‹ Humanisme intégral: Le duel des sexesChapitre 26 sur 35 · LA MERE, L ENFANT · texte numérisé non relu

LA MERE, L ENFANT

On reproche aux féministes de vouloir dérober la femme h la maternité, son « grand devoir ».

Devoir envers qui, d'abord, ou envers quoi, — pourrions-nous demander?

Parce qu*on est venue sur cette planète avec un utérus, des hanches qui s'élargissent h la puberté, et ces fameux ovaires — dont tant de femmes d'ailleurs se font débarrasser aujourd'hui sans se convertir pour cela au Féminisme, — il faudrait devenir mère I

Mais s'il y a obligation (et l'homme ne cesse pas de répéter que la maternité est en effet le rôle de la femme, la fin morale et matérielle de son existence, sa raison cVêtre), s'il y a obligation, il est vraiment d'une logique sociale merveilleuse que Religions, Opinions, Mœurs condamnent tant de filles à la stérilité par cette unique raison qu'elles ne

LA CITÉ FUTDRB 285

trouvent point un mâle disposé à les conduire devant un délégué de la puissance d'en haut ou de la moindre puissance (néanmoins suffisante) d'un Etat?

Oui, si la femme a ce devoir d'enfanter, pourquoi défendre aux vierges qui en auraient envie, qui sèchent sur pied dans leur morne famille, de s'exposer, en perdant leur virginité, à se laisser faire un enfant?

Il se conçoit malaisément, non l'enfant, mais le raisonnement bicéphale dont je m'occupe.

Serait-ce donc une punition pour les malheureuses non demandées en mariage que d'être exclues du devoir dicté par les ovaires? Y aurait-il faute, de leur part, à n'avoir pas la dot qui leur amènerait l'humain semeur légal ?

Faute?— Oui : d'argent. Mais je n'arrive point à m'expliquer alors qu'un certain nombre de billets de mille, absents, interdisent aux unes ce qui est d'obligation naturelle pour les autres : d'utérine obligation I

Si c'est l'utérus qui fait le devoir, celui-ci est le même absolument pour quiconque a celui-là.

Et si c'était l'argent, je ne verrais plus du tout comment on soutiendrait qu'il dérive, d'avoir des ovaires, une prédestination fonctionnelle où tiendrait tout le droit de vivre du Féminin.

Mais cessons la plaisanterie.

Il n'est que trop vrai : le célibat forcé pour un

286 HUMANISME INTAgRAL

si grand uombre déjeunes femmes; cette défense religieuse et bourgeoise, et môme populaire en tant de familles d'ouvriers, de paysans dominées par la morale bourgeoise ou chrétienne; voilà pour stupéfier ou indigner Vhumaniste.

C*est proprement un crime double (moral et physique) dont j'ai, du reste, assez parlé, à deux reprises (1).

La Cité nouvelle ne fera pour aucune femme un devoir de l'acte créateur; mais elle ne le défendra non plus à aucune.

Fidèle à son principe de liberté, elle respectera partout la volonté de l'individu qui, homme ou femme, ne relèvera que de lui-même devant l'Espèce.

Il est d'ailleurs curieux de voir une Société issue du Christianisme et moralement toute pénétrée encore d'esprit chrétien, — tout empoisonnée de Nazaréisme — méconnaître cependant une des idées de Jésus les plus authentiques (Heureusesy les stériles/).

Pour nous, — pour moi, veux-je dire, n'entendant compromettre personne, allant mon chemin philosophique dans une totale indépendance, — pour moi donc, humaniste, la femme n'a pas plus le devoir d'être mère que l'homme d*être papa.

(1) Première partie, chapitre iatitalô : Dans la vie du cœur.

Mais il est simplement idiot de reprocher aux émaucipateurs et aux revendicatrices] d'être hostiles, de tendance, k l'accomplissement par la femme d'une fonction organique, dont elle me semble seulement tout à fait libre*de]se dispen- * ser, si elle n'a pas la vocation, quoique munie de Torgane nécessaire.

