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camarades.
rbres, ils y vêtements ; ; la vase et t, les balles out de dix vre homme parle guère lontenure en n’est élo-
k. 13 jain.
| La traversée s'achève en partie de plaisir, La mer est à brillante et bleue comme la Méditerranée. Tous les vi- © sages s’épanouissent à l'espoir de la délivrance. De temps
4 en temps, un voilier nonchalant passe à l'horizon. On
ichange le salut maritime et la pittoresque cérémonie des
* pavillons bariolés,
Je me mêle aux groupes, je cause politique, je m’in-
4 lorme dc l'élection présidentielle et des chances des
i partis. Je ne vois guère que des républicains et des amis
% de Lincoln. Tous parlent mal du général Mac-Clellan, saut l’ancien maître d'hôtel, homme réservé par métier et qui semble être avant tout du parti de ses pratiques. ? {Tous ont une confiance inaltérable dans le succès du Nord. Mes doutes, si poliment que je les exprime, offensent leur patriotisme, et l’un d’eux, le lieutenant C..., doué d’une certaine faconde, entreprend de me faire la leçon. Il faut, dit-il, que le Sud soit abaissé. 11 a dédaigné le Nord, il a cru que le Nord ne saurait pas se battre.
4 Qu'il apprenne à le respecter. Le Sud a voulu la guerre;
il l'a poussée à tel point qu'il faut qu’un des deux partis isuccombe : qu’il soit victime de son obstination. L’esclavage peut être un régime commode à l’entretien d’une Maristocratie militaire. “Les ilotes béchent la terre, nour- +4 ssent le pays, tandis que les maîtres consacrent leurs L loisirs aux armes; mais cela ne peut durer : ils ont trouvé au Nord des adversaires égaux en courage et supérieurs
| en force, car le Nard produit tout en faisant la guerre;
.: Sud s’épuise et ne se renouvelle pas. L’esclavage, qui l’a rendu redout#e, est à la longue un germe de mort.
Il en est presque à son dernier sou et à son dernier homme. Sur un million de soldats, il en a perdu sept cent mille. Tous les hommes de quinze à cinquante ans sont sous les armes; il y a des enfants qui ont déjà vu vingt batailles. Encore un peu de temps, et cette classe arrogante qui se dit l'aristocratie du Sud rentrera dans la masse commune. Le sol sera aplani pour une colonisation nouvelle. Des hommes venus du Nord, des capitaux venus du Nord, régneront sur la terre conquise ; l’industrie, incompatible avec l'esclavage, prendra son essor; la prospérité renaîtra en peu d'années, et la conquête s’achèvera par une régénérauon…
La question des finances ne l’effraye pas plus. Il y a des gens qui menacent les États-Unis d'une banqueroute. Le lieutenant dit que son pays n'a jamais été si riche. Si l’on dépense plus, eh 5ien! l’on produira plus. L’industrie est plus active et la population plus nombreuse que jamais. Chaque jour d'immenses territoires sont défrichés, peuplés, conquis à l’agriculture et à la civilisation. L'Ouest est destiné à être le grenier du monde. Quant aux richesses métallurgiques de l'Est et du Nord, elles supplanteront bientôt celles de l'Angleterre et de la Suède. La seule récolte du foin de l’an dernier vaut plus que les anciennes récoltes de coton dans tous les États du Sud. 11 ne faut pas appliquer à l'Amérique les théories surannées de l’économie politique européenne. C’est une immense mine inexploitée qui appelle les capitaux et les hommes. La banqueroutz: même, dût-on y recourir, serait une perturbation passagère qui retarderait à peine l'essor de la richesse publique. Que seulement l’esclavage, ee germe de discordes éternelles, soit déraciné de la terre du Sud; que l'unité nationale soit maintenue ct fortifiée à tout prix; qu'on détruise, s’il le faut, le raembre malade!
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Pour une branche coupée, cent autres naîtront à sa place. L'Amérique est comme l’ancienne Rome,
.... . . . Ab ipso Ducit opes, animumque ferro.
Qu’y a-t-il de vrai dans tout cela? L’humilité n’est pas, vous le voyez, leur défaut. De tant de forfanteries je peux conclure au moins ceci : qu'ils sont un peuple hardi, obstiné, vivace, peu sujet à ces découragements et à ces terreurs vaines qui ailleurs sont devenus chroniques.
15 juin.
