‹ Huit mois en Amérique [microforme]Chapitre 9 sur 56 · US · texte numérisé non relu

US

init our de lité.

ants füt pour

tient font jcien avait ur à

oisiveté par l'apparence d’un travail inutile, ni de la prison des femmes, qu’on emploie à fabriquer des cigares, ni enfin des prisonniers, voleurs, faussaires et autres condamnés de la justice du comté, que je vis revenir du travail et se jeter sur leur repas du soir comme une bande de loups faméliques, puis rentrer dans leurs donjons furtifiés à double enceinte, derrière des grilles de fer. Depuis la guerre, on fait remise d’une partie de leur peine aux bons sujets qui s’enrôlent pour trois ans dans l’armée.

Tous ces. établissements n’ont aucune rente, et sont soutenus par des taxés. La dépense est d'environ 500,000 dollars par an, soit 2,500,000 francs. Elle dépend du vote de chaque année, et cependant n’a jamais souffert de la parcimonie des citoyens. C’est que les comptes sont rendus publics. On ne connait pas en Amérique ce système ingénieux de l'abonnement qui fait de l'impôt une sorte de redevance féodale, et du vote de l'impôt une abdication ; on ne croit pas que les taxes, une fois recueillies, soient la propriété des administrateurs. Aussi le principe de la spécialité s’applique-t-il dans les budgets municipaux uon-seulement aux dépenses, mais aux taxes elles-mêmes. Il y a l'impôt des rues, l'impôt des écoles, l'impôt des hôpitaux, l'impôt des prisons, tous discutés chaque année et réglés sur les besoins actuels. On donne plus librement quand on sait que l'argent de:tiné à nourrir les pauvres n'ira pas grossir le traitement d'un maire ou enrichir ia demeure d’un préfet,

10 juillet.

Je lis dans un journal un article qui signale assez bien la différence de nos traditions politiques et de celles des Américains. Il s’agit de certaines visites domiciliaires faites à Paris et de notre loi préventive sur les associations, chose incompréhensible pour d°- Américains. Ils exercent volontiers un acte de violenus isolé; mais que l'arbitraire soit ordonné, légalisé, qu'il y ait des règles permanentes qui le font peser constamment sur tout le zonde, cela confond leurs idées. Ils ont en revanche des procédés nouveaux et sans façons. Veut-on tuer un journal, on ne lance ni accusation ni décret, on ne recourt pas toujours à la force, car il peut se trouver un gouverneur démocrate, comme M. Seymour, pour traduire en justice l’imitateur hardi du général Dix (1). Voici comment on s’y prend. On dit à la poste : « Vous refuserez de servir ce journal. » L'administration de la poste, qui est républicaine, se prête à la chose, et Le journal est tué du coup. Est-ce le gouvernement qui le tue? Non pas; c’est la poste, qui dans son libre arbitre, et par scrupule de conscience, a cessé de prêter son concours à des ennemis de l'État.

Le grand mal de la démocratie américaine n’est pas tant cet arbitraire, toujours rare, contenu d’ailleurs par l'habitude ancienne d'une liberté sans limite, que l'absten-

(4) On sait que le général Dix commandait alors le département militaire dont le siége est à New-York, et usa quelquefois contre la presse des pouvoirs extraordinaires qui lui étaient confiés.

tion des c'était t du sel] classes 1 On con formule:

cieux se inutile ; les hom affaires des Am aux intri tinction, sorte qu elle tomt ration co Les hom disent-ils de la por n'est pas traine à secret de développe leur fait Vous s américain excepté le vantent |’ de leur li taires une bien ! l’us:

une fois « r'espec{a

ien des ires cia- , Ils que gles nt le des | un > re f un tra- Voici efuoste, hl est Non par urs à