Bien souvent môme — nous y viendrons — son véritable devoir, mariée ou non, serait pour telle ou telle raison, ou pour plusieurs, de se garder à tout prix de donner la vie.

Mais la femi;ne qui, saine, avec un homme sain, — à peu près sûre, en outre, de ne pas vouer à la misère ou au vice l'enfance ou la jeunesse du âls ou de laflUe qu^elIe aurait, — trouverait sa joie, suprême ou non, dans l'amour à tenter le Génie de l'Espèce, elle fait bien, obéissant à son « moi ».

11 est animal, non pas humain, de tirer d'une fonction physiologique possible un impératif. Du moins c'est de l'animalisme ne s'élevant à l'humanité que par ce sophisme interdit aux animaux — ceux-ci ne pouvant, naïvement, aveuglément, que suivre l'instinct.

Ce qui est humain, ce qui semblera tel à tous les citoyens, à toutes les citoyennes de la Cité, <5'est, l'enfant une fois né, de l'élever selon les règles de l'hygiène, au lieu d'ignorer, comme l'immense majorité des mères aujourd'hui, jusqu'aux premières notions de la médecine infantile. L'hu-

288 HaMAMISMB INTÉGRAL

main^ ce sera encore d'avoir des principes d'éducation scientifiques et d'y conformer scrupuleusement sa conduite maternelle (ou paternelle).

Ce sera, avant môme la naissance du nouvel être (qui ne demanda point à se former au ventre de la femme) — dès qu'il vivra dans ce ventre sous la forme humaine, — de se sentir des devoirs envers lui.

Le devoir ms^ternel, physiologique, moral même, commence, très grave, h ce moment-là.

Je dis : moral, parce que les pensées, les sentiments où évolue l'âme de la femme enceinte, pendant LES SIX MOIS qui précèdent Taccouchement (1), ne sont pas sans action sur la mystérieuse adolescence intra-utérine psychique, ni, peut-être, sur la conformation du futur homme ou de la future femme en son nid de chair nourricière.

Les Athéniens eurent l'intuition de cette vérité. « Lorsqu'une Athénienne se déclarait enceinte, on avait soin d'orner sa demeure de statues et de peintures représentant les types les plus purs de la beauté humaine. Les Grecs pensaient que ces images nobles ou gracieuses exerçaient une favorable influence (2). » Tenons pour certain que non

(1) « Dans Tespèce humaine l'embryon atteint son stade fœtal yers la fin da troisième mois. » {Grande Encyclopédie, au mot Fœtus, article signé : Debierre.)

(2) Daniel Stem : Esquisses morales.

seulement ce peuple artiste ne s'égarait point en cette conviction, maïs qu'une science plus poussée, une embryologie instruite enfin des lois subtiles de Tinvisible formation de l'individu humain tout entier, fournira aux mères un ensemble de très précis conseils intellectuels, esthétiques et moraux.

Sous le point de vue physiologique, — pour ce qui est de l'hygiène relative à l'être caché, pour les soins que la femme grosse doit prendre» dans l'intérêt non exclusivement de sa propre santé, mais encore et surtout de celle de l'enfant, nous commençons à peine à sortir soit de la barbarie, soit d'un empirisme grossier.

Quant aux soucis d'ordre moral qu'Eile connaîtra dans la Cité de Lumière (comme d'Amour et de Justice), qu'elles sont exceptionnelles les admirables qui dès maintenant s'y haussent I

Est-ce l'ouvrière brisée par le travail de la manufacture, de l'atelier, delà mine (en dépit des lois dites protectrices jugées dans la première partie de ce livre); est-ce la paysanne, est-ce la «poupée » d'autre part, qui peuvent s'occuper de l'âme naissante? La « poupée » aurait le temps, si elle-même, comme adulte, avait l'âme d'une véritable personne.

Confessons-le : L'humanité présente est encore engagée dans l'animalité, presque tout entière, et bien plus qu'engagée, enfoncée, — aux yeux du

philosophe qui l'envisage dans F accomplissement des lonctions successives ou simultanées de reproduction.