Après la thèse l'antithèse. J'ai entendu le son d'une autre cloche. et l’orateur du Sud après celui du Nord. C'est un Français, ancien possesseur d'esclaves aux colonies, aujourd’hui même propriétaire dans les États du Sud, élevé au-dessus du grossier préjugé de ses pareils, qui fait de l’esclavage un principe sacré. Sur la question morale et abstraite, M. d'A... m'accordera tout ce qu’il me plaira. Il parle volontiers du principe antichrétien ct antihumain de l'esclavage. Il dira même qu’il s’applaudit de le voir chassé du Nouveau Monde; mais il n’a pas moins d'indulgence pour le fait que d'horreur pour le principe. « Ce n’est pas tant, dit-il, la question de l’esclavage qui est en jeu que les ambitions des deux sociétés rivales. » Enfin il trouve bien dur de payer du sang d'un million d'hommes et de la ruine de tout un peuple l’affranchissement de quatre millions de noirs. « Il fallait dit-il, s’en remettre au temps et à la Providence, — non pas que les gens du Sud songeassent à l'émancipation
ne
des noirs, ni que les esclaves mêmes l’eussent jamais désirée ; mais le temps aurait adouci l'hostilité des deux peuples ; après quelques générations, l'aristocratie territoriale du Sud, abaissée par la division des fortunes, serait rentrée dans la foule. Cependant la race noire aurait lentement dépéri. La mort est l'émancipation naturelle qui, sans révolution ni guerre fratricide, devait résoudre et pacifier la question de l'esclavage. Les abolitionistes ne font que hâter l'inévitable destinée d'une race inférieure. On à prononcé en Europe des mots horribles; on à parlé des haras d'hommes de la Virginie : ee sont d'abominables calomnies. Les maitres sont doux, humains, bienfaisants. Les vrais persécuteurs sont ces philanthropes qui prêchent au nègre les droits de l’homme, et ne veulent même pas lui laisser sa place au soleil, qui dans l'Ouest font des lois pour lui défendre de s'établir sur leur territoire, si ce n'est comme domestique et par tolérance, qui le repoussent, le proscrivent, le pourchassent comme une bête impure, et le forcent PS Re fuge au Canada ou dans les États du Sud.
Quant à l'union, M. d'A... ne {a croit di pos: sible. Il avoue qu’elle n’a de salut que dans la guerre ; mais il connait le Sud, qui n’est pas, dit-il, si affaibli qu'on l'imagine. « Ce n’est pas une ville assiégée qu'on puisse réduire par la famine, c’est un vaste*pays agricole qui puise en lui même ses ressources, qui d'ailleurs vend son coton à l'Angleterre pour des armes et des munitions. 1l a du fer pour fondre ses canons, du salpêtre pour faire de la poudre, une arméc aguerrie de cinq cent mille citoyens, et par-dessus tout l'énergie morale et la disei= pline. Le Nord a d'immenses armées; mais où se recrutent-elles? Parmi ces pauvres hères que ce vaisseau jet-
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séduire par la bonne paye et la bonne viande. Le Nord a d'immenses richesses, mais il les gaspille. Au Sud, le trésor est vide, la banqueroute faite depuis longtemps ; chacun sy dévoue, corps et biens, à la cause nationale. Encore un peu de temps, et le Nord fatigué quitte la partie, l'Ouest se rend indépendant, le Sud répare ses pertes, et la guerre n’a servi qu'à éterniser la division de la république. Elle se flatte vainement d'échapper aux maux de l’ancien monde : la voilà qui entre dans l'ère des révolutions et des guerres civiles. Dieu sait quand elle en sortira! »
Me voilà donc entre les avocats des deux partis, qui me débitent ce que j'appellerai les lieux communs de leur cause; mais je ne puis conclure avant de voir moi-
même les pièces du procès.
Ce matin, grand émoi, grande joie sur le navire. Le
3 bateau-pilote venait à nous, bercé gracieusement par ses
ei Fa TE ; #3 # R
blanches voiles. Il apportait les journaux et les nouvelles.
+ C... comptait sur la prise de Richmond; d'A... croyait
plutôt à l’invasion du Maryland. Moi seul, je n’attendais rien, sinon peut-être une ou deux batailles sanglantes sans résultat. On se pousse, on se précipite, on se presse autour du pilote : il nous jette un journal, qui est aussitôt saisi, disputé, presque mis en pièces; puis on en fait la lecture à haute voix, d’abord le change de l'or, le
… cours de l'emprunt, ensuite les nouvelles de la guerre. « On lit alors, au milieu des rires, un article injurieux sur } le président Lincoln, qu'il accuse de mensonge, d’inep-
tie, de despotisme, d’odieux attentats à la liberté de la presse, en adjurant le peuple d'en finir avec cet aristocrate, ce pourvoyeur de gibets et de prisons, qui a lait jeter aux oubliettes des milliers de citoyens. Ne dirait-on pas Louis XI ou Tibère ?.…
16 juin, New-York.
Il fait une nuit étouffante et lumineuse, une de ces nuits tropicales où l’air n’a pas un souffle. Je suis à terre depuis vingt-quatre heures, et je veux vous dire l’impression de ma première journée dans le nouveau monde.
