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veau et malinstruit, n'avait point tenu compte des signaux qui l’avertissaient que le pont tournant était ouvert. L'autre jour, il s’en est fallu de peu que le même accident n’arrivât. Quant aux déraillements, ils sont quotidiens, et l’on attend pour réparer la voie qu’elle se soit brisée d’elle-même. Cette fois il ne s’agit que d’un train de marchandises qui a roulé du sommet d’une digue ; l’accident n’a pas causé mort d'homme, mais il nous tient deux heures immobiles au fond d’un ravin désert, affamés, grelottants sous le vent glacial qui fait gémir la nuit. A cent mètres devant nous retentissent des coups de marteau sonores, brillent de grands feux rougeûtres. Sept ou huit wagons renversés gisent sur les talus, laissant échapper des caisses et des tonneaux par leurs flancs entr'ou- | verts. — Étrange scène à cette heure et dans ce lieu perdu!
Nous repartimes enfin. Je m'assis en face de deux backæoodsmen du Maine qui avaient retourné mon banc pour y étaler leurs bottes sales. L'un d'eux, un jeune homme avec qui je m'étais entretenu quelques minutes, m’appelait poliment capitaine (les titres militaires sont en Amérique un signe de respect) et semblait avoir pour moi toute sorte d'égards. Tout à coup je vois s'étendre une grosse botte boueuse qui vient se poser.au niveau de ma joue sur le dossier où j'appuyais ma tête; puis la pareille se lève et vient.se poser de l'autre côté. Qu’estce à dire? Me cherche-t-on querelle? Nullement : c'était mon interlocuteur si poli qui reposait gracieusement dans la posture favorite des Américains. Je l'aurais fort surpris si j'avais rudoyé les deux agréables voisines qui effleuraient mon visage. Je riais trop d’ailleurs pour me fâcher. On se demande pourquoi la classe supérieure se résigne en Amérique à l'impuissance et à l'inaction : c’est qu’elle
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Gorham, où je di ciide est un hameau de misérable apparence, sans qu'une trace de misère réelle en explique le triste aspect. Des fenêtres du vaste hôtel construit là pour les touristes, le soleil levant me montre, non pas le mont Washington lui-même, mais la cime neigeuse d’un des grands dignitaires qui entourent le trône du dieu de cet olympe : les monts Webster, Jefferson, Adams, Madison, Jackson et tant d’autres que l'imagination populaire a groupés autour du sommet dominateur où plane-le grand nom de Washington. Les nuages l'ont bientôt envahi, et les radieuses promesses de l’aurore menacent de se résoudre en neige. Je pars néanmoins pour la montagne, dans une voiture légère conduite par un gentleman à qui l’aubergiste m'a confié. « Monsieur, dit-il, sait la route, et vous servira de guide. » Mon compagnon tire u cigare de sa poche, me demande si je fume, si la fumée du tabac m'incommode. Je ne savais en vérité à qui : j'avais affaire, et la question ne fut résolue que le soir, quand je vis le même gentleman porter ma malle au chemin de fer el me remercier pour un dollar que je lui mis dans la main.
Nous entrons dans une vallée sauvage, animée par un beau torrent aux eaux pures et fermée au fond par la
. grosse masse encapuchonnée du mont Washington, tou-
jours plus sombre à mesure que fes nuées s’abaissent. On me montre au-dessus de la région des forêts une ligne noire dans la neige : c'est la route récemment ouverte jusqu’au sommet. Un vent froid siffle à travers la forêt dépouillée, son manteau doré s’effeuille à chaque rafale. Glen-House, une auberge solitaire abandonnée l'hiver au milieu des neiges, s'élève dans une prairie où courent
des chevaux en liberté. Un ours enchainé à un piquet ne devant la porte promène en rond sa tête branlanté cet Il son épais manchon de fourrure brune : l'ours est le cha- un de mois des Montagnes-Blanches. Es Uné longue montée dans des bois de sapin, puis le givre saupoudrant les arbres, puis la neige formant sur les broussailles des draperies et des dentelles, enfin la glace pendant en stalactites à la place des ruisseaux sai- c sis; — en même temps une épaisse nuée neigeuse s’abal déci sur la montagne. Impossible d’embrasser le grand pruorama des lacs ; je n’entrevois plus qu'à peine les roi its ur aux mille couleurs étendues dans la vallée comme un À 4 tapis brillant et bariolé. Je n’en demandai pas davantage. JC il Les Montagnes-Blanches ne sont après tout ni bien impo- NT santes, ni bien variées; elles ne sont que coquettes et N ” | gracieuses, parsemées de petits lacs, arrosées de mille - d ruisseaux bouillonnants et couvertes d'une végétation à . Ja fois montagneuse et douce qui doit être charmante au : printemps. En cette saison, elles prennent un air inhos- RS pitalier, une mine sombre et sévère qu'égayent seulement ne les lumineux feuillages des forêts, Rien de plus étrange ; que ces lueurs fantastiques qui courent sur la montagne et dessinent de brillantes arabesques dans l'ombre violette et veloutée du soir, C’est surtout par les crépuscules sombres et les jours nuageux qu’elles étincellent : elles dégagent alors de la lumière, elles ressemblent à des broderies de feu, On dirait des coulées de lave mal éteintes, ou bien ces franges de pourpre qu'un soleil couchant de décembre met aux masses obscures des 24 nuages amoncelés, .
Sherbrooke est une gentille ville qui plairait sous un js autre ciel, champêtre, villageoise, étagée sur des collines re au confluent de deux helles rivières. L'une, la rivière "10
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