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la guerre, et que la politique des "*’endell Phikips ne serait bonne aujourd’hui qu'à prolonger et à ranimer la rébellion. Ces hommes qui proclament d'ævance ce- que l'avenir accomplira sont bons pour imprimer aux événements le souffle de leurs idées, mais non pour tenir de leur main raide et brutale le gouvernäail fragile de la politique exécutive, Quant au président, il joue toujours le même jeu. On s’en aperçoit au langage plus doux que tient sur son compte l’abolitionisme militant et extrême dont M, Wendell Phillips est l'organe, et qui reste par système à l'écart du gouvernement. Il y a un mois, M. Phillips ne parlait encore de M. Lincoln que comme d'un adversaire subjugué et réduit contre son vouloir à servir la bonne cause. Aujourd'hui, dans un grand dis: cours prononcé à Cooper's Institute contre le projet d'émancipation du général Banks (système ingénieux qui n'ôte de l'esclavage que le mot, en faisant de tous les hommes noirs, de ceux mêmes qui étaient déjà libres avant l’acte d’émancipation du président, les serfs et ùs bêtes de somme du gouvernement des États-Unis), le même orateur commence par rendre un hommage É tant à Abraham Lincoln, « le premier des honnêtes gens du pays, » sauf ensuite à le traiter avec un sans-façon mêlé d'ironie qui montre que la politique ne peut-obtenir de cet esprit dédaigneux et absolu que de maigres ct hautaines concessions; mais Wendell Phillips n’est dans le parti que la vigie placée au haut du mât pour crier lerre, et ceux qui mettent la main à la manœuvre ont de bien autres ménagements. L'accord est si parfait entre eux et la présidence qu’on a pu parler du général Fremont comme du successeur probable de M. Dayton à Paris, Le général dit à qui veut l'entendre qu’on lui a deux fois offert l'ambassade, et que deux fois il l’a refusée, ce
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qui donnerait à croire qu'après l'avoir désirée il s’est aperçu qu'on ne la lui donnera pas. Du reste, il n’est pas le seul qui se voie condamné à être désintéressé malgré li et à se retrancher fièrement dans la grandeur d'âme. J'en sais un autre qui grille d'envie d'obtenir eette place, mais qui se console.-en disant qu’il est trop bon démocrate pour se laisser séduire aux faveurs d’un gouverne ment corrompu.
Toujours est-il que les radicaux disposent déjà des ambassades; si, comme on le pense, ils gratifjent de cette vacance M. Fessenden. ou M. Everett, c’est que leurs chefs n'ont pas voulu du gâteau pour eux-mêmes. Sans croire beaucoup peut-être à leur parfaite sagesse, je pense qu’ils peuvent rendre un grand service au pays en votant des lois au lieu de chercher des expédients. Leur influence révolutionnaire ne peut manquer d'augmenter l'importance et l'autorité de la législature. Du jour où le congrès aura pris la suprématie incontestée à laquelle il aspire, la direction des partis parlementaires deviendra l'échelon du gouvernement, et le ministère ne sera plus qu'une délégation des assemblées. On dit beaucoup que l'ancien mécanisme du gouvernement est incompatible avec-ce nouveau pouvoir, et que ni indépendance locale,
” ni constitution souveraine, ni système judiciaire régula-
teur ne peuvent subsister en face de cette souveraineté des chambres. Ze n’en comprends pas, quant à moi, la raison; il me semble logique que le pouvoir exécutif, agrandi dans ses attributions, soit diminué dans son indépendance, et qu'on lui mette un double mors en déliant ses entraves. |
131 décembre,
La grande expédition de Wilmington a complétement échoué. Porter commandais la flotte, Butler l’armée de débarquement ; ni l’un ni l’autre n’avait le commandement suprême : ils se querellèrent aussitôt partis. Arri-