pas par sten-

parte quei lui

tion des honnêtes gens. Vous vous figuriez peut-être que c'était un fléau inconnu des républiques, et que le tumulte du self-government guérissait de cette langueur les classes respectables, mais timorées, qui s’y abandonnent. On conçoit que l'individu appelé de temps en temps à formuler une opinion abstraite et vague par un vote silencieux se dégoûte d'une formalité qu’il regarde comme inutile ; mais dans une démocratie il parait singulier que les hommes éclairés et influents se tiennent à l'écart des affaires publiques. C’est pourtant un fait avéré, avoué des Américains eux-mêmes : on abandonne la politique aux intrigants et aux subalternes, et l’on se fait une distinction, presque une vertu, de ne pas s’en mêler; de sorte qu'en général, et sauf des exceptions brillantes, elle tombe aux mains d’une classe obscure, sans considération comme sans fortune, et qui s’en fait un métier. Les hommes qui ont un nom et une fortune n'aiment pas, disent-ils, à les compromettre en les livrant aux hasards de la popularité. Les partis changent tous ies jours; ce n’est pas le parti qui suit les chefs, ce sont les chefs qu’on traine à la suite du parti. Cela est possible; mais le secret de leur inaction est bien plutôt cet égoïsme qui se développe toujours au sein des classes parvenues, et qui leur fait redouter avant tout les charges de la liberté. Vous savez le rôle important du jury dans la justice américaine. Il juge tous les procès, civils et criminels, excepté les questions de lui pure, et les Américains en vantent l'institution comme une des plus sûres garanties de leur liberté. La loi prononce contre les jurés réfractaires une amende de 25 dollars à chaque absence. Eh bien ! l'usage a prévalu de la réduire à 25 dollars payés une fois pour toute la session, et il n’est pas un homme « respectable » à New-York, pas un commerçant, pas

un boutiquier, qui ne s’exempte à ce prix de ses devoirs de citoyen, abandonnant les hautes et solennelles fonctions de juge à de pauvres hères trop heureux de s’en faire un gagne-pain. Le juré n’est plus un citoyen qui exerce un droit publie, c’est un corvéable qui se tibère à prix d'argent. Ces capitulations sont funestes : elles corrompent les institutions et altèrent la moralité des peuples.

En revanche, il est admirable de voir avec quelle soumission courageuse les Américains acceptent les charges toujours croissantes de la guerre. Quand on songe que es

Étis-Unis n'avaient pas d'armée, ou peu s’en faut, et

qu'il font aujourd’hui coup sur coup des levées de deux, trois et quatre cent mille hommes, qu'ils ne payaient rien, ou presque rien, au gouvernement fédéral, et qu’en trois ans ils se sont soumis, sans rien diminuer de leurs charges locales, au plus rude système d'impôts qui fut jamais, on ne peut méconnaître leur grand esprit d'ordre et de ténacité. C’est peut-être le seul pays au monde qui eût assez d’empire sur lui-même pour improviser si vite ce que d’autres ont mis tant de siècles à fonder. Aujourd’hui l'Américain paye à toute heure, directement ou indirectement, pour tous les actes de sa vie; il ne peut faire un pas sans laisser quelques flocons de sa laine aux mains de l’État : impôts fonciers et mobiliers, sur la consommation ct sur le revenu, sur les échanges et sur le luxe, toutes les inventions fiscales de l'Europe sont adoptées à la fois. La viande paye, le vin paye, et l'eau-devie, et le sucre, et l’huile, et le tabac, et le sel, et le papier, et l'habit que vous portez, et le piano qui est dans votre salon, et le cheval qui est dans votre écurie, tous les produits du sol, tous les produits des manufactures sauf le pain ct les journaux. Les douanes frappent

l'import est imp moindre pour toi jusqu’au Main : u de plume n'est pas et Sous tc encore @ venu, qu mentée d nom d'in dernières Laxe peur les charg l’entretier taxes réu pense, et assez pour raison une nités pécu J'arrive pagne che:

Boilleau, q ment de 1’ aussi nour élève de l’ porte en t rigueur et ( D'ailleurs « parcouru la et durant t

is 1C- ”en qui e à Iles des

sou rges e les , et CuXx;, aient qu’en leurs i fut rdre onde ser Si . Aunt ou peut > AUX r la ur le adop- -(eet le i est urie, 1fac= pent

l'importation et l'exportation indistinctement. Le timbre est imposé au moindre contrat, au moindre billet, à la moindre signature ou quittance, et sous peine de nullité, pour toute somme au-dessus de 10 dollars. Il atteint jusqu'aux petites transactions qui se font de la main à la main : une bouteille d'encre, un pain de savon, un paquet de plumes, une boite d'allumettes, payent le timbre. Et ce n'est pas tout : le gouvernement, qui puise à toute heure et sous tous les prétextes dans votre bourse, vous exploite encore en grand par cette dime appelée l'impôt du revenu, qui vient d’être portée de 3 à 8 pour 400, augmentée d’un tribut supplémentüire de 5 pour 100 sous le nom d'impôt rétrospectif et de complément des années dernières, et aggravée par l'obligation de payer double toxe pour les citoyens qui vivent à l'étranger. Ajoutez-y les charges locales, municipales, les impôts des États, l'entretien des villes; souvenez-vous enfin que toutes les taxes réunies n'arrivent pas à payer la moitié de la dépense, et vous serez comme moi épouvanté. C’en serait assez pour lasser un peuple éprouvé au joug, à plus forte raison une nation neuve, qui semblait tenir à ses immunités pécuniaires comme à une part de sa liberté. J'arrive de Long-Island, où j'ai passé un jour à la campagne chez le consul général de France, M. Gauldrée- Boilleau, qui joint à l'hospitalité américaine tout l'agrément de l'esprit français. Je connais peu de conversations aussi nourries et aussi variées que la sienne. Ancien élève de l’École polytechnique et de l’École des Mines, il porte en toutes choses cet esprit absolu, ce goût de rigueur et de certitude qui distingue les mathématiciens. D'ailleurs ses idées sont larges et indépendantes. Il à parcouru la Chine, l'Inde, la Sibérie, l'Europe entière, et durant tous ses voyages, il n’a cessé d'occuper son

