispense } Boston, un sent une bad de petits col qui se SeTva debout deva aure, qui se lence. — Le un bonjour Ï un signe de prendre con!

entre gens de temps à pliments inu mode, et ce mis l’unifor! ma politesse ne songe à semblent g recherchées d'un Angla vécu dans À peut-être «heïs a ve Dieu me vous rendr

(1) « C'es nible. »

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ar un pied d'égalité parfaite. avec ses pratiques. Une lame eñtre, le conducteur lui met la main sur l'épaule et la pousse en lui donnant dans le dos èomme de grands œups de poing ; nous l'appelons « sir, » tandis que lui æ dispense habituellement de cette formalité. Une. fois, : à Boston, un Français paisiblement assis dans l’omnibus

sent une badine lui chatouiller les jambes et lui dire avec

de petits coups : « Faites-moi place. » Le personnage qui se servait de cétte langue peu cérémonieuse était-là,

debout devant lui, un homme bien vêtu, de bonne touraure, qui semblait n’avoir pas le sentiment de son insolence. — Le chapeau d’un Américain est cloué sur sa tête : un bonjour banal, un universel shake-hands, quelquefois un signe de tête imperceptible, une brusque manière de prendre congé sans dire adieu, voilà les formes usuelles entre gens bien élevés, façons d'hommes qui n’ont pas de temps à perdre ni d'imagination à dépenser en compliments inutiles. Cette simplicité est vraiment bien commode, et ceux même qu’elle choque le plus en ont bientôt mis l'uniforme. J’ai peur que je n’aie un jour à rapprendre

ma politesse française oubliée, ce dont d’ailleurs personne

ne songe à s'offenser ici. Au contraire les Américains semblent gênés lorsqu'on use avec eux de formes trop recherchées. « Oh! » disait un habitant de New-York d'un Anglais de bonne compagnie qui avait longtemps vécu dans les colonies espagnoles et qui en ‘avait rapporté peut-être une fleur de politesse un peu trop raffinée, « he is a very fine gentleman, but painfully polite (1). »

Dieu me garde pourtant de calomnier l'Amérique et de vous rendre ses habitants odieux ou ridicules! Ils ne mé-

(1) « C'est un parfait RENTE mais d’une politesse pénible. »

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ritent ni l’un ni l’autre, et ils rachètent presque toujours

cette absence d’ornements par une ‘cordialité et une-obli. geance sincères. Si je reviens sur cet éternel sujet des façons américaines, c’est seulement pour vous montrer à quel point l'égalité démocratique pénètre dans les manières d’un peuple. Peut-être aussi n’y insisté-je autant que.par vanité nationale, la politesse étant, à vrai dire, le seul point du caractère français où nous gardions encore une incontestable supériorité. Les Américains bien élevés qui vont en France sont charmés de l’universelle courtoisie-qui y règne. En Angleterre, la société se divise en deux classes, les insolents et les humbles : nous seuls avons le privilége d’être à la fois un peuple démocratique

et un.peuple poli. Tandis qu’en Angleterre l’homme riche

ou titré répond #an ou fellow à l’homme du peuple qui lui parle chapeau bas et courbé, tandis qu’en Amérique le dernier goujat vous traite comme un camarade, nous savons, nous autres, grands et petits, trouver dans nos manières la mesure de la convenance. Nous sommes, rendons-nous cet hommage à nous-mêmes, un des peuples les plus polis du monde; nous n'avons pas assez de vertus pour en diminuer aucune. :

Je vous parlais hier du succès probable de l'amende

ment consiltutionne] : il me semble assuré aujourd'hui. Le parti démocrate obéit enfin aux événements, et pour faire face au vent contraire, pour le ramener dans ses voiles, change décidément de position. Le World, organe des copperheads, contenait l’autre jour un grand manifeste abolitioniste, où sans doute l’émancipation n'était pas glorifiée, mais où, ce qui revient au même, elle était acceptée comme une nécessité, presque comme un fait accompli, Les raisons qu’il en donne sont bien simples, et quelque peu impudentes dans leur gros bon

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une nouvelle, où nous ferons entrer la planche de l’abolion. Libre à chacun de garder ses pensées intimes ; mais l'esclavage doit être rayé des opinionsofficielles du parti.»

