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quesne, au confluent des deux grandes rivières Alleghany et Monongahela, dont la réunion forme l'Ohio, elle oceupe la langue de terre comprise entre la fourche des deux rivières et une colline couverte de maisons de plaisance. A l’ouest, l’Alleghany, large de 500 mètres, arrive entre deux lignes de coteaux qui s’élargissent un peu vers son embouchure. Au sud, le Monongahela coule entre deux bords escarpés qui se continuent'au loin le long de l'Ohio. Cette situation est des plus pittoresques. Ajoutez que Pittsburg est au milieu de la région houillère de la Pensylvanie, qu’il y a des mines, des forges partout, que la rive étroite opposée à la ville est encombrée d'usines dont les feux peuplent la vallée, que la grande navigation de l'Ohio s’y arrête, que la petite navigation des rivières y commence, que les quais sont encombrés de bateaux à vapeur, et les rivières vivantes de navires. J'ai suivi le rivage jusqu'au grand pont suspendu de l'AIleghany, un de ces travaux hardis et solides comme on les fait si bien en Amérique. Il n’a que deux piles sur une longueur de 450 mètres; toutes deux sont en fer et à jour. Des cordes y convergent de tous côtés, comme les rayons d’une circonférence, ou, si vous voulez, comme les palmes d’un éventail : elles servent à donner de l’aplomb au tablier massif que portent les deux gros câbles. Les balustrades, les traverses, tout est en fer massif. Les gros omuibus y passent par bandes sur leurs voies ferrées. Il n'y a point de piles sur les deux bords; mais le câble s'arrête au niveau du sol, où le tablier prend son appui sur la jetée. C’est un de ces édifices fragiles qui, comme le pont de Niagara, donnent l’idée d’une inaltérable durée; mais on calcule déjà le jour où le pont de Niagara engloutira dans le Whirlpool un train un peu trop lourd : il est probable que celui-ci a de même son
jour fatal écrit sur le livre des destinées. La nuit tombait, je suis rentré dans la ville. Elle est enfumée comme Newcastle ou Saint-Étienne; les maisons y sont noires comme à Londres. C’est du reste un composé de New-York, de Cincinnati et de Philadelphie, avec les mêmes vastes chaussées, la même boue, — pour seul trait distinctif, de belles églises de style gothique dont les hauts clochers ont de loin un faux air d’antiquité européenne.
Rien de nouveau depuis l'élection. L’horizon politique, sans s'être beaucoup illuminé, est d’un calme profond. La guerre va toujours son train, jusqu’au jour où le froid la gèlera comme les rivières. Le général Sherman marche sur Charleston, on l’annonce avec une file de points d’exclamation. Depuis un an; il ne fait pas autre chose, et rien ne dit qu'il ne rencontrera pas sur son chemin quelque étape un peu longue comme celle d'Atlanta.
Je pars demain : pour New-York ? non pas, mais pour Oùl-City et le royaume du pétrole. On me dit seulement que la neige et la pluie des derniers jours ont rendu presque impraticables les sauvages régions de l'huile infernale.
Ravenna, 16 novembre.
Ce matin, gelée radieuse qui me réjouit le cœur, J'avais fait hier un ami, négociant en huiles de pétrole, qui avait eu l’obligeance de s'offrir à moi pour cicérone. Il m'a montré les principales manufactures de la ville, qui ne m'ont donné qu’une médiocre opinion de l’industrie américaine. Les verreries de Pittsburg ne fabriquent que des pauvretés. J'ai vu en revanche deux ou trois beaux établissements, une fabrique d'acier où l'on emploie d'an-
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novembre.
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UNE VISITE AU PAYS DE L'HUILE a7
À ciennes méthodes, mais qui me semble montée avec luxe, une fabrique de clous qui emploie d'immenses machines, une fabrique de fers à cheval taillés à la vapeur, à l’emporte-pièce, dont la grande roue motrice a peutêtre dix mètres de diamètre. Enfin j'ai visité la fonderie de canons, d’où sortent les plus gros monstres destructeurs dr monde. J'en ai vu un, le plus terrible de tous, 2 dont le frère jumeau a déjà servi sur terre au siége D d'Atlanta, et qu'on destine à être placé tout seul sur un des gros vaisseaux de guerre de la marine fédérale. Mis + en travers du pont d'un navire, il l’occuperait tout entier. 1 Celte prodigiense machine lance des boulets de quarante | pouces, et l’on a calculé que chaque coup, tout compte 00 fait, coûtera environ 1,000 dollars. Quelles extrava- | gances les hommes inventent pour s’entre-tuer!
