RP ET US
Collingwood, 11 août.
Le côté nord du lac Ontario est la partie la plus peuplée du Haut-Canada. Le sol y est ondulé, sablonneux sur les plateaux, mais fertile dans les vallons. Aux environs de Toronto, on trouve des prairies, des champs nivelés, une agriculture en règle. Plus loin on s'engage pour quarante lieues dans la forêt. Figurez-vous une éternelie plantation de sapins, pour la plupart immenses et semblables à des tours, entremêlée çà et là de quelques beaux bouquets d'érables et ravagée par des incendies périodiques qui laissent à la forêt un air de ruine grandiose. Quelquefois un ruisseau, un vallon, une clairière à peine ouverte et jonchée encore de troncs carbonisés, — au milieu de ce désordre sauvage, quelques pauvres cabanes, des scieries, des montagnes de bois préparés, une route »avée de madriers et un chemin de fer, — parfois même des essais de culture, des terrains enclos de ces fences américaines faites de bois rudes et inégaux posés en zigzag sur des fourches biscornues. Dans l’enclos, la terre est noirâtre ; les ronces et les racines déchiquetées l’encombrent de leur pêle-mêle fantastique. C’est là qu’on mène paître le troupeau ou qu'on dépose à la hâte la semence d'un maigre champ d'avoine. Le principal produit de cette contrée est le timber, ou bois de construction. Grâce au chemin de fer, qui offre un débouché aux richesses naturelles de la forêt, la valeur de l’acre planté est devenue considérable. I faut voir ces immenses cubes de hois plein, si lourds, si épais, qu'on n’en peut mettre sur chaque wagon que deux couches. Les sapins du Ca-
nada le disputent à ceux de Norwége; on est étonné de leur haute stature, quand on les voit renversés.
Vers le milieu du chemin, nous traversons une plaine vague, marais ou bruyère. À droite, dans la vapeur, qui n’a cessé de nous aveugler, on aperçoit une flaque blanche et argentée : c’est le lac Simcoe, qui se déverse dans le lac Huron par la rivière Severn. Ici, la fumée devient étouffante, et le ciel en est obscurci. Tout ce pays est en feu depuis quelques semaines : l’incendie court à droite, à gauche, suivant que le vent le puusse ; mais il est probable qu’il passera partout. On voit des villages entourés de flammes, des forêts où il ne reste plus à la place des arbres que de gros tisons ardents. Tantôt la terre morte et calcinée, les feuillages desséchés, les troncs noircis, indiquent le passage récent de la flamme; tantôt elle éclate dans un fourré vert jusque-là épargné, et l’on aperçoit à travers les buissons ses langues brillantes. À deux pas de là, le pionnier, impassible, fauche tranquillement son champ d'avoine : il a l'habitude de jouer avec ce dar ger. Cependant le soir tombait; la forêt s'enveloppait d'une ombre bleue; çà et 1à, dans sa profondeur obscure, un point rouge luisait comme une étoile. La lune même, à travers la vapeur, semblait rougie d’une flamme sanglante. Le feu s'enroulait en spirale autour des grands arbres, qui brillaient alors dans les ténèbres comme de grandes torches enflammées. Les feux lointains répandaient une lueur blanche, une sorte de lumineuse auréole ; les feux voisins nous aveuglaient de leur ardente lumière : ils couraient dans les broussailles, voltigeaient de feuille en feuille, s'accrochaient aux vignes et aux lianes, serpentaient le long des barrières, faisant une pluie d’étincelles qui jaillissaient comme des fusées et des nuages d'une fumée brillante comme des feux de Bengale. Sou-
vent nou souffle e venait u eule d’ab et super dévorées
Collins un rudim 0), ENV sur une ] et où l’À dernier ve
Je cont conjecture de Paris, ber ni la v que l’emf tique aux vite résol chasser le gination s déclaré q bandouliè et surtout tout rend, l'aubergis ne conten véritable « point, Vo tout désa] m'en aper sieurs des n'anmuser
evient est en lroite, t protourés ce des morte oircis, jt elle | aper-
deux ement > dar + oppait scure, nême, è san= rrands me de épanréole ; ière :
feuille , Ser- ‘étinuages Sou-
vent nous courions en pleine fournaise, nous sentions ie souffle embrasé de la flamme, et son gai petillement devenait un menaçant murmure, Ce spectacle, au crépuseule d’abord, puis à la nuit noire, était vraiment féerique et superbe. Je songeais, en l’admirant, à tant de richesses dévorées, et je me disais que ce feu de joie coûtait cher.
Collingwood est un village à l'américaine, c'est-à-dire un rudiment de grande ville. Le lac Huron est en face de oi, enveloppé de brouillards. Une voie ferrée s’avance sur une jetée que termine un grand phare de planches, et où l’Algoma, qui va m’emporter, se repose de son dernier voyage.
Je continue à exciter la curiosité et à donner lieu aux conjectures. Quel est ce personnage mystérieux qui vient de Paris, qui semble riche, qui ne sait pas le prix du timber ni la valeur de la tonne de cuivre ? Il n’est pas probable que l’empereur des Français délègue un agent diplomatique aux tribus indiennes. A Otawa, la question a été vite résolue : j'étais un lord français qui voyageait pour chasser le spleen; mais à Collingwood on n’a pas l’imagination si haut placée. Après bien des hésitations, on a déclaré que j'étais un dentiste. Le sac que je porte en bandoulière, ma trousse de cuir, mes bouteilles de buis, et surtout la forme de mon couteau, qui est fort admirée, tout rendait la chose évidente. Tout à l'heure le fils de l'aubergiste, un bambin fort gentil de sept à huit ans, ne contenant plus sa curiosité, s'approche de moi, et en véritable enfant terrible me fait la question à brûle-pourpoint. Vous iugez combien j'en ai ri. Le petit a paru tout désappointé. Voilà encore les esprits en travail; je m'en aperçois aux regards inquisiteurs et incertains. Plusieurs des curieux seront mes compagnons de voyage; je . n'amuserai à les faire trimer quelques jours. O incons-
| tance des choses humaines! hier prince ou peu s’en faut, | abordé chapeau bas et salué presque du nom de mylord, — aujourd’hui arracheur de dents. Puisque je vais casser des mâchoires sauvages, je vous en promets des échan- B
tillons.
: Brouillard Lil L ; une mè | | Manito
plaisir « peurs ; la com de guer promeni
Journ vapeur nous ne jaunit d lard d’h atmospl cherche marche sondant croyion:
voyons peine, :
en faut, mylord, s Casser échan-