Chez nous, on crierait à la palinodie et à la trahison; on poserait en principe que les opinions doivent être sacrées comme une foi religieuse, et que les partis ne doivent jamais changer une pierre à l'édifice immuable de

gui leurs dogmes, sauf à donner librement l'exemple des hocratique irahisons individuelles et à désérter soi-même le camp me riche des vaincus. ei les parts savent au contraire virer de peuple qui bord, quand ils se voient jetés à la côte, et c'est grâce à Amérique æs évolutions opportunes qu ils conservent tout leur ade, nous W équipage. Cette politique de concession effarouche-t-elle be UE votre sévérité? C’est pourtant le seul moyen de ne pas sommes devenir un corps mort, un tronc inerte sans bras ni s peuples jambes, sourd, muet et aveugle, et conservant seulement de vertus dans son impuissance la vaine consolation de sa libre et secrète pensée. Il n’y a rien de honteux à faire ainsi la amende. D ?! du feu, à jeter à la mer une partie de la cargaison urd'hui, pour sauver le reste. L'avenir n’est pas aux partis qui se

: laissent silencieusement et stoïquement couler à fond, ni pour à ceux qui, pour sauver leur vie, cherchent un refugé

pi dans une reddition déshonorante ; il est à ceux qui savent 1 grand se maintenir à flot. Bons ou mauvais, il y a des faits acipation complis qu'il faut subir, car on perd s0n temps à les me combattre : telle est ici l'abolition de l'esclavage, tel est ie chez nous le suffrage universel. La force des choses qui t bien contraint les esclavagistes à voter pour l'abolition, con- “. damne nos conservateurs à devenir démocrates, s'ils

veulent ressusciter la liberté...

24 décembre.

La querelle canadienne s gite et le vote qui doit rompre le traité de réciprocité est renvoyé après les vacances de Noël pour étre soumis à considération plus mûre, Le-gouverneur général, lord Monck, a compris et fait son devoir : il a ordonné Ia poursuite des fugitifs ; * l'un d’eux a été ressaisi, on espère s'emparer bientôt des autres. En même temps il a fait une proclamation pour recommander au peuple une neutralité sans reproche.

De son côté, le congrès s’adoucit; sa grande affaire est én

ce moment la croisade des radicaux contre le réactionnaire Seward. | On a dit que le président Lincoln n’était qu’un homme de paille, une marionnette dont Seward agitait les fils. 1l paraît au contraire que, sous sa rude écorce et avec sa bonhomie naïve, M. Lincoln est un véritable homme d’État, plus souple et plus délié dans les intrigues politiques que beaucoup de praticiens rompus dans les cabinets, Îl à su, sans dévier jamais, se tenir assis en équilibre entre les deux factions hostiles du parti républicain. Tant que l'opinion publique a demandé des temporisations et des demi-partis, M. Seward est demeuré maître absolu dans le cabinet. Aujourd'hui que les eaux de l'opinion l’abandonnent, il risque de rester à sec sur la plage déserte de son ministère d'État. La responsabilité ministérielle, pour n'être pas constitutionnelle en Amérique, n’en est pas moins une loi naturelle à laquelle le gouvernement ne peut échapper. Le jeu de ce rouage caché est sans doute plus lent et plus difficile que dans les monarchies : un ministre, au lieu de se retirer comme en “Au-

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gleterre devant la première rafale, reçoit plusieurs bordées en pleine poitrine avant de s’avouer vaincu. Un jour pourtant arrive où sous les coups répétés des votes contraires il faut obéir ou battre en retraite; c’est ce que ferait M. Seward le jour où ses ennemis auraient résolu d'en finir avec lni et où le président leur dirait sous le rideaù d'ouvrir leurs batteries. 11 n’est pas dit qu'e l’honnéte Abe doive être maladroit parce qu’ est honnête. Sa politique est une girouette intelligente et prévoyante des vents fu-

‘lurs, qui, sans les suivre ni les devancer, se trouve tou-

jours d'accord avec eux.