[ J'ai quitté Pittsburg par le chemin de Cleveland, lon- | geant encore pour quelques lieues la ravissante vallée de …) l'Ohio. Je ne ecnnais rien de plus riant, de plus vivant : et de plus riche. A chaque pas, des villages, desiles, des 1 bateaux à vapeur écumants, et la voie en corniche le long de la sinueuse rivière. IL était nuit quand je descendis à ‘)Ravenna, petit village de l'Ohio, situé à la jonction de 0 l'Atlantic and Great Western, qui doit me conduire au pays de l'huile. Pas de train ce soir; il fallait donc y ? passer la nuit. Je ne retrouve point mon bagage à la sta- } Lion; il sera sans doute à la jonction des deux lignes. | « Allez-y, me dit-on, c’est à un quart de mille. » Me 0 voilà en campagne à travers la neige et la boue. Je fais OÙ un, deux milles, le village était déjà loin derrière moi, et ) point de jonction. Je reviens trempé de boue au village : } plus d'auberge ouverte; il faut frapper aux portes, crier A pour me faire ouvrir. Quant au souper, je n’y dois pas ME songer : messieurs les aubergistes ont leurs lois, et celui-
ne ri
ci m'informe qu'après neuf heures on ne mange plus dans sa Maison.
Titusville (Pensylvanie), 17 novembre.
Me voilà dans le pays de l'huile. Ce n'est pas précisément le pays qu’on choisirait pour un voyage de noces. Je me félicite pourtant de voir ce nouvel et curieux aspect de la société américaine. Les pluies, les neiges, la boue et toutes les laideurs de la saison donnent encore plus d'étrangeté à celte esnèce de Californie. Figurez-vous une mer de fange où errent quelques trottoirs brisés et raboteux de planches branlantes, des maisons de bois étroites où s’entasse une population débordante pour laquelle on n’a pas le temps de bâtir des abris, une ou deux rues à prétentions, bordées d'hôtels et de boutiques, mais non moins envahies que les autres par l’universel cloaque : là des cafés, des vitrines brillantes, des salles de bal et de concert où mugissent des instruments de cuivre et grincent des voix éraillées, et partout des tonneaux de pétrole, partout une atmosphère empestée des émanations de l’huile : voilà l’Eldorado où je viens d’arriver en compagnie de trois ou quatre cents personnes, sur un train aussi encombré que s’il menait à une fête ou à un lieu de plaisir. Cette cité d'huile et de fange a nom Titusville. Elle n’existait pas il y à sept ans : aujourd'hui c’est une capitale et la tête d’un chemin de fer qui sera continué prochainement jusqu'à Oil-City (la Cité-del'Huile), au cœur même de la Petroliu.
On ne peut, à moins de l'avoir vue, s'imaginer l'ardeur avec laquelle cette foule rapace se précipite à la curée, Le pétrole a détrôné l'or. Ouvriers qui cherchent
nange plus dans
17 novembre.
est pas préciséoyage de noces.