esprit de mille choses diverses, d’ethnologie, de philolo=gie, d'économie politique, cherchant à toutes les questions une solution sur les lieux mêmes où se trouvent les témoins et les preuves. Il connaît surtout dans ses moindres détails cette Amérique où il a vécu presque une moitié de sa vie, et qui est comme son pays adoptif. Vous concevez quel plaisir et que) profit j'ai à l'entendre.

12 juillet,

Si j'étais resté à Washington, j'y aurais été enfermé par l'ennemi. Si je m'étais arrêté à Baltimore, le gouverneur m'aurait, comme les autres, mis à contribution pour les travaux de la défense. L’incursion dont les confédérés menaçaient la frontière a pénétré jusqu'au cœur du Maryland. 11 était curieux de suivre le progrès de la nouvelle et de voir l'incrédulité lâcher pied peu à peu. Washington était si loin de se croire en danger, qu'on y attendait la dernière bataille qui devait faire tomber Richmond. On glorifiait le général Grant, sa prudence hardie, ses inventions napoléoniennes, sa campagne semblable à celle d’Austerlitz. Il courait des bruits de victoire chaque matin. Trois fois Petersburg fut pris par la renommée; trois fois on apprit que cette place « si misérablement défendue » tenait bon contre toute l’armée. On s’en consolait en disant que Petersburg était la clef de Richmond. Cependant le général Sherman se laissait battre dans l'Ouest; le lendemain venait la revanche obligée. Grant aussi « changeait de base » avec de grandes pertes. Était-ce victoire ou défaite? C'était un « mouvement, » disait la dépêche, mot de mauvais augure dans les rap-

ports « pas éb pendan lions d garçons s'était absorb:

la bom] tourné | milices croire ? placés q la procla qu'une r mille il y une trou} vue du d se rassur( Le le Baltimore Stupéfact coupent |( de Washi ils ont b Quarante qu'on se land sans clles-mé milles fugl n'espère p détaché de dition.

Ici tout

S— les ses jue tif.

re.

rmé ver pour lérés

aque mée ; ment con= nond. dans

rant ertes.

ent, »

rap

ports officiels. N'importe, la confiance publique n'était pas ébranlée. Le 4 juillet, jour anniversaire de l’indépendance, on avait distribué aux soldats plusieurs millions de pommes de terre, navets et oignons, et « les garçons avaient eu une joyeuse journée. » L’attention s'était détournée de la guerre, et les variations de l'or absorbaient de nouveau tous les esprits, quand soudain la bombe éclate. Les rebelles ont franchi le Potomac, tourné la capitale; le président appelle aux armes les milices des États de New-York et de Pensylvanie. Que croire? Il y a ici comme ailleurs des spéculateurs haut placés qui tiennent le sac aux nouvelles. Le bruit est nié, la proclamation du président démentie; l'invasion n’est qu'une ruse de guerre; les confédérés, qui étaient vingt mille il y a une heure, sont à présent quelques centaines, une troupe de pillards qui prendra peur à la première vue du drapeau fédéral. New-York, un instant troublé, se rassure.

Le lendemain, c'était bien pis : Baltimore menacée, Baltimore, la ville sudiste, qui peut-être ne résistera pas. Stupéfaction, puis incrédulité nouvelle. — Les rebelles coupent les chemins de fer. Ils n’oseront détruire celui de Washington. Ils l'ont détruit, la capitale est bloquéc; ils ont battu le général Wallace, ils sont maintenant quarante mille hommes. Ils ont franchi le Potomac sans qu'on se doutàt de leur approche; ils dévastent le Maryland sans résistance. Les villes effrayées se replient sur cllesemêmes. Washington, Baltimore regorgent de familles fugitives; Philadelphie elle-même a tremblé. Nul n’espère plus de salut que dans l’arrivée du général Tyler, détaché de l’armée de Grant au premier hruit de l'expédition.