La chambre des représentants vient'en apparence de lui infliger un blâme en votant avec bruit la confirmation dela doctrine Monroë; mais en réalité le blâme n’atteint

que M. Seward. Quand M. Winter Davis donna lecture

de la résolution qu’il soumettait à la chambre, et qui portait qu'en règle générale la politique extérieure du président devait être rigoureusement subordonnée aux vœux émis par le congrès, on a pu remarquer le changement significatif du mot président en celui de département exéculif. Enfin la politique des chambres entraine de plus en plus le président au radicalisme. Elle ne peut en revanche que déplaire, je ne dis pas au tiède libéra-

. Jistne, mais à la modération naturelle du :+crétaire d'État.

Quand le sénateur Wilson fait ajouter à la résolution d'enquête sur l'arrestation et la disparition arbitraires du lieutenant gouverneur du Kentucky Jacobs cette restriction qui l’annule implicitement, « pourvu que l'enquête soit compatible avec l'intérêt public, » M. Seward applaudit sans doute à un tour de sa façon ;"mais quand l’attention du sénat est appelée sur la loyauté douteuse d’un grand ombre des employés du gouvernement de Washington, el qu’un vote de cette assemblée, imposant le

serment de fidélité (oath of allegiance) à tous les habitants du district de Colombie sans exception, interdit de faire le commerce à quiconque ne l’aura pas prêté, le dé: bonnaire ministre d’État, qui, tout en se permettant, dit-

on, l’arbitraire à petites doses et à huis-clos, n'aime pas

ces mesures générales et éclatantes d'autorité révolutionnaire, doit mordre ses lèvres avec un sourire de pitié. M. Seward n’aime en fait d'arbitraire que le pouvoir à petit bruit, le gouvernement discret des cabinets et des bureaux de police, où les paroles compromettantes se chuchotent sous le manteau de la cheminée, tandis que la protestation des victimes s'éteint derrière la porte murée. Les radicaux, au contraire, sont des bûcherons et des bouchers politiques qui hachent l’arbre à sa racine ‘et frappent l'ennemi à la tête sans se soucier du fracas de sa chute.

27 décembre.

J'ai fait hier un second pèlerinage dans lé New-Jersey, chez le général Mac-Clellan, car, si je suis en Amérique du parti du vainqueur, ce n’est pas une raison pour oublier les vaincus. Cette fois encore le général était absent, et je n’ai pu le voir; mais le premier mot que j'ai entendu dans sa maison m'a vivement frappé : « Bonnes nouvelles ce matin!» Or ces bonnes nouvelles, c’est la prise de Savannah. Je sais des familles où ce suceès dés armes fédérales fait pousser des cris mal contenus. Chez le général, qui pourrait songer à sa carrière brisée, à la gloire dont les autres l'ont agponiilés on dit ; « Bonnes nouvelles ! »

C'est une grande nouvelle en vérité : non pas que le

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que le rapport officiel réduit à 800; le général Hardee a échappé avec la garnison. Cependant, quelque effort que

pagne peu bruyante et peu coûtéuse a des résultats incalculables. La Géorgie, ce riche pays d’où le gouverne-

de fond en comble par le passage de l’armée de Sherman, armée composée de vétérans, habituée aux maux et aux représailles de la guerre, et peu pitoyable aux souffrances de l'ennemi. Depuis longtemps, le Sud épuisé faisait illusion par son audace. Il y a six mois à peine, quand les rebelles menaçaient Philadelphie, Baltimore, assiégeaient pour la seconde fois la capitale, qui eût deviné combien était usée au dedans cette puissance qui paraissait invincible ?