t curieux aspect neiges, la boue ent encore plus e. Figurez-vous ottoirs brisés et naisons de bois Jrdante pour laris, une ou deux de boutiques, s par l'universel intes, des salles instruments de Jartout des tone empestée des ù je viens d’arents personnes, it à une fête ou de fange a nom ns : aujourd'hui de fer qui sera tv (la Cité-de-
S'imaginer l'are précipite à la s qui cherchent
in travail lucratif, financiers ruinés qui viennent tenter a fortune, aventuriers de tout genre, de tout pays et de tout costume, font une course au clocher à qui se jettera
e premier dans le cloaque et Pouchera la route aux
derniers venus. — Il pleuvait, la nuit était noire : le train s'arrête; on se rue pêle-mêle sur l'auberge voisine,
dont l’antichambre pleine de monde repousse le flot bigarré. On se met alors en campagne, en procession, plusieurs portant des lanternes, à travers des terrains agues, le long d’un trottoir étroit et semé de chausse-
trappes invisibles dans l'obscurité. À chacune des rues transversales, la colonne hésite, on tâte le terrain, les #4 ne hardis S entrent (yen à gué fondrières ;
acs sur Îles me hommes et uns au pas de
ourse. Aux premiers envahisseurs les logements, les its, les canapés, les chaises; aux retardataires la pluie et
Wa boue des rues. Je cours comme un forcené, laissant
on bagage à la station et frémissant d'avance à la pers-
bective d'une nuit sans abri dans ce bain de fange; mais ie trébuche dans les bas-fonds, je m’égare, je m 'attarde,
j'arrive, les jambes chaussées de deux bottes de boue, ur trouver visage de bois. Pas un matelas, pas une couverture ; on n’était pas sûr de pouvoir me promettre ne chaise. Heureusement j'avais des compagnons d’inrtune qui furent plus élocuents : le maître de l'hôtel, pous disant de le suivre, s'est mis à faire la ronde à travers Aa ville, à la tête d'un bataillon dégouttant de pluie, casant
rclui-ci dans une maison, celu-là dans une autre, me “éposant enfin au fond d'une ruelle obscure et écartée,
dans une boarding-house dont l’étroite salle d’entrée était siencombrée de monde que je désespérai encore une
fois d’avoir cette nuit un toit sur ma tête. Je fus admis cependant à inscrire mon nom sur le registre. Alors je me rappelai mon bagage laissé au chemin de fer : expédition nouvelle où je faillis me perdre, échouer dans les fondrières ou me briser les jambes dans les piéges des trottoirs. Tout en revenant trempé de boue, j'enviais les grandes bottes qui permettent aux indigènes de naviguer dans ce marécage. Bnsse
Je demande à diner : on me montre une chambrette ire où l’on se succède à la file, mangeant à la hâte pour faire Me place aux autres. Rien de plus bigarré que le petit monde "%;étair qui s’agite dans cette ruche trop pleine. On y voit pêle- 44 poi mêle, très-différents en apparence et au fond très-sem- ie ç' blables, des échantillons de toutes les variétés de la M
) voi ictole uile enàs p' cette s OCC
L LE société américaine; je ne dis pas toutes les classes, car role les Américains se vantent de n'en pas avoir, et le fait est "is q que si les désirs et les pensées distinguent les hommes » ütres
plus que les costumes, cette égalité n’est pas un leurre. lei se confondent toutes les espèces de la famille américaine, depuis le fermier rustique et nasillard jusqu’au spéculateur élégant des villes, assez semblable par son mauvais ton et son attirail voyant au cahicot de notre Paris, depuis l’aventurier barbu, à la mine sauvage, au regard faux et louche, dont la main semble toujours voisine du bowie-knife caché sous le collet de sa veste, jusqu'au commerçant calme et rassis qui vient camper ici pour une saison avec femme, enfants et bagages. Les anciens soldats abondent dans cette foule : on n'y voit que pantalons et gilets d'uniforme dépareillés. Voici encore ce type si commun et si parfaitement national du # gentleman récent, portant redingote neuve, grosses bre- #8 loques, et épaisse barbe de boue, et dont le contentement jovial perce à travers ses traits gros et vulgaires.
te. Je fus admis egistre. Alors je
ichouer dans les s les piéges des .
une chambrette à hâte pour faire e le petit monde On y voit pete (4 fond très-semvariétés de la les classes, car ir, et le fait est nt les hommes { pas un leurre, | famille amérisillard jusqu’au nblable par son alicot de notre 1e Sauvage, au le toujours voit de sa veste, ient camper ici bagages. Les e : on n'y voit areillés. Voici nt national du e, grosses breit le contente- S et vulgaires.
n de fer : expé-
@h voit bien à sa mine que l'Oil-Creek a été pour lui un ictole et a rempli d'or ses poches en même temps que uile ses tonneaux. D'ailleurs sa bonne humeur sied
4 en à sa face rouge et rebondie; mais sa femme, espèce
ue, j'enviais les . 4 nes de is À +
> pimbêche hautaine, dont la figure porte l empreinte cette grossièreté inexprimable qui se contracte dans occupations basses de la vie, se tient raide et fière Ans ses «tours extravagants et burlesques qu’elle semble oir empruntés à la châsse d’une relique. On dirait une Su ue de la halle devenue, par un coup de fortune, prole du lingot d’or et passant la tête haute au milieu js poissardes, ses sœurs, pour leur étaler ses robes de
L. Die. C'est là encore un type national, et vous savez que n'ai pas de goût pour ces ladies au regard viril, à 14
role hardie, qui savent aller seules au bout du monde, “ais qu'on s'attend toujours à voir jurer comme des
“itres d'armes et boire du awiskey comme des charre- Mers.
