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aux transactions, du mouvement aux capitaux. Enfin la nature n’est pas encore lasse de fournir chaque jour un aliment nouveau à ces foyers dévorants : c’est la véritable cause de leur succès. On attribue au bienfait de la démocratie la grande facilité de s'enrichir que trouvent ici les hommes entreprenants. I est vrai qu'en distribuant également l'éducation sur toutle peuple, elle met sur la même ligne les concurrents qui se disputent la fortune, elle abaisse ces barrières morales qui ferment encore, ou du moins rendent difficile chez nous l'entrée de la carrière; mais la grande raison de cette aisance générale, c’est l'abondance naturelle qui convie tout le monde à la curée. Supposez en Amérique toutes les terres occupées, toutes les mines exploitées, toutes les campagnes peuplées comme les nôtres; prévoyez un instant l'Amérique de l'an 2000, et dites-moi si vous la voyez encore aussi riche et aussi active qu'à présent.
En somme, le caractère des peuples dépend des citconstances où la nature et leur passé les placent. Je ne fais pas reproche au peuple américain d’être spéculateur, pas plus qu’au peuple français de s'endormir volontiers sur les revenus tranquilles d'un capital inamovible. Com-
ment les Américains ne seraient-ils pas avides? Comment Mà
l'amour du gain ne serait-il pas l’âme de leur société? C'est la raison même de leur existence. L'Amérique n’est plus, comme autrefois, le refuge des persécutés et des proscrits, la terre promise de ceux qui cherchent la liberté aux quatre coins de l'horizon. Il y a longtemps que la Nouvelle-Angleterre ne reçoit plus ces fortunes acquises, ces éléments d'une société toute faite qui n'ont eu qu'à s'implanter au sol nouveau. Le temps des pèlerins et es quakers est passé : ils n’ont laissé leur trace qu'à la forme générale de la société américaine et aux institutions po-
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0 souvent par le besoin. La société américaine est, en un mot, une société de nécessiteux enrichis, en voie de s’en- 0 richir, ou venus pour s'enrichir. Ils se jettent sur ieur
proie comme des affamés : ils n’en seront pas rassasiés à de sitôL.
Lors même qu'ils auront assouvi leur voracité première, il faudra mainte génération pour que la soif de l'or soit étanchée ; il faudra même quelques déboires, et l’expérience que le métier profite moins que par le passé. Voiton souvent chez nous les rois de la finance se retirer dans 0 leurs vieux jours et renoncer à l’appât des gains immodérés? Et pourtant nous sommes un peuple à préjugés aristocratiques, dédaigneux de la richesse ainsi gagnée, M ani de la stabilité et de la durée, qui encensons souvent les fortunes récentes, mais qui sommes impitoyables pour celles qui tombent, montrant alors le mépris caché sous nos adulations. Rien de pareil en Amérique, rien qui puisse décourager le spéculateur et lui faire même entre- "voir un autre genre de vie. Les lois, qui chez nous favorisent le loisir, se joignent ici aux mœurs pour stimuler A l'esprit d'aventure. Le père n’est point tenu de léguer son héritage à ses enfants; souvent il le distribue de L droite et de gauche, soit par ostentation, soit par bienaisance, etles pousse dans le monde, livrés de bonne heure Où cux-mêmes, obligés de se bâtir un foyer. Les fortunes se lont ct se défont à chaque génération, sinon plusieurs lois dans la vie de chacun : il faut revenir au tourbillon des affaires alors même qu'on aurait le désir de mener sa barque au port. Point de ces fortunes toutes faites ni
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64 HUITMOIS EN AMÉRIQUE
de ces brillantes sinécures que les aristocraties réservent à leurs déshérités, point de ces occupations libérales dont le goût public peut faire une carrière et un gagnepain, mais en face et à la portée de tous le rêve californien, le monceau d'or illimité de la spéculation. Faut-il
s'étonner si tout le monde s’y précipite, et si, dans cette N démocratie, la politique même est méprisée des spécula- 22
teurs? Ils la considèrent comme un pis aller pour les
incapables, ou comme un moyen détourné de parvenir à la fortune. On est d’abord besoigneux, et l'on devient f' avide. Traditions, mœurs, exemples, origine où même SR nécessité, tout concourt à faire la spéculation reine de la M
société américaine. Son empire y est absolu, incontesté,
inévitable. On vous demande si vous spéculez, comme on # demande si vous mangez, — deux choses également in- 1 séparables de la nature humaine. Mettez de côté vos M
rigueurs, vos aversions, vos délicatesses exagérées ; sinon, vous passez pour un dédaigneux aristocrate.
Je vous écris debout, dans un bar-room plein de bruit MS et de monde, où un retard de chemin de fer me con- #4
damne à passer la moitié de la nuit. La chose est si fré-
quente qu'elle lasserait la patience d’un saint. Je suis à parti de Schæfer’s-Farm à midi, comptant arriver à But- à falo vers dix heures : ainsi le voulaient les règlements; M mais à Corry nous recûmes l'avis que nous ne serions à M
Buffalo que le lendemain matin. Pendant quatre heures,
nous avons piétiné au bord de la chaussée, dans le brouil- #
lard et sous le vent frais du soir. Corry est un point important, où se réunissent trois ou quatre chemins de fer;
mais la munificence des compagnies n’a pas trouvé de 1 | 0 COlOSs:
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quoi bâtir autre chose que deux guérites de planches où se tiennent les vendeurs de billets, et où la foule se bal pour les prendre, Je suis en ce moment à Erié, au bord
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D colossales disent assez quel est le grand commerce de la ù Ville. Buffalo, qui n'était rien il y a trente ans et qui main-
du lac de ce nom, prêt à monter dans le train de Buffalo, qui passera dans une heure ou deux.
juffalo, 20 novembre.
Je suis arrivé lei au point du jour; je n’ai pu fermer l'œil. Toutes ces fatigues m'ont un peu éprouvé. Je me décide à retourner droit à New-York, où je passerai quelques jours à graisser les roues de ma machine avant de continuer mes pérégrinations.
Je viens de ne promener dans Buffalo. C'est une immense ville avec d'immenses rues, bordées d'immenses maisons, avec un immense lac devant elle, d’ailleurs d'une nudité, d'une platitude et d’une monotonie désolantes. Les rues centrales, bâties en brique et cuirassées d’enseignes de tout genre, portent le signe d'une activité commerciale endormie aujourd’hui de ce glacial sommeil des dimanches qui ressemble à un deuil publie. Les omnibus, qui roulent toujours, sont les seules choses vivantes qu'on y rencontre. Je n’appelle pas vivantes ces automates qui marchent les bras ballants, d’un pas raide et compassé, en regardant droit devant elles. J'ai été jusqu'au port, qui se ramifie dans la ville par plusieurs eanaux : il y règne, même le dimanche, une assez grande activité. Tout le long des quais, et sur une langue de terre où ilot de sable qui abrite les bassins du port, se dressent, comme à Chicago, trente ou quarante de ces gigantesques greniers à blé ou élévateurs qui sont hauts comme des clochers, et dont le nombre, les proportions
tenant compte plus de cent mille âmes, est de ce côté la