Hier matin, comme nous déjeunions gaiement et que les côtes de Long-Island fuyaient déjà sur la droite, le capitaine se lève et nous annonce qu’un cas de petite vérole s’est déclaré à bord, qu’il n’en a voulu rien dire pour ne pas effrayer les dames, mais qu’il faut nous résigner d'avance aux tracasseries de l'administration sanitaire. Jugez de notre mauvaise humeur. Nous ne vimes plus ni le golfe, ni les îles, ni les côtes gracieusement ondulées et les blanches villas cachées sous la verdure, mais seulement cette prison du lazaret dont on apercevait déjà les murailles, et où nous attendaient peut-être les douceurs de la quarantaine. La baie de New-York, que les Américains comparent au golfe de Naples, lui ressemble à peu près comme le lac d'Enghien ressemble au lac de Genève. Il y à pourtant un grand charme dans ce ciel voilé, dans cette eau calme et blanche, dans ces mille voiles silencieuses indolemment balancées par la brise, dans les douces collines qui encadrent ce riant tableau. Çà et là un steamer hennissant, effaré, traverse le lent troupeau des voiliers paisibles, comme un cheval échappé dans les pâturages parmi les bœufs endormis.
Déjà nous avions passé l’étroit canal défendu par les forts Tomkins et Lafayette ; nous étions dans la rade, en face de la ville, quand le bateau s'arrête. L’ancre est jetée, et nous apprenons que l'autorité compétente à
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4 liant, mes gants, jusqu’à un pot de pommade, excitent
décidé que nous serions tous vaccinés par son médecin
spécial aux frais de la compagnie. Nous eûmes le temps
d'étudier le paysage ; nous touchions presque à la terre : à
“ gauche, Staten Island, sa rive verte et fraiche, dont les … douces formes rappellent les collines si gaies du lac de … Zurich; à droite, Brooklyn, un faubourg de trois cent ) mille âmes, situé sur Long Island, en face de la grande ville; devant nous, les clochers des églises, les mâts des WE vaisseaux, les toits pressés des maisons. Après deux 4 longues heures d'attente, le libérateur apparut. Alors
commença une scène burlesque qui dérida les plus cour-
“roucés. On nous convoqua tous au salon, pêle-mêle,
hommes et femmes, et là chacun tendit son bras nu au icharlatan officiel, qui de la pointe d’une plume d’oie ….piquait l’épiderme. Cette cérémonie coûte à la compa- “gnie cinq cents dollars. L'Amérique est donc aussi le pays des formalités et des exactions officielles?
… Une autre tribulation nous attendait à la douane. Le douanier français connaît la politesse lors même qu'il fait de l'autorité; l'Italien est un homme obligeant, qui vous “comprend à demi-mot : le Fankee est à la fois tracassier “et inexorable. Ces messieurs troublent tout, salissent
eur défiance. Un de mes compagnons a deux montres, on lui en prend une. Deux autres sont fouillés. Les Anplais seuls sont un peu respectés : ils savent l'être par- Aout. Je regrettais malgré moi la bénigne formalité du passe-port et la douce tyrannie du gendarme.Avouez que «c'est un étrange début sur la terre classique de la liberté. + On parle trop des splendeurs américaines. Le premier aspect de New-York est rebutant et vulgaire, Les pavés 4 fondrés, les rues boucuses, les squares pleins d'herbes
et de broussailles, les omnibus, disgracieux wagons qui roulent sur des voies ferrées, les maisons irrégulières, bariolées d'affiches colossales, ont la laideur négligée d’un bazar en plein vent. Nos vieilles cités d'Europe ont toutes un caractère : celle-ci n’en a d'autre que sa platitude. C’est un grand village né d'hier, sans monuments, sans limites, envahissant la campagne à mesure qu'il lui faut des maisons et des magasins. L'édilité, qui pourtant se paye assez cher, ne s’y occupe guère, à ce qu'il paraît, que de l'alignement des rues. Elle adopte pour les désigner un plan symétrique et uniforme, qui divise la ville en carrés d’échiquier. Toutes les voies parallèles à Broadway sont des avenues, toutes les voies perpendiculaires sont des rues. Chacune à pour tout nom un numéro d'ordre. Les rues se comptent du sud au nord, les avenues de l’est à l’ouest; de façon qu'on se dirige dans les rues de New-York par longitude et latitude, comme sur mer. Cela est commode assurément; mais une ville où les rues sont des nombres, c’est comme un peuple où les hommes sont des machines; cela semble n'avoir ni traditions ni patrie; c’est une vaste hôtellerie ouverte à tout venant, où l'argent seul distingue les hommes.
Tout le monde s'y occupe d’affaires. Broadway, Wall street et toute la basse ville sont chaque jour, pendant dix heures, le rendez-vous universel, Des milliers d’omnibus descendent la grande rue, remplis tons les matins d'une foule compacte, qu'ils ramènent tous les soirs. Ni les boulevards, ni le Strand, ni le Corse de Rome aux jours de carnaval ne peuvent donner l'idée de ce mouvement tumultucux. Nos flâneurs parisiens ne ressemblent guère à ectte population maussade, affairée, soucieuse. qui se coudoie et s’encombre parmi les camions et les