Ici tout est calme. L'étranger qui débarque ne se doute

pas de la gravité des événements. On attend les nouvelles avec impatience, mais sans tumulte: l'intérêt personnel poursuit son règne tranquille. On s’aborde, on se raconte les bruits incertains; puis chacun s’en retourne à son bureau ou à sa boutique. Ces grands coups de théâtre n'excitent plus ni alarme ni chagrin; on en à tant vu qu'on y est accoutumé.

Ce n'est pas que les Américains manquent de patriotisme ; ils sont persévérants et ohstinés. Ils engloutiront dans cette guerre l'épargne du passé et le gain de l’avenir. Ils se ruineront pour payer des mercenaires, mais ils protesteront contre la conscription; ils consentiront sans peine à creuser le gouffre de la dette, de la banqueroute peut-être, mais ils ne s’indigneront pas si l'ennemi insulte le territoire et dévaste les États voisins. Enfin ils n'ontrien de commun avec ce peuple de badauds aimables, toujours prêts à regarder la première mouche qui vole et à s’en faire un prétexte de trouble et d'oisiveté. La mouche est une montagne qui menace de les écraser. L’anxiété règne au fond des esprits, mais on vaque aux affaires avec tout le sang-froid accoutumé.…

La justice de la cause fédérale est trop évidente pour que j'hésite encore à prendre parti. Je me décide enfin à vous faire ma profession de foi. On dit que l'esclavage sert de prétexte à l'ambition du Nord, que son humeur envahissante, sa tyrannie inconstitutionnelle, sont les causes véritables qui ont poussé à l'insurrection les populations désespérées du Sud. On travestit les fédéraux en despotes étrangers, les ‘confédérés en défenseurs de la patrie et de la liberté. Cela n'est pas vrai : l'abolition n’est pas un prétexte; le gouvernement fédéral n’a pas donné l'exemple de la violation des lois. L'exemple est venu des rebelles : tout en se disant les champions de la

constitut les main: vage, l’:

l’ambitio les maitr le drape:

échappé.

Tandis cière, dé les défau mort et d fils des p peuplées était fune toire que l'esclavag pas qu’ell losophiqu un parti qui la qu tion d'in défendu « symbole 6 elle pût e des homr de l’aboli un rôle, i nité, et l’a encore po l'Évangile Quant a tulion sai rain perd

OU— )er- 1 Se ne à âtre , VU

rioront AVE [s ils sans oute linn ils bles, le et . La aser.

à AUX

pour fin à vage meur t les )opux en e la lition

pas e est de la

constitution déchirée, ils ont été les premiers à y porter les mains. Les causes véritables de la guerre sont l’esclavage, l’antagonisme des deux sociétés rivales, surtout l'ambition des hommes du Sud, qui prétendaient rester les maitres en dépit de l'opinion publique, et qui ont levé le drapeau de la révolte le jour où la présidence leur a échappé.

Tandis qu'au sud l'esclavage, lié à la propriété foncière, développait au sein des institutions républicaines les défauts de l'aristocratie, au nord il était frappé de mort et de stérilité. Il ne se propageait point parmi les fils des pèlerins et des quakers, ni dans les contrées peuplées sous leur influence. L’air de la démocratie lui était funeste, la ferce des choses le repoussait du territoire que lui ouvraient les lois. C’est dans ce sens que l'esclavage est le principe de la guerre. Je ne prétends pas qu'elle se soit engagée sur la question morale et philosophique de l'abolition. Qu’on me montre un peuple ou un parti qui ait combattu pour une idée pure, et chez qui la question de principes n’ait pas touché à une question d'intérêt. L’esclavage a été attaqué d’une part, défendu de l’autre, comme l’allié et pour ainsi dire le symbole de l'aristocratie, comme le seul appui sur lequel elle pût en Amérique se fonder et se maintenir. Je sûis des hommes convaincus qui ont dévoué leur vie à l’idée de l'abolition; mais, quand ces hommes-là joucraient un rôle, ils n’en rendraient pas moins service à l’humanité, et l’on ne peut comprendre que l'esclavage compte encore pour ses défenseurs des hommes qui ont foi dans l'Évangile.

Quant au Sud, il a bien raison de l’appeler son inst1tulion sainte et d’en faire dépendre sa vie. Tout le terrain perdu par l'esclavage cest aussitôt envahi par la

démocratie. En revanche, la société sudiste mesure ses conquêtes aux progrès de l'esclavage. Son influence dans le gouvernement de l'Union a toujours dépendu du nombre des États à esclaves. Voilà pourquoi ses chefs ont prétendu à l'indépendance le jour où, la majorité leur manquant, ils n’ont pu prétendre au pouvoir.