Quand le général Sherman conçut, il y a deux mois’ le projet hardi, téméraire‘en apparence, mais en réalité facile, de percer le cœur de la confédération et de s’y

del ouvrir un chemin jusqu’à la mer, il s'éleva beaucoup de D'où prophètes qui prédirent que ce serait son tombeau : Hood bsent devait lui couper la retraite; son armée devait périr en. tendu détail dans les montagnes de la Géorgie; il allait se mettre

nt. dans la gueule du lion. Les sceptiques hochaient la tête prise et souriaient de pitié. Plusieurs ne voulaient pas croire armes qu'il avouât son dessein véritable, et les journaux de e gé- Richmond mesuraient avec ironie les 300 milles qui sé-

‘à la parent Atlanta des côtes de l'Océan. Il partit cependant, coupant ses communications, ses vivres, détruisant tout sur ses defrières, laissant à l'armée de Hood le pays libre et dévasté, et pendant six semaines on ne sut que par de vagues rumeurs, par des rapports venus de l'ennemi, le

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ie le

dépêche reçue la veille parlait de 13,000 prisonniers fassent les journaux rebelles pour le déguiser, cette cam-

ment de Richmond tirait tant de ressources, a été ruinée

hasardeux progrès de l’expédition. Tout à coup-la nou" velle éclate : Shermän est sur la côte; il donne la main à la flotte, il prend le fort Mac-Allister, il assiége Savan-

nah. Dans ce'te longue et triomphante anabase, compa- .

rable où du moins comparée à celle des Dix: Mille, le nouveau Xénophon n'avait pas rencontré de résistance sérieuse, ni perdu jlus de quelques centaines de ses 60,000-vétérans. Il est vrai que là Géorgie, fort différente de l'Asie Mineure, offrait aux conquérants une abondante hospitalité. Au lieu des sentiers impraticables, des: montagnes neïgeuses, des déserts glacés, où les Dix Mille se frayèrent passage, Sherman avait devant lui un pays agricole riche encore, des chemins de fer, des routes dt planches, et un beau ciel sur des champs de riz et de mais. Au lieu des peuplades barbares et inhospitalières qui harcelèrent la phalange affamée et réduite, il avait à soumettre des populations sans défense, d’où la conscription avait enlevé tous les hommes valides, des milices exténuées à qui le gouvernement de Richmond ne pouvait envoyer pour tout secours que le nom et l'épée de Beauregard. Il y avait bien l’armée de Hood qui avait cru le ramener à sa poursuite en menaçant le Tennessee. Sherman, en effet, feignit de le suivre pour le laisser engagé avec Thomas dans une lutte qui absorbait toutes ses

forces. A demi victorieux à Franklin, mais écrasé à.

Charleville par Thomas, Hood perd soixante canons,

8,000 prisonniers, et la moitié de son effectif. Les che- '

mins de fer sont coupés, les rivières débordées sur ses derrières, et, Landis que sa cavalerie’se fait battre au Kentucky, celle de l'ennemi harasse ses troupes. dispersées et fugitives. Hood a essuyé un vrai désastre. Cependant Sherman continuait sa marche triomphale et ses dévastations. On n'épargna pas une plantation, pas

un village, Pi goton fut br passes-Cours éparable du comme ON laissant SUT quelques mil valerie F'atta de rizières 1 (our, une SÈ 13,000 ho tance. On | après trois poussé jusq Hardee mil petite mari avec 42,0 flottante q persés dan:

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un village, pas un troupeau de bœufs ni de moutons. Le coton fut brûlé, les chevaux saisis, les étables et les basses-cours massacrées pour subveuir à la profusion inséparable du pillage. Ainsi l’armée de Sherman vécut, comme on dit en langue américaine, splendidement hissant sur sa trace l’incendie et la famine. A peine quelques milices mal organisées, quelques bandes de cavalerie Fattaquèrent. Une seule place, Savannah, ceinte derizières inondées qui formaient une sorte de lac à l'entour, une seule armée, celle de Hardee, forte d'environ 13,000 hommes, pouvaient lui opposer quelque résistance. On échangea des boulets et des bombes; mais après trois jours de siége, quand les Fankees eurent poussé jusqu'aux murailles quelques ouvrages grossiers, Hardee mit le feu à l'arsenal, aux poudrières, détruisit la petite marine ancrée dans le port, et traversa la rivière avec 42,000 hommes sous la protection d’une batterie flottante qu'il fit sauter ensuite. Huit cents hommes dispersés danslesavant-postes furent faits prisonniers. Douze locomotives, ‘trois bateaux à vapeur, trente-deux mille balles de coton furent pris et sauvés de l’incendie. Enfin la municipalité de la ville alla elle-même se rendre au général Sherman, se confiant à la générosité de « l’ennemi magnanime » qu’on appelait hier le til Yankee. En même temps, Gillem, avec un corps de cavalerie légère, envahit le Mississipi, l’Alabama, coupe le chemin-de fer d'Ohio and Mobile, et culbute tout ce qui résiste. Enfin une expédition monstre, de longue main préparée, s’ayance contre Wilmington, le dernier port de la confé-