Multiples en effet, tant au psychologique qu'au physique, ces fonctions par où l'espèce se perpétue.

D'abord la conception, puis la longue gestation, devraient-elles être des actes simplement du corps, comme ils le sont pour presque toutes les femmes? La conception même, j'y insiste, ne devrait-elle point participer de la dignité humaine? être un acte moral, beaucoup plus que physiologique — acte de volonté réflécTiie, d'intelligence ?

C'est ici que nous trouvons devant nous le néomalthusianisme dont M. Paul Robin s'est fait l'apôtre, en France, depuis quelques mois. Doctrine flétrie comme immorale ou indécente par les bourgeois les plus malthusiens. Doctrine A' humanisme^ h laquelle l'avenir appartient.

Le bourgeois malthusien, et l'ouvrier ou le paysan qui Timite, n'obéissent qu'à des préoccupations économiques. Non toujours par simple égoïsme, certes, quoique ce soit bien en général le mobile au moins dominant.

Les meilleurs songent à l'avenir difficile de l'enfant qui pourrait naître.

La plupart n'ont qu'un but : ne pas grever leur budget. Et la majorité de cette majorité n'est que trop excusable, leurs ressources pécuniaires ne

leur permettant pas raisonnablement le « luxe » de plus d'un ou de deux enfants.

Mais quand on n'est inspiré dans ses tricheries au jeu d'amour que par des considérations de ce genre, s'indigner d'une théorie de sélection supérieure, reposant d'ailleurs en son fond premier sur la pitié de la douleur humaine, c'est d'une odieuse sottise !

Notez au surplus que ces déclamations pharisiennes n'ont presque jamais le soupçon môme des arguments fournis par les partisans du néomalthusianisme. Elles ignorent la question. C'est, après tout, leur seule excuse.

Voici quelques lignes extraites du programme de « la Ligue de la Régénération humaine » — ligue constituée à Paris le 30 août 1896, et qui prit pour devise ces deux formules : Bonne naissance, éducation intégrale :

« Autant il est désirable, aux points de vuefamilial et social, d'avoir un nombre sufBsant d'individus sains de corps, forts, intelligents, adroits, bons;

» Autant il Test peu d'avoir un grand nombre d'enfants dégénérés, destinés^ la plupart^ à mourir prématurément f tous à souffrir beaucoup, à imposer des souffrances à leur entourage familial, à leur groupe social^ à peser lourdement sur les ressources, toujours insuffisantes, des assistances publiques et de la charité privée, aux dépens d'enfants de meilleure qualité. »

% ^■" IWI

Donner la vie quand on est malade, quand on est misérable, c'est un crime; voilà, pourtant, ce qu'il faudrait enQn reconnaître.

Ibsen, en ses Revenants^ a répandu sur la première moitié de cette vérité la plus sombre poésie, * la plus tragique ; et des bourgeois ont lu ou même vu ce drame d'invincible éloquence, des- bourgeois malthusiens qui n'en trouvent pas moins abominable la campagne entreprise par le profondément honnête, par l'héroïque M. Robin.

Au moins le B^ Javal, dô l'Académie de méde- . cine, président de Y Alliance nationale cohtre la dé population, dans un travail lu à l'Académie, rendait-il hommage, en adversaire loyal, « à la pureté de cœur et au désintéressement de ce philanthrope qui, aux dépens de sa bonne renommée, avec un rare et infatigable courage, a toujours fait ce qu'il croyait utile en faveur des déshérités » (1).

Du point de vue patriotique, le môme D' Javal en convenait : M. Robin est loin d'avoir tort « lorsqu'il dit que laldrce (l'un pays ne réside pas seulement dans le nombre de ses habitants, mais dans la supériorité de leurs qualités physiques, intellectuelles et morales, »

Encore est-ce justement que M. Robin, dans sa réponse, veut voir unis « concession de forme, tout

(1) Contre et Pour le Néo-Malthusianisme -{Communication du D' Javal à V Académie de Médecine de Paris, et Réponse de M, Paul Robin), chez Stock.

