‹ Humanisme intégral: Le duel des sexesChapitre 23 sur 35 · DU DROIT HUMAIN, LE PROGRES HUMAIN LE COUPLE-CITOYEN · texte numérisé non relu

DU DROIT HUMAIN, LE PROGRES HUMAIN LE COUPLE-CITOYEN

D'un débat sincère, approfondi, sur les facultés intellectuelles comparées du Féminin et du Masculin, il sortirait certainement qu'il n'y a pas inégalité naturelle, mais, par la faute de l'homme, engourdissement chez la femme de quelques énergies mentales d'ordre supérieur; — en exceptant d'ailleurs tant d'esprits délicats, brillants, et d'autres (plus rares) vigoureux, môme profonds par intervalles, dans l'antiquité, au moyen âge, à la Renaissance, dans les deux derniers siècles, en celui-ci ; — en mettant à part aussi les grandes femmes d'action, une Elisabeth d'Angleterre, une Catherine II surtout, pour n'élire que deux noms ; — enfin, si l'on veut bien ne point faire attention au magnifique développement de l'Américaine et

254 HUMANISME IMTÉGBAL

des élites du combat féministe par à peu près toute TEarope.

(Un exemple seulement : notre littérature française féminine ; car il serait temps d'en parler avec la sympathie vive dont elle est si digne. — Très inférieure, sans doute, si nous la comparons, même dans ses œuvres les plus distinguées, à notre littérature masculine ; abondante néanmoins en ouvrages charmants, jardin de mémoires, de lettres^ d'écrits moraux, au-dessus desquels s'érigent çàet là, avec un orgueil légitime, d'altières frondaisons, gloire de3 Sand et des Staël. Supprimez cette littérature de nos femmes de France, croyez-vous que le dommage ne serait pas considérable? Mais rien, dans les œuvres de nos plus fiers génies, ou de nos plus tendres, ne pourrait suppléer à ce qu'on aurait perdu.

L'âme française ne témoignerait plus d'ellemême qu'aux deux tiers, ou plutôt qu*à moitié ; car la valeur artiste des œuvres n'est pas tout, il y a ce qu'elles signifient du génie d'une race, et à ce point de vue les œuvres de ces femmes écrivains sont d'un aussi grand prix que toute notre flore littéraire virile. L'égalité s'établit par ce témoignage qu'elles rendent de la sensibilité française à travers les siècles).

Le second résultat de cette loyale discussion serait, non moins sûrement, une formule du genre de celle-ci :

Entre les deux Esprits, il y a différence heureuse, dans une équivalence possible, probable, ou bien plutôt de certitude pour Tépoque où le Féminin émancipé aura pu déployer ses puissances (1).

Schopenhauer lui-même accordait que dans les circonstances difficiles il n'est pas mauvais « de faire appel aux femmes » ; car, avoue-t-il, « elles vont au but par le chemin le plus court ». Concession grave du premier en date des grands antiféministes modernes. Pourquoi la femme, en effet, va-t-elle au but par le plus court ? Parce qu'elle possède des vertus de finesse, souvent divinatoires. Plus que l'homme, en général, elle a Yillumination.

Ne nous vantons pas trop de notre raison. Ce

(1) Citons encore Emile Acollas : ce Aux temps les plus anciens de l'iniquité sociale, si Ton fût venu dire à l'homme libre que l'esclave, cette bête de somme à figure humaine, pouvait avoir des facultés natives, égales ou même supérieures aux siennes, Thomme libre se fût récrié ; aujourd'hui, qui oserait prétendre a priori qu'entre le même nombre d'enfants riches et d'enfants pauvres, pris à l'aventure, la supériorité morale ou intellectuelle est du côté des enfants riches, et IMnfériorité, du côté des enfants pauvres? — Ce qui, bien plus que les différences naturelles, crée linégalité entre les hommest ce sont les différences qui dérivent de l'éducation . — Si cette proposition est vraie pour l'ouvrier, si elle est vraie pour Tenfant pauvre, elle l'est aussi pour la' femme, et nous sommes fondés à écrire que l'infériorité générale des aptitudes de la femme par rapport à l'homme a pour cause essentielle la différence de réducation. » {Manuel de droit civil, tome III, p. 5.)

qu'on pourrait appeler rinstinct spirituel fait des miracles. II a des bonds souverains et comme magiques.

L'esprit viril n'est que la moitié de l'esprit humain; rhumaine pensée ne sera vraiment dans sa gloire féconde qu'à partir du jour où côte à côte, attelés et emportant le char, la belle cavale doublera l'élan du compagnon ravi qui, cependant, Tem péchera de se briser ou d'aller aux abîmes dans sa fougue par lui modérée.

Mot profond de Jean Izoulet, qu*il y a une « sexuation de l'intelligence » — comme du cœur.

Autrement dit : il y a deux sexes dans l'humanité pensante, comme dans Thumanité qui aime, qui hait, qui éprouve telle ou telle émotion.

Et de môme que la Justice veut l'union de ces deux sexes pour être pleinement juste, l'Idée la veut pour aboutir aux complètes floraisons.

Toujours la Vie physiologique, la Vie physique continuée « en hauteur » ainsi qu'en des miroirs, mais également vivants, au-dessus d'elle.

Aussi devrait-il en être de toute œuvre humaine comme de l'œuvre de la génération.

Dans toute œuvre humaine il faudrait Tasso-

CIATION, la COLLABORATION DE L'aME FEMININE ET DE LA MASCULINE, DE L'ESPRIT MASCULIN ET DU FÉMININ.

Au baiser de chair, quand, d'une joie sans

ruse, consciente, il y a, pour ainsi parler, Prière au Génie de l'Espèce, on est deux en l'espoir d'un troisième.

Ce troisième, non plus de chair comme l'enfant, — au baiser des intelligences et sensibilités mariées, — ce serait pour la Cité plus de pensée, plus de cœur.

Et ce mariage des sexes spirituels n'aurait point, comme l'autre, d'exceptionnelles minutes d'intimité créatrice : il serait d'une incessante, d'une intarissable fécondité — la création morale étant continue de par son essence môme, qui est l'aspiration à l'infini.

Rien, d'ailleurs, en cette vue qui soit vraiment neuf. C'était Tidée d'Enfantin, et celle-ci ne se retrouve-t-elle point au vieux mythe de TAndrogyne?

On a fait de nos jours un abus lamentable de ce vieux mythe si beau. Dans certains livres, dans les romans surtout du Sâr Péladan, qu'est-il devenu ce profond symbole humanitaire, expression de la plus haute vue de l'avenir humain î Vous le savez. Une erotique idole de sexe ambigu, pervertissant le désir aux égarements d'un presque irresponsable antiphysîsme. « Ephèbe aux petits oSf » chante le Sâr; éphèbe « au peu de chair^ au mélange de force qui viendra et de grâce qui fuit.., Los à toi I — Vierge au bras mince, au peu

258 HUMANISHB INTÉGRAL

de gorge^ illusion de force qui se joue cachée dedans la grâce... Los à toi / » Il y en a cinq pages de ces los dans le même hymne. Et cette dépravation de l'antique image d'un songe de fraternité nécessaire entre les sexes, m'empêcherait d'y iaire même allusion, si Proudhon (ô merveille I) et le noble et pur Jean Reynaud, et jusqu'à ce voyant un peu suspect d'Eliphas Lévy ne nous réconfortaient de leurs lumineuses interprétations du symbole tellement juste. L'androgyne bien compris, c'est le couple envisagé comme nous Venvi" sageons : vivant idéal, abrégé cosmique sous

Page 1