On dit que le Nord dépouille le Sud. Où voit-on qu'il ait porté avant la guerre la moindre atteinte aux propriétés? Il ne s'agissait alors ni de confiscation, ni d'affranchissement. La querelle s’est élevée à propos de l’introduction de l'esclavage dans les territoires et de la loi des esclaves fugitifs. Vous savez qu’à côté des États déjà formés il y a des territoires soumis à l'autorité fédérale, en attendant qu'ils soient élevés à la dignité d'États. La plupart de ces grands États de l'Ouest, qui pèsent aujourd’hui d’un tel poids dans les destinées de l’Arnérique, étaient encore, il y a peu d'années, soumis à ce régime. La question de l'organisation des territoires fut de bonne heure le champ de bataille accoutumé du Nord et du Sud : ils comprenaient l’un et l’autre que de l'avenir des territoires dépendait la prépondérance de la ligue des États à esclaves ou de celle des États libres. Aussi, tandis que le Nord voulait en exclure l'esclavage, le‘Sud cherchait par tous les moyens à l’y propager. Sous peine de perdre sa majorité compromise, il fallait bien qu’il inoculät son mal aux territoires et prit la tutelle de cette pépinière d’États futurs. La guerre civile qui désola le Kansas il y a peu d'années ne fut qu'un effort impuissant du Sud pour arracher ce sol libre aux émigrants du Nord. Longtemps avant l'élection présidentielle, les esclavagistes avaient menacé de s’insurger si elle tournait contre eux.

La loi des esclaves fugitifs était l’autre condition de

leur fidéli pour le g gnent qu'( ont voulu Du jour o ils sont d constitutio Vous vous connu pa dans la li de cette e tout cela.

ont fait la verain po national p tourmenté théorie dé l'Union n° États; pui une série ( annuler le

Les Éta ils peuvent nullifier À fédéral est ont besoin par exemp de les déte il faut bier trat dont :

États, et c

Que dit ment fédé

e ses dans u du fs ont leur

qu'il prod’aflinla loi États torité gnité lt, qui es de mis à Loires 1é du ue de de la bres.

vage, Sous bien le de ésola

leur fidélité. Je n’hésite pas à dire qu’elle était une honte pour le gouvernement fédéral. Les gens du Sud se plaignent qu'on leur a fait la loi; ce qui est vrai, c’est qu’ils ont voulu la faire aux autres, et que les autres ont résisté. Du jour où ils ont cessé d’être une majorité oppressive, ils sont devenus une minorité rebelle, et leurs théories constitutionnelles ont changé au gré de leurs prétentions. Vous vous figuriez peut-être qu’un pouvoir central, re connu par des gouvernements locaux, était souverain dans la limite de ses attributions légales : défaites-vous de cette erreur anti-libérale; les gens du Sud ont changé tout cela. Ils ont découvert que les fondateurs de l’Union ont fait la constitution pour être violée, le pouvoir souverain pour être mis à la discrétion des États, le lien national pour être rompu sans forme de procès. Ils ont tourmenté les articles de la constitution pour en tirer la théorie démocratique des states-rights : on a décidé que l'Union n'était pas la souveraine, mais la servante des États; puis de cette doctrine commode on a déduit toute une série de principes qui ne tendent à rien moins qu’à annuler le gouvernement.

Les États, disait-on, sont indépendants et souverains ; ils peuvent, à leur gré, se séparer de l'Union fédérale, et nullifier les lois du congrès. En revanche, le pouvoir fédéral est tenu de leur venir en aide chaque fois qu’ils ont besoin de son appui. En cas d'invasion étrangère, par exemple, si les États restent fidèles, l’Union est tenue de les défendre; si, au contraire, ils ont appelé l'ennemi, il faut bien qu’elle s’y résigne. Elle repose sur un contrat dont voici le sens : le gouvernement doit tout aux États, et ceux-ci ne lui doivent rien.

Que dit pourtant la constitution? — « Le gouvernement fédéral exécute les lois de l’Union, réprime les in-

surrections..… repousse les invasions. — Aucun Etat n’entrera dans aucune ligue, alliance, ni confédération, ne donnera de lettres de marque et de prise, ne frappera monnaie, n’émettra de billets de crédit, » — en un mot, ne fera acte de nation séparée et souveraine. Les démocrates répondent que, la souveraineté des États étant antérieure à celle de l’Union, le pacte fédéral est non avenu dès qu’il leur plaît de le rompre. — Mais la Louisiane achetée à la France, la Floride achetée à l'Espagne avec l'argent de l’Union, mais tous ces États de l'Ouest élevés dans la tutelle du gouvernement fédéral, et qui ont pour ainsi dire reçu de ses mains leurs chartes de liberté, sont-ils donc nés indépendants et souverains? — Et quand même l’Union nationale ne serait qu’une alliance fédérative, un traité fait entre des nations étrangères pour la gestion et la défense des intérêts communs, au moins faudrait-il y rester fidèle, et n'en pas rompre les engagements d’un jour à l’autre au nom du bon plaisir.