dération et l’entrepôt de son commerce clandestin avee

l'île anglaise de Nassau.

Les joûrnaux de Richmond se consolent pàr de vaines bravades : « Savannah est prise; la grande perte! Sa-

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vannah n’est pas la confédération ni même la Géorgie, ce n’est rien que Savannah, un repaire’de Juifs et de Fankees qu’on aurait dû brûler en le quittant, mais dont il faut presque s’applaudir d’être débarrassé. » — La confédération, disent-ils, n’a rien perdu de ses ressources inépuisables : plus elle se resserre, plus elle devient invincible!: — Mais Charleston ‘tomhera bientôt devant Sherman, Wilmington aussi va tomber, et bien que l presse rebelle essaye de se consoler d'avance de la chute prévue de Richmond en disant qu'après tout Richmond n’est que Richmond, une ville uunt la perte n’enveloppe en rien les destinées du nays, qu’au contraire les armées seront plus fortes lorsqu'elles n’auront plus cette charge et cet embarras des villes à défendre, — je me demande ce qui restera de la confédération du Sud quand !a Virginie, la Géorgie, les Carolines, l’Alabama, auront fait leur soumission, si ce n’est les déserts et les forêts marécageuses de la Floride. Les rebelles, en effet, y seront inexpugnables ; ils pourront y éterniser la résistance jusqu'à ce que la fièvre jaune les moissonne et les donne en pâture aux alligators de Ces marais. Mieux vaut faire comme le sénateur Foote, du Tennessee, et prendre les devants de la déroute.

Aussi voyez la belle discorde qui se met à Richmond dans le congrès et le gouvernement ! D'abord M. Foote, jadis le partisan acharné de la sécession et le virulent adversaire de M. Seward dans le congrès des États-Unis, donne sa démission après un discours audacieux pour les temps, où il'#ccuse hardiment et appelle par son nom le despotisme du président confédéré. Il se plaint de la suspension des lois, de l'impuissance du congrès, de l’universelle servilité qui encourage la dictature. « Je ne veux pas, dit-il, être un législateur enchaîné, » et il s'en va, pro-

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hétisant un prochain coup d'État militaire qui détruira jusqu’à l'ombre des anciennes libertés publiques. De son côté, le gouverneur Brown se retranche dans les droits de la Géorgie, se plaint qu’on emploie à défendre Richmond les hommés qui auraient chassé Sherman de son pays. De toutes parts les propositions de paix s'élèvent dans les législatures d’État, et, quoique mises partout sur la table par une majorité plus craintive et plus docle que confiante, elles montrent le progrès rapide de l'opposition pacifique. Après s'être révoltés au nom des

states rights, nous verrons les hommes du Sud briser au

nom des mêmes droits leur nationalité prétendue impérissable, Comme toujours dans les maux sans remède, on rejette sur le gouvernement tout le poids des désastres. Le président Davis est si menacé que la presse même de Richmond, cette servante dévouée dont il a si souvent expurgé les rangs et choisi les guides, se divise et se retourne en partie contre lui. Le pauvre dictateur est obligé de faire augmenter son traitement : 25,000 dollars en papier confédéré ne suffisent pas à la vie matérielle dans