.vés deyant le fort Fisher, ils l'ont bombardé pendant vingt-quatre heures. : on a tiré, je crois, vingt mille coups de canon; puis le général Weitzel, descendu à terre avec 3,000 hommes, s’avança en reconnaissance Jusqu'au pied de la forteresse, qu'une grêle de bombes fédérales tenait silencieuse et enfermée hermétiquement comme une tortue dans sa cuirasse. Quelques soldats sont montés sur le parapet : l’un d’eux est entré dans le fort et ya tué un aide de camp, dont il a ramené le cheval. C'était le moment d'un coup de main, ou bien l'entreprise même était insensée. Le général Weitzel voulait donner l'assaut; mais les deux chefs étaient jaloux l'un de l’autre. Butler enfin manqua d’audace; sans même quitter son navire, il envoya l’ordre à ses troupes de se rembarquer, puis il s’en retourna sans vergogne à son camp de la rivière James. Cependant Porter, resté seul, exhalait sa rage par un bombardement furieux et inutilè, il écrivait à Butler une lettre presque outrageante; mais à quoi bon? A qui Butler avait-il désobéi? La flotte persiste à brûler sa poudre : que de millions envolés en fumée! On croirait que l'expérience des dernières années
à dû instruiré les Américains et leur apprendre qu'à la guerre au moins il faut une discipline et un maître. Le
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plus de prévoyance et d'initiative qu'un soliveau. On l’a appelé le boucher Grant; on pourrait, après cette expédition plus ruineuse en poudre qu’en hommes, l'appeler l'artificier.. :
J'ai vu hier soir l'amiral Farragut chez M. Bancroft, le célèbre historien de la révolution des États-Unis. M. Bancroft est un vieillard raide, jaune, sec, maigre, avec des cheveux blanes, et dont l'apparence générale ne peut se traduire que par le mot anglais tough. Ce n’est peut-être pasun esprit très-brillant ; mais ceux qui le connaissent me disent que rarement ils ont vu d'intelligence aussi active, aussi laborieuse, de mémoire aussi solide et de compréhension aussi universelle. Avec ses soixante-dix et tant d'années, on le voit tous les soirs dans le monde, gai, causant, d'humeur encore jeune; il dicte tous les jours de longues improvisations et lit tout ce qui peut paraître dans l’ancien monde et dans le nouveau. Science, littérature, histoire, philologie, ethnologie, on peut iui parler de tout ;.on le trouve toujours au courant et informé des idées nouvelles.
Quant à l'amiral Farraguüt, il parle peu : c'est un homme simple, dont la figure plaît par un front large et carré, un regard franc et énergique, une expression modeste et bienveillante. Il dit que Wilmington est à peu près imprenable par mer à cause des bas-fonds, qui ne permettent pas l’entrée de la rivière du cap Fear aux vaisseaux de guerre lourdement armés; les coureurs de blocus, ces bâtiments minces et légers, peuvent seuls y passer à l’aise.. On ne peut même pas bloquer toutes les embouchures. Au plus fort du feu, quatre blockade-runners pénétraient dans l'estuaire par des chenaux détournés. L'amiral croit pourtant que Wilmington tombera,
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maïs à son tour, quand Sherman, remontant vers le Nord et balayant l’ennemi du littoral, aura pris Charleston, et viendra fermer avec Grant le cercle de fer où Richmond est prise. Là sera écrasée la dernière armée de la rébellion. Quant aux États de l'extrême Sud, branchés déjà séparées du tronc, ils tomberont comme des membres sans tête. |
Les journaux de Richmond annoncent que l’armée de Lee est grosse d’un grand événement, et qu'elle va frapper un coup qui étonnera le monde. Elle semble en vérité s’étirer les membres et se serouer les épaules, comme un lutteur qui se prépare à quelque grand exercice muscu-
laîre. Les malheureux journalistes du Sud sont depuis quelque temps si prodigues de charlatanisme, que je crois bien que cette montagne accouchera d’une souris. On soupçonne que ce grand mouvement stratégique pourrait bien être l'évacuation de Richmond, où l’on ne trouve plus à vivre, et le déménagement du quartier général de la rébellion, armée, président, gouvernement et ” gazettes officielles, à Danville, contrée plus riche et plus épargnée par la guerre. C’est le lièvre blessé qui se retire de gîte en gîte jusqu’à ce que les chiens le dévorent.
Encore un mot : le système des passe-ports exaspère les deux frontières. Les Américains le pratiquent avec la dureté impitoyable de tous les gens qui sortent du régime
.de la liberté. Les passants quotidiens, les fermiers du pays, les conducteurs de chemins de fer, jusqu à un enfant surpris sur la rive canadienne par la législation nouvelle,
ont dû acheter des passe-ports. Les consuls américains,
contre toute justice, les font payer en or et profitent du change. L'homme habitué à la liberté est le plus terrible
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