à fait regrettable » au « pas seulement » des lignes qu'on vient de lire: « Car, en vérité, le noihbre des inférieurs ne contribue pas du tout à la force d'un pays, mais bien au contraire à sa fai» blesse, »

Mais laissons ce côté de la question, sans intérêt pour nous en, notre vision d'avenir.

Ne trouvez-vous point horrible qu'un alcoolique, un syphilitique, un épilep tique J;ransmette son ïfidl en créant, pour le plaisir de ne point se gêner au plaisir ?• Là, d'abord et surtout, Y humanisme delà thèse, à mes yeux.

Lyndall est encore à entendre ici (et Lyadall, je le répète, Olive Schreiner l'approuve toujours).

« On dit : « Dieu envoie les- petits nouveau-nés. » De tous les» mensonges lâchés et^ révoltants qtie disent les hommes... c'est celui que je ihais le plus. Mon père a sans doute dit cela lorsqu'il se mourait de consomption. »

Avec Lyndall, nous retrouvons d'ailleurs le second argument des néo-malthusieûs , car elle ajoute: « Ma mère aussi lorsqu'elle savait qu'elle n'avait pas les moyens de me nourrir, et ils^me créèrent pour me faire nourrir comme un chien, par des mains étrangères. » ,

C'est une des hantises de la femme nouvelle^ en Angleterre, cette question du crime de la maternité ou de la palernilé en des cas trop fréquents.

294 HUMANISIfR INTÉGRAL

« A Superfluous Woman » (1), dît mademoiselle Claire de Pralz en une étude parue dans le Maga^ zine international (2), « est Thistoire d*une jeune fille du monde que sa tante désire marier de force avec un vieux lord libertin et dégénéré. Pour échapper à ce destin , elle quitte la maison de sa tante et se réfugie dans une ferme au milieu d'une campagne lointaine. Là, elle rencontre un jeune fermier, « paysan jeune et beau, ayant une belle âme. » Elle s^éprend de lui, et lui s*éprend d'elle,.. Il la demande en mariage, mais elle, malgré l'amour qu'il lui inspire, « n'osant pas se lier pour toute la vie à ce simple fils de la terre », lui propose avec humilité une affection toute libre. Colin... refuse. Cette femme vraiment superflue s'enfuit vers la maison de sa tante, qui finit par la marier avec le lord libertin. Elle ne peut donc échapper à la fatalité qui lui imposait dès le début de sa vie ce compagnon m,al&ain; et la voilà mère d^enfants dégénérés. La plus grande témérité de la romancière consiste à hausser l'amour sans contirôle et loin des lois, au-dessus de l'union légale, ^i le premier se concilie avec la santé qui est la tjmorale du sang, et si la seconde achemine vers la àécrépitude de la race. »

Uunion libre dans VamoUr jeune et sain ^ voilà donc, ici proclamé, ce que mademoiselle de Pratz

(i) Par Mrs Sarah Grand.

(2) Numéro de mai 1896.

appelle avec raison « un des décrets révolutionnaires de la Femme nouvelle, »

On pourrait dire : « De la Mère nouvelle » ou à venir ; de la Mère des temps d'Égalité parfaite entre les sexes.

Alors, en effet, plus d'union « sans amour », plus de « maternité sans consentement », — conformément au vœu qualifié d*immoral, parce qu'il est de morale réelle, qu'une autre Anglaise , déjà citée aussi, Mrs Mona Gaird, ne perd pas une occasion d'exposer, de défendre, lui gagnant des adhésions, secrètement nombreuses à coup sûr.