“un pays où un dindon coûte 100 dollars. Là-dessus l£xa-

miner et le Whig le dénoncent avec une colère et une liberté de langage qui pourraient bien leur être fateles. La presse devient plus factieuse à mesure qu’il fait plus d'eflorts pour la bâillonner. L'absolutisme de l’ancien régime étouffait la pensée, et se croyait d'autant plus fort

qu'il était plus silencieux. La civilisation moderne a

changé tout cela : le journalisme est devenu la cheville ouvrière des gouvernements paternels. Le président confédéré, homme de progrès et de science, voudrait bien nous emprunter ce régime que le monde nous envie ct faire de tous-les journaux des officines administratives. Il

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n’a pas lenu à lui que le congrès ne votât l'institution d’une presse militante et patriotique, chargée de faire la poliee des opinions, et que les rédacteurs de journaux, gens privilégiés, exemptés de la conscription comme les juges ou les prêtres, ne tinssent officiellement de sa main l’écritoire, la plume et le papier; mais il y a sans doute dans la race américaine je ne sais quelle barbarie native qui repousse la’ discipline. M. Davis a beau saisir les presses, expédier à l’armée les écrivains indociles : toujours l'opposition se relève, toujours cette mauvaise herbe étouffe le bon grain qu’il a semé, si bien qu'aujourd'hui on le dit près de jeter la elle et la pioche, et.de livrer son champ, pour une dernière moisson, à la faux guerrière du général Lee.

Telle paraît être la seule issue de ce chaos, la dernière crise de cette lugubre agonie. Quand la guerre pousse tin peuple dans la dictature, il faut qu'il en descende j jusqu'au bout la pente. Les plus timides deviennent alors les plus violents : faute de savoir reculer à temps, ils se jettent dans un fanatisme aveugle et désespéré. Ceux mêmes qui

maudissent le mal dans ses conséquences n’osent pas en.

voir la eause et le remède. Si leur territoire est déchiré,

leurs armées détruites, leurs finances vingt fois ruinées,

ce n'est point parce qu'ils ont persisté dans une guerre insensée, c’est parce que « Hood a remplacé Johnston au Tennessee,» parce que Davis a voulu diriger la car pagne, parce « qu'il affame les troupes » en arrachant au congrès quelques tonneaux de viande pour sa table ct quelques bottes de foin pour ses chevaux. Lui-même, le prudent sénateur Fonte, qui sort de la maison avant'qu'elle ne tombe, ne dénonce dans son discours d'adieu que le mauvais gouvernement de Davis. invoque le despotisme en le mandissant,

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Cependx 2 congrès de Richmond, assailli de motions pacifiques, :cs repousse avec indignation. A sa licènce cffrénée contre les personnes, la presse mêle encore des protestations de loyalisme rebelle. « La confédération, Dieu merci, n'est pas vaincue! Deux- fois elle a semblé mourante, êt deux fois elle s’est relevée par un secours merveilleux de la Providence. Qu’elle y compte encore, la fortune lui réserve quelque miraculeuse occasion de salut. — Que seulement on en finisse avec Davis et sa tyrannie imbécile, et l'indépendance du Sud est assurée. Plutôt périr d’ailleurs, plutôt accepter le patronage d’une nation européenne et s’abaisser au rang de colonie que de devenir les esclaves des nègres et les vassaux des Yankees !

28 décembre.

L'affaire canadienne vient de valoir -aux États-Unis l'inauguration du système jusqu'alors inconnu des passeports. M. Seward, dans son ordonnance, indique bien que la mesure doit être temporaire et.mise particulière-

, ment en vigueur sur la frontière du Nord ; il n’en est pas moins curieux de voir ce pays d'indépendance, de franchise illimitée, adopter une à une toutes les vieilles entraves discréditées de l'Europe, — douanes, passes militaires, passe-ports civils, police secrète, — ets ysoumettre avec une docilité dont nous n'avons pas nous-mêmes l'idée.

L'astre de M. Seward pälit toujours, et en revanche celui des radicaux culmine. Quand l’auront-ils détrôné, et que gagnera-t-on à passer entre leurs mains ? Je pense qu'il vaudrait mieux garder M. Seward jusqu’à la fin de

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