‹ Humanisme intégral: Le duel des sexesChapitre 10 sur 35 · FRATERNELLE DE TOUS LES ETRES HUMAINS POUR LE · texte numérisé non relu

FRATERNELLE DE TOUS LES ETRES HUMAINS POUR LE

BONHEUR COMMUN ; — l'entière autonomie de l'individu, moralement, socialement, ne pouvant aboutir chez lui, dans sa conscience développée^ qu'au sentiment le plus intense, h la passion du bien universel. Car son intelligence lui aura montré ce bien comme une condition du sien propre, lui enseignant même qu'une loi infaillible de proportion lui multiplie le second par le premier — ou plutôt qu'ils se multiplient l'un par l'autre.

Le féroce égoïsme actuel a sa cause immédiate, en effet, dans l'ignorance de l'identité du bienbonheur et du bien- bonté. Ignorance entretenue dans la masse par la douleur aveuglante de l'esclavage et de la concurrence pour la vie, sous un . régime d'exploitation capitaliste.

Il en est, à ce point de vue, du duel des sexes comme de la lutte des classes.

Chez le vicieux, qu'y a-t-il pour le philosophe ? Aberration d'instinct, « erreur de jugement éthique ou même de jugement pratique » (1). Chez le criminel également (ou davantage). Analysez bien, dit encore Clémence Royer, vous trouverez dans ces erreurs et aberrations, « dans les actes réflexes ou réfléchis » qu'elles déterminent, « la cause principale des souffrances inutilement subies par tout le monde vivant». Et les dernières lignes de la préface du livre si remarquable où j'emprunte en ce moment posaient ceci : — L'univers n'est dans son ensemble merveilleux, suivant le mot de d'Alembert, « qu'un fait unique et une seule vérité » : et ce fait, c'est « l'unité et l'identité de la substance du monde dont la fin est le bien absolu, c'est-à-dire la plus grande somme de bonheur possible; cette vérité, c'est que tout ce qui augmente dans le monde la somme du bonheur est bien, tout ce qui la diminue est mal ». — Morale de la Cité future I

Cité que Fhomme, avec la femme, édifiera.

Mais encore maintenant, sauf en des cœurs réellement généreux (2), en de hauts esprits, l'idéal révo-

(1) Le Bien et la Loi morale, par madame Clémence Royer.

(2) Jean Grave, Sébastien Faure, Séverine, Mirbeau, Clemenceau, Bauër, Robin, Bernard -Lazare, Gustave Geffroy, Georges Renard, Fournière, Rouanet, Clovis Hugues, Paul Adam, Ajalbert, G; Lecomte, L. de Gramont, etc., etc.

lutionnaire du Masculin ne lui fait désirer qu*ane moitié de cette Cité. Le jour où il en verra toute rétendue nécessaire, dans un humanisme non plus viriliste, mais intégral, c'est que la femme lui aura fait chérir son large rêve à elle ; lui aura fait aimer les splendeurs proches de la véritable Jérusalem nouvelle sur son grand idéal, sur le plan de Justice totale, d'Amour sans omission, sans réserve, que dessine déjà la main des Revendicatrices- Prophétesses.

Pour rinstant, ces féminins héros mis à part, celles que la Vie étouffe spirituellement, qui aspi-rent à Tair libre, à la lumière, qui se sentent un moi sous la tyrannique volonté du mari, de l'amant, un moi cérébral et de toute Tâme avide d'autonomie, de progrès, — lamentablement elles se débattent; vaincues d'avance, ou condamnées à des coups d'Etat, criminels par quelque côté, le jour de la crise de révolte I

Vaincue d'avance, par exemple, en ce duel inégal, la révoltée de Villiers de llsle-Adam dans ce chefd'œuvre psychologique intitulé précisément ; la Révolte, ,

Deux personnages : le mari, un banquier, Félix de son petit nom, et son épouse, qui est surtout son comptable, Elisabeth.

Après des années de servage silencieux, pendant lesquelles, en travaillant dix heures par jour, elle

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a pu se constituer un maigre capital, bien gagné, de trente-deux mille francs, Elisabeth annonce un soir à Félix qu'elle va s'en aller. Elle a une fille ; elle Ta embrassée tout à l'heure « pour la dernière fois... en la couchant dans son berceau ».

Félix la croit folle ; et quand elle se dirige vers la porte, il lui crie :

— Est-ce que tu aurais un amant, par hasard?

Non, elle n'a point d'amant, et ne désire pas aimer. Elle n'en peut plus, voilà tout, de l'existence d'asphyxie lente que lui a faite ce mari correct, content de lui, « pratique », cet homme-chiffres pour qui le rêve, l'amour, la pensée ne sont pas € réels ». — « Je veux vivre! entendez- vous, insensé que vous êtes I lui déclare-t-elle... Car ici je meurs de mon vivant I... J'ai soif de choses sérieuses I Je veux respirer le grand air du ciel ! » Et plus loin, dans une image brève, imprévue et sublime, — lui reprochant de n'avoir pas compris : « Yous êtes comme un juif aveugle qui a laissé tomber ses pierreries sur le chemin. » Elle s'en va donc, ayant « des devoirs nouveaux à remplir désormais » ; d'autres devoirs que ceux de l'épouse et de la mère, des devoirs envers elle-même — comme là Nora d'Ibsen.

Elle s'en va : seulement Nora ne revient pas, et

lie revient, Elisabeth.

Pourquoi? Parce qu'elle n'a plus la force d'âme

u'il eût fallu pour aller sa route de révoltée

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jasqn'aa boat. Elle se sent, nne fois la porte franchie, la piisonmère de cette prison quittée- Les souffles puissants de la vie échouent contre un cœur trop longtemps comprimé. — Dénouement admirable. Et madame Hudry-Menos, le commentant, dit très bien : < Le drame auquel Elisabeth tente inutilement d'intéresser son mari se joue avec des variantes, en des circonstances diverses » dans maintes existences « de femmes. La plupart le traversent à demi conscientes, luttant à faux pour préserver ce qui leur tient lieu d'individualité : des goûts, d indécises aspirations même. Les conscientes font à l'ordinaire comme Théroïne de la Kéoo/te." après la tentative d'insubordination, elles se courbent pleines de pitié envers celui qui n'a pas compris et parce que leur heure est passée de vivre une vie individuelle et complète devant les grands horizons qu'ouvrent à toutes les intelligences l'art, la science, la pensée et la souffrance humaines (1). »

QuaDt àNora, qui ne revient pas, elle n'abandonne point une enfant, comme Elisabeth eût fait si elle n'était revenue; elle en quitte trois!... Et c'était une poupée, la veille encore I la Froufrou Scandinave 1 On a contesté la vraisemblance d'une telle brusque et si profonde transformation. Géné-

(1) L'Individualisme féminin dans la littérature, (La Société

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