Du même article de mademoiselle de Pratz , cet exemple à détacher encore (non pour le plaisir de citer du curieux, ce qui serait déjà fort admissible, mais pour convaincre de l'importance de ce courant d'idées en Angleterre depuis une dizaine d'années environ) :

Une jeune fille, demandée en mariage, répond au jeune homme: «Nous ne sommes, ni l'un ni Tautre, des êtres sains. Nous soufTrons dans notre chair pour les péchés de nos ancêtres... Sacrifions-nous pour le bien de Thumanité. Soyons les premiers apôtres de la nouvelle religion. Je veux être la première à prononcer ce vœu. J'affirme solennellement, en pleine connaissance des suites d'un tel serment, que ne voulant pas perpétuer le fléau de la phtisie, qui depuis des générations sévit sur

notre famille, j*afflrme solennellement que je vivrai, toute ma vie, dans un célibat immuable. Cela est décidé. Je veux être noble (1). »

Entraîné, le monsieur jure de môme. Mais retenons le mot : « Je veux être noble. »

Cette volonté de noblesse, l'auront — si toutefois il y a lieu : si les mœurs nouvelles ne guérissent promptement Thumanité des horribles maux physiques que la semence pourrie du mâle sans scrupules transmet si souvent aujourd'hui, — l'auront les femmes de la Cité vers laquelle les vrais féministes entraînent le vieux monde et la jeune République d'outre-océan.

Seule différence, mais importante : celles qui devraient avoir et qui auraient cette volonté, ne feraient pas serment de chasteté, pour cela.

S'il leur plaisait de le faire, ce serait par quelque autre motif.

Il suffit de ne pas créer pour la douleur. Aimer reste le droit. Aimer de toute sa chair comme de toute son âme.

Quant aux enfants de cette Cité, on n'aurait pas à demander pour eux la protection d'une tutelle sociale, ainsi que la demandent aujourd'hui (on Ta vu) les Sociétés féministes de France^ nombre de socialistes par toute l'Europe et, sans doute^ la*

(1) A proposai, nouvelle signée Zula Maud WoodhuU.

plupart des féministes, hopames et femmes, des divers pays où Fidée a pénétré, *

' Les * terribles conditions (Je. la lutte pour la vie qui sont en train de ruiner Tancienne Famille, ayant cédé la place à la justice écoiiomique, la mère n'aurait besoin de personne, pas même du père, pour élever Tenfant (1).

C'est une, des conséquences' les plus fréquentes de notre affreux régime économique, la séparation / de Tenfant et<de la mère, ou l'abandon de celui-là par celle-ci du matin au soir. (De même l'infanticidei l'avortement accusant ce régime ou la morale ' bourgeoise. Et à ce propos félicitons madame* Bé- « quet de Vienne arrivant, par sa Société de VallaU tement maternel, à garder contre le cœur de la mère le pauvre petit, la pauvre petite, au moins pendant un an) (1). * ;

Dans la Cité de Justice, de Bon travail, la mère \ et Tenfant ne se quitteront pas. * %

Et elle saura Télever (j'ai touché Je point, j'y

(1) Il n*y aurait plus lutte your la vie, mais accord pour la vie,

(1) De 1876 à 1893, 57,000 malheureuses ont dû à cette Société de n'avoir point à^abandonnéf (ou à tuer) après sa naissance rêtre né de la séduction ou de l'amour. — A cette institution admirable, madame Béquet de Vienne joignit un refuge -ouvroir pour les femmes enceintes (1892). Ce refugemodèle, trop petit, certes, mais qui fut si utile déjà quand * j même, est situé avenue du Maine. — Parmi les Œuvres philan- | thropiques analogues, la Maison maternelle de Beileville, ' | dirigée et, je crois, fondée par matlame Louise Koppe.

appuie) d'après de sûres méthodes intellectuelles, morales, physiques.

Non pas,'veux-je dire, que l'enfant, tenu à Técart de toute camaraderie, doive connaître seulement ses mère et père et les amis ou parents de ceux-ci ; n'avoir du moins pour camarades que les enfants de ces parents et amis.

Ce sera le règne au contraire de la coéducation — dans rinstruction intégrale.

Mais au lieu que l'internat soit généralement préférable, comme il l'est maintenant, pour les fils et les filles du peuple, la Famille nouvelle, libre et pure, la Mère au centre, vivant foyer, sera toujours à côté de la maison d'Instruction, la surveillera, et réchauffera l'enfant qui se rendra de l'une à l'autre tous les jours. Elle complétera Tcôuvre des maîtres, y ajoutant ce qu'ils ne peuvent donner, ce que l'âme d'une mère, toute seule, peut déposer au cœur d'un fils, d'une fille, dans le cerveau même, par sa tendresse passionnée.