On reproche au Nord les mesures extrêmes prises depuis la guerre. Quelques-unes peuvent être regrettées ; mais elles sont la conséquence naturelle de l’état de guerre et le châtiment de la rébellion. Le Sud n'avait pas tant de serupules lorsqu’en pleine paix il préparait traitreusement la révolte, lorsque ses chefs, ministres du gouvernement qu'ils voulaient détruire, usaient de leur pouvoir pour dérober à l'Union son argent, ses vaisseaux, ses munitions, et pour remplir des dépouilles du Nord les ports et les arsenanx des États insurgés.

Ce qui leur fait honneur, c’est l'énergie de leur résistance. Il y a de l’héroïsme dans cette obstination d’un petit peuple qui, depuis deux ans, bloqué, envahi, décimé, trouve des ressources, fait face aux forces immenses de

l'Union, et ceinte, osa nemi.

Mais peu renoncer à | deur nation:

sent? Lac après la jou grâce, d'ail l'Union, et &'nnée sans même à se qu'aujourd' tance. Si le c'est le Sud

Les rebell brûlent les p dévalisent le sent le télégr Maryland a é On dit que | bijoux et à l’:

sinistres; on de Washingt:

livré aux por belles ont pr butin et un New-York d'

l'Union, et qui hier encore, serré dans sa dernière enceinte, osait reporter la guerre sur le territoire ennemi.

Mais peut-on faire aux hommes du Nord un devoir de renoncer à leur bon droit, à leur prospérité, à leur grandeur nationale, pour faire grâce à des gens qui la refusent? La charité qui se dépouille et tend la joue droite après la joue gauche n'est point une vertu politique. La grâce, d'ailleurs, est offcrte comme prix du retour à l'Union, et l'on ne prétend pas sans doute qu'elle soit «'nnée sans condition. La société du Sud travaille ellemême à se détruire. Elle a poussé la guerre au point qu'aujourd'hui elle se consume et se nivelle par sa résistance. Si le Nord en profite et s'établit dans sa conquête, c'est le Sud lui-même qui l'aura voulu.

14 juillet,

Les rebelles gagnent du terrain; ils pillent les villages, brûlent les ponts du chemin de fer, arrêtent les trains, dévalisent les voyageurs, fusillent les employés , détruisent le télégraphe. La maison du gouverneur Bradford du Maryland a été brûlée, et sa femme chassée de chez elle. On dit que l'ennemi en veut surtout aux montres, aux bijoux et à l'argent. De temps en temps il court des bruits sinistres; on annonçait hier dans Wall street la prise de Washington ; on affirme ce matin qu’un combat a été livré aux portes de la vilte. D'autres disent que les rebelles ont pris le chemin du Potomac, emmenant leur butin et un immense convoi de chevaux. Voilà tout : New-York d’ailleurs ne s’est pas ému. Le gouverneur et

le maire, aux appels du gouvernement fédéral qui demandait des troupes, ont répondu par des protestations malveillantes. Là-bas la terreur, ici l'indifférence, nulle part des mesures énergiques. Les milices s'organisent lentement. Cependant l'or baisse jusqu'à 260. Pourquoi ? Nul ne le sait. Qui peut rien entendre à cette confusion ?

Les rebelles ont au nord beaucoup d'amis et de complices. On se demande même si cette incursion audacieuse n’a pas été guidée par la trahison. On nomme ceux des chefs du parti démocrate qu’on soupçonne d'y avoir trempé. C’est du moins par la connivence passive de ce parti que partout l’incurie est si grande. Le gouvernement fédéral donne des ordres ; mais qui les exécute? Ses ennemis, investis par l'élection de toutes les magistratures locales et municipales de New-York. Ainsi s'explique cet étrange et triste spectacle d'un grand peuple impunément insulté par une poignée de malfaiteurs résolus.

L'approche de l'élection est aussi une cause de faiblesse. La campagne présidentielle commence, et chaque jour qui s'écoule enlève quelque chose au pouvoir du magistrat détrôné. La constitution, qui a limité à quatre ans la durée de sa charge et permis néanmoins qu'il fût réélu, le réduit pendant les derniers mois au rôle de suppliant et d’accusé. Le chef de la république devient un candidat qui se prosterne devant l'idole populaire et ne songe plus qu'à mendier des voix. Il y a alars une sorte d’interrègne et de suspension de l'autorité, Les meetings et la presse font une guerre brutale au malheureux titulaire de ce gouvernement décapité. On imprime, on débite ouvertement sur son compte des plaisanteries indécentes, de grossiers libelles. Il suffit d'en citer les titres : Lincolniana, les Farces du père Abe, l'Honneur du vieux

Abe, Abe fc ou les Mysti nent l'air ind parjure, un :

pas sa vieT investi par | mités !