Æ J'ai obtenu sur ma bonne mine un lit dans le salon, où M vous écris les coudes serrés, tandis que les dames Bvardent auprès de la table et qu’un nègre dresse en Mngs serrés nos couchettes surnuméraires. Le maitre de 1 maison, qui, me voyant étranger, m'accable de poli Hsses, m'a dit d'un ton de triomphe que j'aurais un Mngle bed, c'est-à-dire qu'on m° réservera pour m'y élasser tout seul une couchette de six pieds de long
ir deux de large. Vous voyez qu’on me traite en grand
igneur.
19 novembre.
Hier matin, à six heures, je m'acheminais vers lf
station, mon sac à la main, dans les rues de Titusville où le jour cette fois me permettait d'éviter les fondrières. Le chemin de fer me transportait jusqu'à Schæfer's- Farm dans un wagon sci chargé de monde qu'il semblait ployer sous le faix, et qu'il s’en allait branlant et gémis-
sant, comme près de rompre par le milieu. Voici encor
un bouquet choisi de laideurs américaines dans cette boîte étouffée où l’on fume, où l’on crache, et dont les carreaux restent fermés. Jeunes, vieux, gros et petits spéculateurs, tout le monde s’y bouscule dans la plus grande égalité, sauf quatre ou cinq New-Yorkais à la mod: parisienne qui semblent garder un certain air de réserve et de supériorité. Quelques figures distinguées, intelligentes, sympathiques, tranchent et semblent égarées
dans cette foule, poussées sans doute dans le torrent desk
affaires par l'usage universel et par ces mœurs mercantiles qui n’offrent pas d'autre carrière à l’homme de loisir. On cause, on discute, on vend et on achète : le dollar et l’huile sont les seuls mots qu'on entende.
Abstraction faite des mœurs démocratiques du pays, n'\
at-il pas entre les joueurs une fraternité naturelle qui efface toute distinction ? En entrant dans la confrérie, n'ont-ils pas voué au gain le même culte et renoncé à toute autre estime que celle qui S'attache au hasard ou à l’habileté heureuse ? Un joueur laisse sa personne moralei la porte du tripôt. [ne vaut plus que ce: que vaut sa fortune, et si l’on considère qu’elle peut s’enfler aujourd'hui pour crever demain, que ce soir elle semble une montagne
et ne Ïa et le pa on Com fortune son niv Mais dans ui course :
Oil-Cit mais la ceux qu basse. I et desce rant gor tera-t-1l où un é donner l'aventu vite pris suivre, ( Je gr invisible boueux pierres accoutu ruisseal éparses faillit m et, COM Francai demanc proprié cinq an
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du pays, n°1
naturelle qu la confrérie, et renoncé À hasard ou à nne morale À à vaut sa forr aujourd'hui ne montagne
et ne laissera demain qu'un abime de dettes, que le riche et le pauvre enfin peuvent changer de rôles en un jour, on comprend l'égalité qui règne entre le rowdy qui fait fortune et l’aventurier en gants He qui peut tomber à son NIVEAU.
Mais voici Schæfer”s-Farm, un misérable hameau noyé dans un marécage : course au clocher pour déjeuner, course au clocher pour louer un cheval. Je voulais gagner Oil-City le jour même et repartir le soir pour Buffalo ; mais la rivière a débordé, le gué est impraticable, et tous ceux qui ont tenté le passage en sont revenus l'oreille basse. Il y a, me dit-on, un bateau à vapeur qui va partir et descendre rapidement l’Oil-Crerk à la faveur du courant gonflé par les pluies. Fort bien; mais quand remontera-t-11? 11 y a aussi un chemin par la montagne, mais où un étranger court risque de s'égarer. Peut-on me donner un guide? Quelle idée! IL faut j'tir seul, à l'aventure, ou bien renoncer à l’excursion; mon parti fut vite pris : on me montra de loin la direction qu’il fallait suivre, et je piquai des deux.