Tendresse des mères I Combien de fois célébrée, réellement admirable « en tout temps », « en tout lieu », —mais qui trop souvent, aujourd'hui, est encore plus animale que véritablement humaine. Tendresse des mères, avilie par la condition de la mère comme femme — et comme mère, devant le père ou devant la Loi ou encore devant l'Opinion I Tendresse ignorante de ses devoirs, bien souvent, ou impuissante à les remplir ! Gâtée d'ailleurs.

faussée par le manque d'une sûre raison directrice chez la faible maman ininstruite, qui ne voit alors dans Tenfant qu'une image excessive de sa propre faiblesse cérébrale et sociale 1 Tendresse qui ne sachant point ses droits de nature, chez la femme esclave, ignore que Tenfant a, lui aussi, ses droits (1) I Tendresse que la dignité de la femme indépendante, nourrie des connaissances nécessaires à l'accomplissement de la complexe tâche maternelle, aura donc ennoblie, promue à la hauteur morale qu'elle n'a pu atteindre jusqu'à ce jour, très rarement, que par un concours de faveurs du sort.

J'hésite à citer encore. Mais n'est-il pas indispensable de faire entendre la voix de la Femme nouvelle quand elle doit nous servir à prouver que nous ne sommes point dans le bleu d'un rêve injustifié ; que nous annonçons simplement ce qui se prépare : prophète ne prophétisant qu'en observateur des irrécusables signes d'un demain qui

(1) Nous avons cité Emile Acollas. Mais il faut voir dans les Œuvres complètes de Maria Deraismes une remarquable et chaude élude précisément intitulée les Droits de l'Enfant, Au Congrès féministe International de Paris (1896), mademoiselle Louise d'Ërvieux a lu un rapport judicieux et touchant sur les Droits de l'Enfant, —Ces noms féminins établissent à nouveau que la Revendicatrice n'est nullement Tennemie de la maternité et qu'il est ridicule de nous opposer constamment le cliché de la Mère.

300 HUBCANISME INTÉGRAL

monte derrière la vieille montagne d'Erreurs et de Mensonges ?

Si j'ai raison de ne pas craindre Tabus des preuves en un tel travail, je peux donc emprunter une fois de plus à Olive Schreiner :

« On dit qu'il reste aux femmes un grand et * noble travail et qu'elles l'accomplissent mal. C'est vrai. Elles l'accomplissent d'une manière exécrable. C'est le travail qui exige la culture la plus étendue, et elles n'ont pas même la culture la plus . étroite. L'homme d'affaires peut n'y voir pas plus loin que ses livres de droit, et le chimiste que les fenêtres de son laboratoire, et ils pensent s'acquitter bien de leur travail. Mais la femme, pour faire le travail de la femme, a besoin d'une culture à plusieurs faces très variée; les hauteurs et les profondeurs de la vie humaine ne doivent pas être au delà de l'horizon de sa vue; * elle doit avoir la connaissance des hommes et des choses en beaucoup de situations, un large éclectisme de sympathies, la force qui naît du savoir et la magnanimité qui naît de la force. Nous portons le monde et nous le faisons. Les âmes des petits enfants sont des choses merveilleusement « délicates et tendres; elles gardent à tout jamais le reflet de Vombre qui la première tombe sur elles ; c'est celle d'une mère, ou tout au plus, d'une femme. »

En résumé, par toute Thistoire, il a pu se trouver des mères admirables ; mais quand on parle de la Mère on parle de la généralité des mères^ et en ce sens la Mère sera Tune des nouveautés.

Tune des beautés originales de la Cité de Justice^ d'Amour et de Lumière.

GOEDUCATION

Dans ma troisième conférence féministe, je disais :

« L'égalité doit commencer avec Fenfance, pour l'harmonie des adolescences, des maturités et des vieillesses; pour le progrès. de rhumanité, dans la Joie, par le « couple »,

» C'est d'ailleurs ici que se massent nos adversaires avec toutes les vieilles armes, rafraîchies, du multiple Préjugé conservateur...