Cette crise ques où à jou est mise en q s'absorbent d temps le bie:

plusieurs cam défense; il pe alliés dans l’e ses victoires c parle pas des crets amis «| l'Union, des a derniers désa Lincoln de la Fremont. L’a Union squari dent que de } que question « rité la destinée faire. Jamais ( profonde entre sidence expir qu'à l'heure force.

Voilà dune républicains e

Abe, Abe faux monnayeur, Abrahaï: ricanus Ier ou les Mystères dela Maison-Blanche. is autres prennent l'air indigné, et l’accusent sérieusement d'être un parjure, un meurtrier, un traître. On ne respecte même pas sa vie privée. Et c’est le même homme qui est investi par la loi martiale de pouvoirs presque illimités !

Cette crise est toujours dangereuse dans Îles républiques où à jour fixe l'existence même du gouvernement est mise en question. Les partis s’agitent, se combattent, s'absorbent dans leurs ambitions rivales , et pendant ce temps le bien public est oublié. La nation, divisée en plusieurs camps ennemis, néglige jusqu'au soin de sa défense; il peut même arriver que les partis voient des alliés dans l’ennemi public, et qu’ils se réjouissent de ses victoires comme d’autant de chances de succès. Je ne parle pas des démocrates, qui sont trop souvent les secrets amis du Sud; je connais de zélés partisans de l'Union, des abolitionistes radicaux, qui se consolent des derniers désastres en songeant qu’ils peuvent chasser Lincoln de la présidence et en ouvrir la porte au général Fremont. L'autre soir, dans un meeting radical tenu à Union square, on s’est plus occupé d’injurier le président que de porter secours à la patrie menacée. L'unique question est de savoir qui sera élu. C'est qu'en vérité la destinée de ;’ Amérique dépend du choix qu’elle va faire. Jamais élection n’a été si périlleuse, ni division si profonde entre les partis; jamais, par conséquent, la présidence expirante n’a eu plus de causes de faiblesse qu'à l'heure même où se fait sentir le besoin de sa force.

Voilà donc trois partis en présence : les radicaux, les républicains et les démocrates, Qui sera vainqueur ? Je

n'affirme rien, et ne veux pas m'exposer au danger d'une fausse prophétie; mais il paraît certain que les radicaux, qui sont l'aile avancée du parti républicain, n ont aucune chance de succès. Leur candidat préféré est le général Fremont, surnommé le pathfinder ou le trouveur de chemins, à la suite d’une exploration des montagnes Rocheuses, et qui fut en 1856 candidat du parti républicain contre M. Buchanan. M. Fremont, qui est le représentant des maximes de la centralisation européenne, est regardé ici comme un révolutionnaire; car, Soit dit en passant, le radicalisme est européen en Amérique, S'il est américain en Europe. Il a de nombreux partisans dans les populations allemandes de l'Ouest, récemment venues de la mère patrie, et plus sensibles aux idées absolues qu'aux prudences de la politique. M. Chase, qui est l’autre candidat possible des abolitionistes et qui certainement vise à la présidence, convient peut-être mieux à une fraction plus ancienne et plus nationale du parti. Dans tous les cas, ces candidatures radicales ne sont bonnes qu’à servir les démocrates en divisant à leur profit le grand parti républicain. |

Les démocrates sont en théorie les partisans des stales-rights. Ils doutent de la justice de la guerre, inclinent à l'indépendance des Etats rebelles, et recommandent la paix avant tout. Ils ont pour chefs les hommes Îles plus influents et les plus riches des villes, pour armée la plèbe irlandaise, et pour alliées les populations des États déjà reconquis. On les distinguait jadis en démocrates de la paix et démocrates de la guerre (peace democrats et war democrats). Ces derniers, qui ne poussaient pas jusqu'au mépris de l'Union la vénération des slales-rigluts, se confondent presque avec les républicains. Les peace democrats, au contraire, se rapprochent

du Sud, et | leur politiqu des sudistes cause d’une dévoués à l'E « Nous som sympathies, i politique ils :

nom d’un ser] perhead.

