‹ Huit mois en Amérique [microforme]Chapitre 6 sur 56 · CHAPITRE TII · texte numérisé non relu

CHAPITRE TII

Une fête nationale, — Le gold bill de M, Chase. — a charité à New- York; l'ile Randall et l’île Blackwell; taxes municipales. — Le général Dix et la presse; le jury à New-York; les impôts de la guerre. — Invasion .41 Maryland. — Les vraies causes de la guerre; l’esclavage ct l'abolition; les states-rights. — Droits des États et droits

de l’Union. — L'élection présidentielle; les candidats

et les partis.

New-York, 5 juillet,

Il y a quinze jours, New-York ne me frappait que par sa vulgaire et disgracieuse magnificence. Je m'y retrouve aujourd’hui avec une sensation de bien-être que Je ne saurais vous dire. Je reprends mon logis, je retrouve les amitiés commencées. La ville enfin me sourit romme une ligure de connaissance. Quel lieu ne serait pas un paradis au sortir de Washington ?

C'était hier le # juillet, l'anniversaire de l'indépendance, le grand jour de fête nationale. Réveillé de bon matin par la pétarade et la canonnade, je maudis un peu l'Amérique et son bruyant patriotisme. Washington est en liesse : quelques âmes religieuses vont au temple et rendent des actions de grâces; on lit publiquement la

déclaration de l'indépendance; des bandes de musiciens parcourent la ville. Or dirait le vacarme de la nuit de Noël à Naples. Partout cette scène de carnaval nous accompagne. Nous traversons les villes au milieu des pétards et des drapeaux déployés : une multitude avinée nous salue de ses acclamations. J'admire encore en passant les forêts du Maryland, leurs buissons fleuris de roses sauvages , leurs petites mares sombres, qui dorment sur un lit de feuilles mortes, enfouies sous les nénufars et sous les branches des aulnes. A Philadelmhie, je me trompe de wagon, et je traverse la ville juché sur Île car des bagages, au grand ébahissement des familles paisibles qui passent ce jour de fête assises au frais sur leur petit perron de marbre : c’est leur facon grave de se réjouir. Dans la banlieue de New-York, une foule endimanchée nous envahit. Les femmes s'appuient sur mes

épaules, les enfants me grimpent sur les genoux. J'arrive.

à demi mort à Jersey-City, où la cohue se rue sur le ferry-boat. Enfin j'aborde à New-York vers minuit, échiné, affamé, nourri à l'américaine d’eau glacée pour tout potage, au bruit des feux d'artifices, des fusées qui font pleuvoir sur la rivière des gerbes d’etoiles, et à la lueur d’un formidable incendie planant sur la ville comme un immense feu de joie.

Une crise financière peut d’un jour à l’autre réduire à néant le papier-monnaie. Tout repose sur l'espérance de la prise de Richmond; mais comme Grant tourne et retourne sans avancer, comme Petersburg, cette ville défendue « par des enfants et des maitres d'école », tient bon devant cent mille hommes, comme les confédérés, bien loin de se rendre, menacent le Maryland d'une invasion qui oblige le président à mobiliser les milices, comme en un mot nul n'entrevoit la fin de la

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