Je gravis d’abord la colline par un sentier presque invisible, puis je m’engageai dans un dédale de chemins boueux et inondés qui cachaient traîtreusement de grosses pierres sous la boue liquide ; les chevaux du pays y son! accoutumés. Je traversai dix vallées, dix torrents ou ruisseaux, demandai mon chemin à toutes les cabanes éparses dans la campagne. Un vieux fermier irlind£is faillit me sauter au cou en apprenant que j'étais Français et, comme tel, ennemi né de la perfide Angleterre. Un Francais dégénéré, qui ne parlait plus sa langue, me demanda si je voulais acheter de l'huile. Tous ces petits propriét aires me parurent aisés, presque riches : depuis cinq ans, leurs terres ont pris une valeur énorie. Ceux
des fermiers qui n'osent courir eux-mêmes les risques de l’entreprise les vendent par morceaux à des compa-
gnies de spéculateurs qui creusent les puits, achètent les M machines, et tantôt se ruinent, tantôt font des profits fabuleux : c’est un vrai jeu de hasaru. On aperçoit de 8 place en place, au fond des vallons déserts, les échafau- ! dages vermoulus des puits abandonnés, ailleurs une | faible fumée qui indique emplacement d’une machine à A vapeur en action, plus loin un troupeau errant dans les # prairies : l’homme seul est absent ou invisible. Le pays M est hoisé, verdoyant, fertile, quoique un peu sévère 1 dans cette saison de grisailles monotones. D'abondants cours d’eau arrosent les fonds de vallée, des sources À semblent jaillir de tous les fossés. Des plateaux élevés |
où l’on chemine, on a, par les vallons tributaires, des échappées tout à fait grandioses sur les coteaux de l'Oil-
Creek. De grandes forêts de pins en revêtent les parties |
montagneuses, et mêlent leur noire verdure à la pourpre éclatante des cnênes, dont le feuillage résiste à la gelée. Toutes ces lueurs se confondent dans une masse de violet sombre, adoucie par la fine vapeur bleue qui baigne les horizons lointains. Les granäs arbres, au premier plan, sont dépouillés jusqu'à la dernière feuille; mais les taillis, plus robustes, ont gardé une couleur sanguine, à la fois brillante et sombre, qui sert comme de repoussoir et de cadre au tableau. Le ciel est gris, mais animé par des nuances bleues, avec des échappées sur un fond pâle et pur qui semble pénétré du froid de l'hiver. Voilà l’aspeet de cette campagne en cette saison tardive. De rares maisons y sont parsemées, des chemins incivilicés la parcourent, qui semblent avoir été tracés par l'usage et n'avoir jamais connu la pelle, la pioche ni le rouleau. Un grand sentiment de solitude y règne et s'empare
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Surtout du voyageur, inquiet de s’y égarer. Ce vaste pays, clnir-semé d'habitants sans être désert, mal dégrossi Bsans être inculte, figure assez bien ce qu'étaient nos campagnes il y a quelques siècles, du temps où les romans nous représentent leurs héros voyageant à pied ou à cheval: mais le sifflet aigu de la locomotive, le timbre rauque du bateau à vapeur, qui de temps en temps s'élèvent dans le silence, me rappellent que les temps ont changé. Enfin, après trois grandes heures de cavalcade, je redescendis par un étroit ravin au fond de la vallée, où je trouvai la rivière et l'étrange petite ville qui porte le nom caractéristique d’Oil-City.
