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étions six à table. I y avait là un frère de M. Eaton, homme extrêmement franc, cordial et carré par la base, qui me déclara tout d'abord s’accorder aussi bien avcr moi sur la politique française que je m'accorde avec lui sur la politique américaine. 1 y avait ar. ssi M. Kennedy, l'Evereti ou le Motley de Baltimore, homme politique devenu homme de lettres dans la retraite ét dont j' j'avais mauvaise grâce à ignorer la grande réputation. Ancien ministre de la marine, ancien membre influent du congrès, mêlé à tous les événeménts du temps passé, contemporain de Calhoun, de Webster et de Jackson, il est en même temps l’auteur d’une série de romans que les Américains mettent au premier rang de leur littérature. C’est déjà un vieillard de santé un peu chancelante, quoique d'extérieur encore robuste, avec sa barbe blanche, ses façons courtoises, sa figure ouverte, intelligente et bonne. Jamais homme ne n'a été à première vue plus sympathique. — Il nous a raconté des anecdotes vives, originales, — tant sur le président Jackson, cette grotesque et grossière figure, à qui les événements ont fait une si grande place dans l’histoire, que sur les mœurs encore sauvages de la chevalerie du Sud. Le free fight du Kentucky, ce jeu qui consiste à s’entre-tuer de bonne amitié après boire, dans une chambre close et obscure, — les duels publics où les deux eombattants se donnent rendez-vous .dans une auberge, et là, devant la foule assemblée comme à un spectacle, s’escoftient à coups de pistolet et de poignard jusqu'à ce qu'il en reste un sur le carreau, — l'indifférence superbe de ces populations à demi barbares à la vie humaine, le meurtre mis en honneur, — le devoir de verser le sang pour devenir un homme, — mille autre traits de cette société anarchique et violente dépeints avee une saisissante.énergie me fai-
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saient comprendre la brutalité sanguinaire des hordes du Missouri ou du Texas. Telles sont les mœurs féroces qu'engendre l'humaine institution de la servitude. Ce sont là les lrommes qui enferment les prisonniers fédéraux dans des eloaques, sans abri, sans vêtements, sans feu, sans pain, pour les y laisser pourrir comme un troupeau de chiens galeux, leur permettant à peine d’enterrer leurs morts et s’exerçant avec un plaisir sauvage à abattre des Fankees. Ce sont les hommes qui, dans l'Ouest, ont fusillé par plaisir des populations entières et emporté les scalpes en trophées, ne laissant plus que des cadavres mutilés au milieu des villages en flammes ; les hommes qui, au Kentueky, au Tennessee, dans tous les borderstates, ont pendu les patriotes pour intimider le parti de l'Union, et aujourd'hui même assassinent sous prétexte de rétaliation tous les anciens soldats qui tombent dans leurs mains. C’est le‘même esprit enfin qui anime les chefs du gouvernement rebelle lorsqu'ils encouragent, qu'ils ordonnent ces atrocités et qu’ils ont encore l’audace de se plaindre si le gouvernement des États-Unis, en représaille timide, retire à ses prisonniers le sucre et le café ou refuse de leur fournir des couvertures, à moins que l'ennemi lui-même offre de les payer!
La conversation, promenée d’abord en digressions capricieuses, roula ensuite sur le grand, l'unique sujet qui absorbe ici toutes les pensées, sur la question fondamentale et toujours discutée du prétendu droit des rebelles à la sécession. Là encore ce fut la voix de M. Kennedy qui domina les nôtres. Sa parole lucide, passionnée, éloquente, portait l'intérêt et la vie dans cette scolastique étroite et subtile de la science constitutionnelle. Je ne vous répète pas ses conclusions, qui sont aussi les miennes; mais jamais, dans cette question tant rebattue,
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