À vrai dire didats. On s comme celui € nière heure; 1 les démocrates leur faiblesse.

pensées et ne pour laquelle i opinion, décla cours officiel, brement de soi une réserve q pays où l'on p:

tâche d’envelo fort ambiguë.

plan de l'aveni paix ou la guer parti, qui doit gramme, et de tiales qu’une général » parai populaire, et s où on l’appelai

ane

uX, une ral de nes blipréne, ten S'il [ans iues lues est tai- IX À arti.

sont rofit

des in omom- Jour ions dé- {Ce Dusdes blient

du Sud, et la paix quand même devient de plus en plus leur politique. En réalité, beaucoup de démocrates sont des sudistes égarés dans le Nord et obligés de servir la cause d’une majorité qu'ils détestent. Ils affectent d’être dévoués à l'Union; mais leur joie éclate lorsqu'ils disent : « Nous sommes battus. » Craignant d’avouer leurs sympathies, ils récriminent sans dire précisément quelle politique ils veulent suivre. Aussi leur a-t-on donné le nom d’un serpent venimeux qui mord sans bruit, le cop perhead.

À vrai dire, les démocrates n’ont pas encore de candidats. On se répète le nom du général Mac Clellan comme celui du Messie inconnu qui doit surgir à la dernière heure; mais ce candidat représente imparfaitement les démocrates, etrien mieux que ce choix timide ne dénote leur faiblesse. Quand le général partagerait leurs secrètes pensées et ne serait pas sincèrement dévoué à l'Union, pour laquelle il a combattu, sa situation, son passé, son opinion, déclarée hier encore à West-Point dans un discours officiel, lui interdiraient de consentir au démembrement de son pays. Il faut dire qu’il s’est exprimé avec une réserve qui ressemble à de l’indécision. Dans ce pays où l'on parle si haut et si fort, il semble avoir pris à tâche d’envelopper d’ornements littéraires une pensée fort ambiguë. Il fait plutôt la critique du passé que le plan de l'avenir, et l'on ne sait en définitive S'il veut la paix ou la guerre. Ce n’est pas là le langage d’un chef de parti, qui doit avant tout formuler nettement son programme, et de qui l’on exige bien moins des vues impartiales qu'une politique positive. Du reste, le « jeune général » paraît être singulièrement délaissé de la faveur populaire, et sa fortune a déjà bien päli depuis le temps où on l’appelait « le Napoléon de l’Amérique. » On lui

conteste à présent jusqu’à ses talents militaires, {ant tirent avec u

l'Amérique est le pays des étoiles filantes et des brillants vivres. En «

météores soudainement éclipsés ! | maraudeurs Je ne crois pas au succès des démocrates; leurs ma- journaux d’ic

nœuvres occultes ne peuvent que leur nuire. Le pouvoir, marché.

dans un pays libre, n’est pas le prix des conspirations : on y arrive tête haute et visière levée. C’est donc, selon toute apparence, le président Abraham Lincoln qui sera réélu. Quand un peuple a déjà dépensé 10 milliards et 500,000 hommes, il n’est pas naturel qu’il abandonne la partie à l'heure où elie va devenir décisive et le payer de ses sacrifices. Les Américains ont trop de bon sens pour ne pas comprendre que la crise présidentielle est par elle-même un assez grand trouble, et que tout changement les affaiblirait. N'eussent-ils pour président qu’un solveau, le plus sage serait de le garder jusqu’au bout ds la guerre et de s'en remettre à ses ministres; mais M. Lincoln a su remplir quatre ans avec dignité la tâche difficile du gouvernement; il appartient à ce parti de l’abolition modérée qui est le plus en faveur; il représente mieux que personne la politique de la guerre et le principe de l’Union. Peu importe aux Américains le ridicule injuste qu’on s’est plu à jeter sur celui qui les représente devant les nations du monde. Ils choisiront l’homme le plus capable, ou de poursuivre l'œuvre commencée, ou d'y renoncer honorablement, si elle échoue.

15 juillet.

Les rebelles, dont on avait fort exagéré le nombre, ont enfin quitté le Maryland après une attaque simulée sur Washington; on s'est mis à leur poursuite. Ils se re-

La

tirent avec un ample butin de chevaux, de bétail et de vivres. En définitive, ils ont réussi; ils sont venus en maraudeurs et s’en retournent en conquérants. Les

journaux d'ici chantent victoire : ils sont contents à bon marché.

Une levée de 500, conscription, — ] le Sud conservate de forêts. — S, hôtel ; la vie de la flirtations la lac Champlain; :

Le président appel aux arme:

délai de cinqua contingent, la c rien que les Am tion : elle répug cipes, elle toucl plus obstiné. n bien peu qui n ainsi transforme gouvernement f répartissent entr au soldat, Les E

Page 1