‹ Humanisme intégral: Le duel des sexesChapitre 11 sur 35 · NOUVELLE · texte numérisé non relu

NOUVELLE

ralement, d'autre part, on a trouvé la mère impardonnable.

Le fait est qu'à voir seulement le personnage, — son motif d'action parût-il sublime (et il doit le paraître à tout esprit élevé), son courage commandât-il une sorte d'admiration effrayée, — on ne peut se défendre d'une extrêmement pénible impression ; mais il faut voir le symbole, car ce départ en est un : la femme doit se « reprendre avant de pouvoir se donner » (1). N'importe 1 Toute belle, toute juste qu'est cette idée, nous avons le droit de ne pas séparer le personnage de la thèse, puisqu'il l'incarne, qu'il vit, — et d'ailleurs nous n'en jugerons que mieux du crime imbécile du Masculin en mesurant la part de crime qui ne peut pas ne point souiller la vertu de révolte sans défaillance, chez une Nora.

Quelquefois, — trop souvent, — l'homme avec sa fatuité cérébrale ne se doute pas plus des supériorités secrètes d'un esprit de femme qu'il ne se doute des supériorités d'amour chez la môme femme ou chez une autre.

Le cerveau léminin, comme le cœur féminin, est un champ où germe naturellement le Rêve ! La brutalité virile broie ou brûle sans le savoir d'ordinaire, en aveugle, ces germes précieux. Il arrive aussi qu'elle les écrase ou y porte le feu,

(1) Même article.

d'une fureur de peur jalouse qui s' amnistie en se trompant, en se disant : «Rien de plus dangereux pour une femme que cette tendance au romanesque, au dégoût des vulgaires devoirs où elle doit s'absorber, trouver le bonheur. » Mais ne parlons que de ces incomprises de Vesprit, sœurs douloureuses des incomprises du cœur^ lorsque cette parenté n'est pas en elles-mêmes, lorsqu'elles ne sont point, dans leur double infortune, leurs propres sœurs.

Combien de Bovarys ! disais-je en l'étude précédente.

Combien d'Elisabeths I déclarait madame Hudry- Menos tout à l'heure.

Et maintenant je ne prétendrai point que si l'avenir m'apparaît magnifique en l'harmonie certaine des intelligences et des sensibilités, il ne puisse y avoir — par la faute de l'homme, par sa résistance aux vœux de la femme — un moment diZ/îci/e pourl'amour, pour le contact des esprits.

C'est très probable, mais cette période ne devant durer qu'autant qu'il plairait h la sottise de l'homme, espérons que la femme nouvelle n'aura pas trop longtemps à souffrir de Tattitude hautaine et dure où, par respect de soi, il lui faudrait se contraindre.

Serait-ce, d'ailleurs, pire que l'actuel conflit ?

OÙ la lutte, aujourd'hui encore, est-elle le plus vive ? Sur le terrain religieux.

Par quel motif? Parce qu'il y a deux éducations.

Léon Richer dont le nom demeurera lié au souvenir de l'époque héroïque du Féminismey Léon Richer qui, sous TEmpire, ramassa le drapeau tombé du poing des vaillantes humanitaires de 48 (1), — et de qui le livre : La Femme libre^ est toujours à lire, même à relire, — a justement insisté sur cette difiérence d'éducation : la fille élevée dans la Foi, le garçon livré à la Raison — un certain âge passé.

« Les filles dé France, faisait dire Michelet à un jeune homme, reçoivent l'éducation propre à créer le divorce » (2) ; et Léon Richer dit aux mères, aux pères : « Vous préparez des mariages qui ne sont plus des mariages, des unions cimentées par rintérôt seul, et dans lesquelles l'homme et la femme, séparés d'idées, de sentiments, ne savent plus ni se comprendre, ni s'aimer. »

Conflit des conflits, pour lequel il semblerait qu'on a vraiment voulu travailler,

-J'en montrais une des faces, dans ma troisième conférence sur le FéYninisme :

« Voyez ce père et cette mère divisés d'opinion ;

(1) Avec Maria Deraismes, Amélie Bosquet, d'autres.

(2) La Femmep

il s*agit de savoir quelle genre d'éducation recevra l'enfant : si on lui versera le lait a£faibli des religions dans un établissement pieux, ou le vin de la pensée moderne à Técole dite « sans Dieu », au collège, au lycée. Entre ces deux époux qui discutent, se passionnent, se sentent ennemis, entre ces deux époux dont les regards, par instants, plus violents que leu rs paroles, s'allument d'éclairs mauvais, il y a des millions de lieues cérébral ement. Leurs corps sont à peine séparés par la largeur d'une table, sur laquelle leurs coudes s'appuient dans la clarté d'une lampe qui, depuisdes semaines, assiste h leurs veillées hostiles. Vous entrez ? leurs visages détendus aussitôt, maquillés d'un sourire, vous jouent la comédie de la paix domestique, de l'entente des cœurs et des intelligences. Pourtant, c'est le plus âpre drame que vous avez interrompu. Nulle tragédie pareille, en son manque de dénouement sanglant, à cette lutte de tous les soirs — dont l'enjeu est l'enfant.

» Mais pourquoi donc cette lutte? Parce que le mâle n'a pas encore voulu, dans nos sociétés, l'égalité des sexes devant l'instruction. Il a épousé dans la jeune flUe qui doit être la mère, tous les préjugés, toutes les ignorances dont il était si fier, pour son compte, d'être débarrassé ; il trouvait qu'une jeune fille n'est une vraie jeune fille qu'à la condition de charrier en ses veines ces préjugés religieux ou autres qui, maintenant, se dressent

contre lui, contre sa pensée d'homme et son amour de père. Eh bien I c'est justice qu'i^ ait à soutenir ces combats ; et qu'il y saigne de toute son âme. Frappe et frappe, pauvre femme aveugle l En croyant défendre la vérité, au moins tu te venges inconsciemment de la stupidité virile qui te laissa dans les ténèbres I

» Autre drame également domestique. La femme ne vote pas ; et son mari ne demande nullement qu'elle puisse voter : au contraire 1 Gomme l'innombrable majorité de ses pareils, nos revendications le font bien rire. La femme électeur ! mais c'est à se tordre I Seulement, voilà : sa femme qui, pas plus que lui, n'est avec nous ; sa femme qui repousserait le bulletin de vote si nous venions le lui offrir, elle a, tout de même, ses opinions ; et l'heure venue, pour qu'elle soit restée fidèle à son culte, aille à l'église, par exemple, se jconfesse, l'heure venue elle avance la main vers le bulletin de l'époux libre-penseur, républicain, pour le lui prendre et le déchirer. J'ai dit Yheure venue; car elle a su attendre et préparer l'instant psychologique. Alors elle donne l'assaut ; elle a ses larmes, et tant d'autres arguments !

» Le mari, par exemple, est fonctionnaire; ou bien, — dans une petite ville, où il se trouve à peu près seul de son avis, — ses intérêts et ceux des siens dépendent de gens qui ont ses opinions en horreur. Pourtant il résiste ; et une première fois il

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