» Mes camarades Jules Bois et Austin de Groze ont parlé de la jeune iille ; ils ont dit bien des choses, et Jules Bois s'est montré d'une hardiesse dont je me permettrais de le féliciter si j'en avais le droit. Ils m'ont pourtant laissé la plus grave des questions, la plus terrible, celle qui a valu tant d'outrages, tant de calomnies à un pédagogue

digne, au contraire, d'admiration, à l'ancien directeur de rétablissement de Cempuis, M. Robin.

» Vous devinez maintenant qu'il s'agit de la coéducation des seoces^ cette monstruosité d'après tant de journaux, mais qui, cependant, a donné et donne de si excellents résultats en Amérique, aux pays Scandinaves, en Suisse, partout oti Ton a osé.

» Cette coéducation, donnez-la où vous voudrez, par Texternat ou par l'internat, j'y vois l'indispensable CONDITION PREMIÈRE DE LA FORMATION DU

COUPLE SAUVEUR, la pierre angulaire de la Cité future ; et j'y respire en quelque sorte, au parfum des pudeurs sans hypocrisie et sans trouble, au virginal matin des solidarités adolescentes, dans une pure atmosphère d'égal et sain développement des intelligences, du caractère, de toute l'âme, j'y respire en sa fraîcheur d'aube tout le tranquille héroïsme avenir d'un monde de justice et de fraternité.

» Mais on me dira : « Vous allez faire des cer- » veaux identiques par l'identité de l'instruction. » Vous allez iaire des tempéraments semblables » par la communauté des jeux comme des éludes ; » par cette vie en commun, du lever au coucher». Rassurez-vous. Les éternelles différences qu'a fixées la nature, ces lois physiologiques de la sexuation mentale et sentimentale, seront toujours assez fortes pour entretenir dans l'unité la jnécessaire dualité d'harmonie féconde. Ce que nous ne

voulons pâs, c*est que d'un côté on enseigne le faux ou le trop incomplet, et, de l'autre, la vérité pleine. Il n'y a qu'une vérité : la même pour les deux sexes, ou il i;i'y a pas de vérité. Ne falsifiez pas le vin de l'esprit pour un sexe, dans la peur • de griser ce sexe trop faible ; vous l'empoisonnez, au contraire, pour avoir débuté par le méconnaître.

» Jugez donc à ses fruits l'instruction inférieure délivrée jusqu'à ce jour à la femme. On a fait d'elle une malade en soumettant à la culture la plus follement intensive sa prédisposition organique à un excès de sensitivité. Au lieu de la prémunir contre sa nervosité naturelle, source de tant d'infortunes privées et parfois de malheurs publics, on a développé, on développe cette hyperesthésie. Jusqu'ici a fort bien dit Bebel {!), on n'a fait « qu'accentuer le mal ». Et d'autre part, voici Balzac que vous ne soupçonnerez pas d'un féminisme à notre manière, et qui déclare ; « Une » femme qui a reçu une éducation masculine pos- » sède, en réalité, les qualités les plus brillantes 70 et les plus fécondes pour fonder son bonhçar » propre et celui de son mari (2) ».

*» Je répète : une éducation masculinef une édu^ cation de liaison (3).

(1) La Femme dans U: Passée le Présent et l'Avenir.

(2) Physiologie du Mariage.

(3) Non que je considère llnstruction et l'éducation données

9 La différence des vases récepteurs fera toujours celle des nuancés de coloration des ligueurs versées. Ce sera la même vérité, mais teinte différemment; et Todeur non plus n'en sera pas la même. Cependant, par Tidentité des substances, quand on établiva la communication d'un vase à l'autre, il n'y aura pas ces risques d'explosions qui font de tant de mariages, encore aujourd'hui — surtout aujourd'hui, — passé un intervalle plus ou moins long — autant de sinistres domestiques, et, par leur somme, une véritable catastrophe sociale. 9

Page 1