Ce lieu est un exemple frappant de la brutalité singulière avec laquelle l’industrie dévaste la nature. Voilà une vallée sauvage, gracieuse et agreste, que quelques années ont transformée en un cloaque immonde et hérissée de baraques odieuses d’où sortent déjà le tumulte et la fumée des grandes villes. C’est bien ici la capitale du pays de la boue. Je n'avais rien vu de comparable à la rue en corniche qui longe la rivière et dessert les innombrables puits dispersés dans la vallée. Las d’une continuelle immersion, j'avise une prairie mêlée de broussailles où le terrain parait solide; j'y pousse mon cheval malgré la répugnance singulière qu'il témoigne à y descendre, et tout à coup le voilà enlizé jusqu'au ventre, roulant avec moi ans la vase, J'arrêtai là mon voyage de découverte; j'en avais assez vu pour me faire une idée du mouvement prodigieux de ce petit coin perdu. Sur une étendue de quinze vu vingt milles, la vallée est pleine de huttes lumantes et d’échafaudages en forme de chèvre où se meuvent une roue et une pompe, une pompe foulante apparemment et d'une grande force, car la profondeur moyenne des puits'est de cinq cents pieds environ, L'ex-
ts
ploitation e:t si active qu’en certains lieux la couche d'huile est épuisée, et qu’il y à déjà entre Oil-City «. Titusville un millier de pompes hors d'usage. Autrefoi l'huile jaillissait à une grande hauteur, comme l’eau de puits artésiens. On n’avait alors qu’à la recueillir, et cer taines sources donnaient par jour jusqu'à deux et troi mille barriques : on était forcé d'en modérer l'abondance # suivant les besoins du marché, Le pétrole avait alors un! grand prix, et quelques puits pouvaient produire jusqu
40,000 dollars en vingt-quatre heures. (était une trop 4
immense richesse pour qu’elle fût durable, etla moyenne#
du rapport des puits est à présent de 20 dollars par
jour. Il y a des huiles plus épaisses qui n’ont besoin # d'aucune préparation pour être brülées; il y en a de plu é légères qu'on distille et qu’on concentre. Tous ces éta- M blissements, moulins et raffineries, s’encombrent dans un étroit bas-fond ; quelques-uns même empiètent sur le M lit de la rivière. À chaque instant, de lourds bateaux pas-W sent, affaissés sous des piles de tonneaux et entrainé h par le courant rapide. Les forêts de pins et la sauvage- | ; rie sont à côté. Sauf la route naturelle qu'offre la rivière, À et en attendant le chemin de fer, dont les deux bout commencés doivent bientôt se rejoindre ici même, rien à n'est disposé pour ce grand commerce. Cette manière # d'improviser l'industrie” et de courir au gain à trave M tous les obstacles appartient bien au caractère américain. b Dans l’ardeur de la concurrence, les conditions mêmes W d’une bonne exploitation sont négligées. Là se fait sentir M
le besoin d’un pouvoir prévoyant et régulateur qui à {
exécute de lui-même les œuvres d'utilité publique que 4
n'entreprendra point la cupidité jalouse et hâtive de ls l'individu. Témoins de l’excessive intervention de notre M
administration dans nos affaires, prenons garde de juger
chose .
nées, ]
Hndivid dans n devoir d'ene
quil S le me
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etlad Ne vo aux lo ces; M au bie même.
Am Encut à pris à | qu'il f
un Day M s'égare à la ro (à et 1
L vite. À
trébuc et éto fümes droite.
sagacl Grand ténèbr de mo
lieux la couche FT iralo et de tomber dans l’exeès contraire en affirmant ntre Oil-City et nil suffit de laisser faire pour que tout se fasse. Rien usage. Autrefois ide meilleur que les entreprises particulières et spontaomme l’eau des “nées, lorsqu'elles s’exécutent. Il faut pourtant qu'il y ait ecueillir, et cer n pouvoir chargé d'y pourvoir d'office, quand l'initiative à deux et trois individuelle est en défaut. Ce qui me semble mauvais rer l'abondance "dans notre centralisation française, ce n’est pas tant le le avait alors un k devoir que l'État s'impose de faire et le droit qu'il s'arroge produire jusqu’à d'en exiger les moyens, que le monopole qu'il se réserve C'était une trop et la défense faite à tout autre de marcher sur ses brisées. +, étla moyenne Ne vous mêlez pas des affaires d'autrui, n'imposez pas 20 dollars par 0 aux localités vos plans, vos ingénieurs et vos convenanui n’ont besoin ces; mais, lorsqu'elles ne feront pas ce qui est nécessaire Il y en à de plus À au bien public, ayez le droit de vous en occuper vous- . Tous ces éta- même.
