‹ Humanisme intégral: Le duel des sexesChapitre 24 sur 35 · LA FORME HUMAINE, SOURCE DE TOUTE ACTION MORALE, DE TOUTE VIE · texte numérisé non relu

LA FORME HUMAINE, SOURCE DE TOUTE ACTION MORALE, DE TOUTE VIE

Un écrivain trop peu connu, M. Camille Ghaigneau, ardente imagination, âme inquiète du Mystère, doublement humaniste par des convictions d'Au-delà où nous n'avons point à pénétrer ici, — dans un roman bizarrement intitulé Montmartre^ a développé, ce thème de TAndrogyne, après avoir pris pour épigraphe quelques lignes dé Jean Reynaud. Je ne citerai que la conclusion du livre :

<c Voici le symbole des temps nouveaux; c'est l'élément social de l'avenir, c'est le germe de l'harmonie terrestre par l'amour et la liberté : c'est le Couple-Citoyen I »

Commentant cela dans ma troisième conférence féministe, je disais :

LA CITÉ FUTURB 259

« La plus haute fonction de Thomme n'est-ce point en effet servir la Cité, c'est-à-dire l'univers humain? — caries groupes de plus en plus larges, issus les uns des autres, dont se compose cet univers, sont comme reliés entre eux par des 'vagues sonores qui portent jusqu'au sommet le plus inûme des ôris de bonté.

» Servir la Cité, ce n'est point abdiquer son « moi » ; tout au contraire : n'est citoyen, par définition, que l'homme libre. Et le Couple, vérU table Unitéy voilà donc le citoyen parfait.

» Si l'on veut encore, le Couple-Citoyen sera le prolongement du couple générateur et éducateur, comme la Cité l'extension de la famille jusqu'aux limites de la terre. »

Quiconque repousse cette idée de Tunité du couple, adore, en soi, l'orgueil stérile, l'image d'une moitié de la vie qu'il veut prendre pour le tout, comme si le principe viril avait jamais seul, réellement seul, produit en art, en religion, en philosophie, en science, même en politique, une OEuvre ou un Acte. — De cette troisième Conférence :

« Les plus al tiers génies, les plus originaux, et ceux-là mêmes qui exclurent le Baiser de leur existence, qui en chassèrent la femme ou ne l'y laissèrent jamais entrer, ceux-là mêmes ont-ils pu faire le tri, dans leur sang, de ce qu'ils devraient à leur mère ? S'ils ont été si grands, dans leur soli-

tude» ils n'en étaient pas moins comme nous tous des enfants de Thomme et de la femme ; il y avait en eux, aux canaux de leur ardente sève d'orateurs, de penseurs, d'artistes, de fondateurs ou confesseurs de cultes, de chefs d'armées, de conducteurs de peuples, il y avait l'âme même du couple dont ils étaient sortis ! Et s'ils furent misogynes, s'ils crurent seulement à Tinfériorité spirituelle du Féminin, ils commirent un crime d'ingratitude filiale et d'autant plus grand qu'ils furent plus haut. » Voilà ce qu'il faut répondre à la superbe du mâle quand, triomphant de n^ pas voir chez la femme un Dante, un Michel-Ange, un Newton, un Kant, un Shakespeare, un Beethoven, il déclare que le génie, le génie véritable est chose virile, exclusivement (1).

(1) Si Ton passait de la mère à Tépouse, à la mattresse, dans la vie de la plupart des hommes de génie, ou de grand talent, que d'influences féminines apparaîtraient, salutaires, fécondantes et dirigeantes au moins! — Les Daliias? Qu'on me cite un homme de vraiment haute valeur, artiste, savant, poète, dont la déchéance doive être imputée, de pleine bonne foi, àquelqu'une de cescoupeuï^esde chevelures ! Villiers de l*Isle- Adam a écrit drôlement : « Les femmes ne tuent l'avenir que de ceux qui n^en ont pas ». Mais ceux-là savent si bien se lamenter ! On les croit. On dit pour eux : « Cherchez la femme! » comme pour les voleurs, les assassins. Voleurs, ils le sont — de pitié. Assassins? non, car ils n'avaient à tuer en eux que ce qui s'y trouve toujours : leur orgueil gémissant de ratés. Par contre, si Ton opposait aux fausses Daliias la blanche théorie, à travers les siècles, des Sœurs bienfaisantes, des Amantes consolatrices, inspiratrices, des Épouses Muses et

» Voilà ce qu'il faut répondre d'abord, car Tavenir se chargera des réfutations dernières... Le génie se montrera lui-môme sexué. 11 se prouvera féminin autant que masculin par ces preuves directes qui sont les chers-d'œuvre. Et le génie de rhomme n'en sera pas amoindri, mais enrichi, exalté; et les deux réunis grandiront l'un par l'autre en des séries d'actes qui seront bien, sous leur rivalité glorieuse, des actes d'amour, aux fruits immortels.

» Le couple-citoyen ! ce n'est pas seulement, en effet, l'égalité sociale des sexes ; c'est leur égalité la plus immatérielle, aux cimes les plus rayonnantes de la Cité du Beau et du Vrai (et aussi de l'Héroïque). Science et Conscience seront désormais, comme l'art, œuvre commune, œuvre androgyne.

» Une féministe, indépendante des groupes de revendications légales, une féministe tout intellectuelle, madame Céline Renooz, a très bien dit (je cite de mémoire) : « Notre but n'est pas d'abaisser l'homme, en nous faisant savantes et philosophes h notre tour ; au contraire, notre but est de l'élever en nous élevant. » Voilà la vérité : ascension

Madones! Quelques noms dans cette suite, vénérable et charmante, du Talent, du Génie virils, derrière lesquels^ voilées, elles se dérobent : la Tullia de Cicéron, la Pudentilla d'Apulée, la Calpurnia de Pline. ..et de nos jours Henriette Renan, Clara Schumann, la sœur de Nietzche..., etc.

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parallèle de deux pensées heureusement différentes à jamais ; commune apothéose dans le génie; universelle charité des grands cerveaux des deux sexes pour la masse des hommes et des femmes, — instruits, réjouis, fortifiés par Tandrogyne supérieur. »

(Assurément, dans cette longue page, la voile oratoire est trop gonflée. Mais j'ai peur d'affaiblir — d'aplatir en ne voulant qu'un peu « carguer ».)

Dois-je encore insister?

Notre Progrès n'est que la moitié^ à tous égards, du progrès possible le jour où le Droit humain reconnu ferait de la femme notre compagne émule au lieu, comme aujourd'hui, souvent, d'une vivante entrave innocente.

L'homme n'avance qu'alourdi, tremblant, aux chemins de lumière et de sociale amélioration, parce qu'il y a derrière lur, le troublant, l'affolant de terreurs enfantines, l'enchaînant aux lianes d'une faiblesse si forte, un trop nombreux Féminin presque acéphale (1). Ce féminin qu'il a voulu, qu'il continue de vouloir.

Le Progrès devrait être la joie, c'est le plus rude labeur.

Dans la Cité de justice intégrale, par deux voix unies je l'entends chanter.

(1) Bien entendu, c'est en considérant les choses de très haut, — du point de vue civilisateur, -^ que j^emploie ce mot.

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