icombrent dans A mon retour, la nuit, cette nuit brusque, sans créempiètent sur le puscule, qui est particulière au ciel d'Amérique, m'a surds bateaux pas-BM pris à mi-chemin. L'obscurité devint bientôt si profonde {qu'il fallait deviner plutôt que se conduire. C’est une à chose assez mélancolique qu’une telle promenade dans un pays inconnu, à la nuit nuire, quand on risque de s'égarer, et que tous les chiens du voisinage à une lieue à la ronde saluent votre approche d’aboiements furieux. Cà et à, une lumière brillait à l'horizon, elle s’éteignait vite. Mon cheval fatigué chancelait dans les fondrières, trébuchait sur les pierres roulantes; il semblait inquiet et étonné. Une fois, au détour d’un chemin, nous ne fümes pas d'accord : je poussai à gauche, il tourna à droite. Je l'arrêtai au tournant même et le livrai à sa sagacité : 1l flaira, flaira encore, et ne se décida point. Grande anxiété : j’écarquillais mes yeux pour percer les ténèbres. J'aperçus vaguement une forme noire en face de moi; je crus reconnaitre un arbre isolé qui m'avait
et la sauvage-M ‘offre la rivière, R les deux bouts M ici même, rien M Cette manière M gain à travers tère américain. Le nditions mêmes M Là se fait sentir M régulateur qui 04 é publique que M e et hâtive de èntion de notre li garde de juger "4
Partou à désespd à tous nouvell suite. I pitalisté où les € tapis ve certitud Emot la | même d d'entre mangeï poursui cavalier:
a entre terrain,
guidé le matin. J'approchais; j'étais déjà sur la colline,
et je voyais à mes pieds le village étinceler de lumières. 4 Encore quelques pas, et je touchais au but; mais comment W retrouver le sentier de la forêt? Tous les chemins sem- @ blaient disparaitre ct s’effacer parmi les broussailles, Trois fois mon cheval désorienté s’égara dans les four- À rés; trois fois il fallut le ramener à tâtons. Guidé par des & aboïements, je gagnai à travers bois une maisonnette où À tremblotait une faible lueur. Je frappai. Une voix de M femme me dit de passer mon chemin. Je m'’éloignai avec 4 une meute de chiens de garde à mes trousses. Je marchai R longtemps, tirant derrière moi mon cheval qui trébuchait. & Je revins encore à ia chaumière, frappai bruyamment, réveillai le paysan, terrifiai sa famille. Enfin il prit sa À lanterne et me remit dans le bon chemin. Je compte pour À rien un bain de pieds que je pris dans le marais en débou- À chant au fond de la vallée. Si étoilée que fût cette nuit À L sans lune, la perspective de coucher dans la forêt jusqu'au Mp"ochai point du jour, exposé à la gelée des nuits de novembre MR \oiR la et au vent du nord, déjà aigre, n’avait rien d’assez ro- MY, PO mantique pour me séduire, el je me trouvai heureux dans Met de to
un bon lit. . Chez
Ce matin, en me réveillant, il faut moi-même gratter MU S0
mes souliers, faire sécher mes habits, laver une partie # re | ité de
de mon linge. A Titusville, on avait refusé absolument à de cirer mes bottes; cette fois, l'hôtelier, plein de prévenance, m’a confié la brosse et le cirage. Étrange pays et monde plus étrange encore! Rien ne fait mieux toucher du doigt le ressort moteur de cette société, mieux comprendre à quel point l'amour du gain domine toutes ses 4 passions, tous ses goûts, tous ses plaisirs, et lui fait sacrifier la chose même qui doit lui être la plus chère, ce # bien-être matériel qui est pourtant le but de ses peines.
le plong du goufl nétaphe
sur la colline,
mais comment "
chemins sem- #3 > broussailles, À dans les four- # Guidé par des À naisonnette où M Une voix de # 'éloignai avec es. Je marchai À qui trébuchait. 4 bruyamment,
nfin il prit sa W
le compte pour À
rais en débou- * füt cette nuit À
lorêt jusqu'au ; de novembre À
; he A » vol a nine nrèc D Û 1 :
en d'assez ro- li vent, pour voir de plus près Les cartes, de toutes les aises
heureux dans À
même gratter MR er une partie M sé absolument & lein de préve- M range pays el M ieux toucher M
| mieux comine toutes ses
et lui fait sa- 1 plus chère, ce #
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Partout ailleurs un pareil cloaque serait le refuge des
r de lumières M désespérés où de ces aventuriers hardis, endurcis, prêts
à tous les métiers, bande pillarde que toute Imdustrie nouvelle, comme toute armée en campagne, traine à sa suite. Ici, au contraire, c'est la maison de jeu où les capitalistes viennent risquer leurs fortunes, le Baden-Baden où les enrichis d'hier viennent chercher les émotions du tapis vert. Ce qui les attire, c'est le risque même, l’incertitude d’un jeu qui peut les ruiner demain, c’est en un
Émot la bourse de l'huile, qui est venue s'établir au lieu
même du marché. Je monte en chemin de fer : on y joue. J'entre dans une auberge : l’antichambre et la salle à manger sont de petites bourses où les transactions se poursuivent entre le grog et le café. Je rencontre deux cavaliers clapotant dans un marais : soyez certain qu'il y a entre eux quelque opération aléatoire sur l'achat d’un terrain, le percement d’un puits, les prix de la semaine prochaine ou de la lin du mois. Le jeu, toujours le jeu, voilà la vie de ces sauvages bottés et boueux qui se pri-
et de toutes les jouissances de la vie.
Chez nous, la satisfaction de ce vice est entourée de toute sorte de séductions. Ici la passion en est si puis-
sante, si impérieuse, qu’elle se sufit à elle-même. L’avi-
dité de l'Américain est héroïque et intrépide. Il va, comme le plongeur de Schiller, ramasser la coupe d'or au fond
adu gouffre de Charybde; mais il va aussi (passez-moi la
nétaphore) déterrer le sou de cuivre au fond des égouts.
Érié, 19 novembre.
A présent que j'ai fait ma visite à la cour du rot Pé- À trole, laissez-moi vous dire en peu de mots son histoire, ! Le roi Pétrole est d’origine récente, bien que déjà le # rival du rot Coton. Ses premiers serviteurs furent les È Indiens, qui employaient cette huile minérale dans leurs ! cérémonies religieuses et l’appliquaient en onguent aux | blessures. Il se cachait alors dans les entrailles de la à
dE
lerre, et ne se manifestait au dehors que par des sources
clair-semées qui se mélaient aux rivières, et dont le produit flottait sur les eaux. Les Français furent les premiers Ë qui tentèrent de le délivrer de sa prison. On montre en- @ core les excavations qu’ils pratiquèrent pour découvrir à sa demeure souterraine. En 1845, des mineurs firent # jailir une source à Tarente, près de Pittsburg. C'est # douze ans après seulement que les grands travaux com- À mencèrent à Titusville. En 1860, il y avait déjà 2,000) puits en activité. En 1862, ils produisaient 300,000
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barriques par semaine. En 1863 enfin, la valeur des ex-
portations faites en Europe s'élevait à 6 millions de dol- # lars. Cependant on découvrait d’autres sources dans #
l'Ohio, en Virginie, au Canada, dans les États de l'Ouest B
et dans l’Utah, sur la grande route du Pacifique. Celles # de la Virginie occidentale et de Marietta, dans l'Ohio, #
sont déjà en plein produit. On estime à 62,000 milles & carrés dans huit États seulement l'étendue du gisement A de houille bitumineuse qui produit le pétrole. Il y à là une M richesse incommensurable. Malgré l’épuisement d’un M grand uombre des sources les plus abondantes, l’industrie
du pétrole se développe avec une merveilleuse rapidité : MS Is ne s
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elle occupe des milliers de bras, elle fait tourner toutes | Les têtes, et vous avez vu avec quelle fureur la spéculation s'y précipite.
I ya deux classes en Amérique : ceux qui travaillent de leurs mains, et ceux qui spéculent sur le travail des autres. Tandis que la classe des travailleurs est toujours trop restreinte pour les besoins du pays et que l'émigration y fournit à peine, celle des spéculateurs pullule et excède toujours les besoins vrais du commerce. Voyez ce Lype ordinaire du commercant nomade, homme sec, maigre, osseux, ridé, maladif, dont l’œil semble toujours absorbé dans des calculs financiers. C’est là le vrai Y'ankee. Ne lui imposez pas d'autre métier : il est actif plutôt que laborieux. IL sait courir le monde, songer à vingt affaires à la fois, débrouiller l’écheveau d’un négoce multiple et embarrassé; mais il laisse aux é:tangers, aux Allemands, aux Irlandais, aux Canadiens, les t':vaux rudes et manuels. Lui-même se vante de ne travailler que de la tête et de faire mouvoir ces machines grossières sans même lever le bout du doigt. J'avais déjà observé au Canada l’inégale répartition du travail entre les deux races. Le Yankee, revenu de ses promenades commerciales, S’assied dans son bureau ou dans sa boutique, la chique à la bouche, un journal à la main et les jambes en l'air, attendant le chaland avec une nonchalance royale et causant politique avec les hommes d’État du voisinage. Le soir, il va au café jouer sa partie de billard et prendre son punch. Pour quelques con::":rçants sérieux, combien de ces trafiquants parasites qui donnent aux affaires l'allure incertaine du jeu, et qui sont les dignes pendants de notre bourgeaisie rentière, comme elle consommateurs qui ne rendent pas ce qu'ils ont dépensé! Ils ne sont pourtant pas inutiles : ils donnent de l’activité
novembre.
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