‹ Humanisme intégral: Le duel des sexesChapitre 29 sur 35 · II. — LA COÉDUCATION DES SEXES · texte numérisé non relu

II. — LA COÉDUCATION DES SEXES

» Plaindre M. Robin, à propos de sa révocation, ce serait le méconnaître.

» Ce serait lui taire une injure puérile.

» M. Robin n'est pas seulement un homme, au grand sens du mot ; c'est une âme d'apôtre, bouillonnante et vibrante, et l'enlever de Cempuis, c'est lui rendre une liberté de parole et d'action qu'il avait sacrifiée — en partie — à ses devoirs spéciaux. Je suis certain que la décision ministérielle, loin de le peiner pour ce qui est de lui, n'a pu qu'exalter, comme une délivrance, son cœur de spWat intellectuel, sa sensibilité de héros social...

» Il me disait mardi : « Si l'on me révoque, eh » bien ! je serai plus utile à mes idées, je servirai » mieux ma conscience qu'ici même, où le direc- » teur, en moi, entrave l'homme, le citoyen, trop

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», souvent. Je ferai des conférences par toute la » France ; j'aurai des prosélytes ; bu comprendra » ^jue le système d'éducation , appliqué à cet » orphelinat, c'est la vérité pédagogique d'un avè- » nir proche !...., h* instruction intégrale, la coédu- » . Cation des sexes, mais ce sera, dans vingt-cinq » ans, toute l'École du peuple, dans notre vieille » patrie débarrassée enfin du catholicisme ! Qu'on » me frappe ! Je suis prêt I »

» Je \eux dire, en cet article, avec une sincérité parfaite, ce que je pense de cette prétendue pornographie en action : la coéducation d'enfants mâles , et de fillettes ; oui, ce que j'en pense^^depuis que . j'ai vu <îempuis.

)) Là, dans cette maison délicieuse, Iraternelle

et paternelle, et parfumée aussi des larges souffles *de nature, dans cet exquis décor de bois, de prés, d'eau vive, encadrant les bâtiments où l'on forge, où l'on chante, 'où l'on imprime, où l'on s'instruit dans la joie par la main comme par le cerveau, j'ai assisté, lundi, â la baignade... objet d'horreur pour tant de vertueux — pour tant de pharisiens! » Et je l'avouerai.. . J'en avais beau sentir l'hypocrisie ou la sottise, leurs doléances m'avaient impressionné. Je redoutais d'avoir à m'indigner devant un spectacle de profanation. Maxima debe-

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turpuero,.. inutile d'achever, n'est-ce pas? On a tellement abusé de la n^axime.

» Donc, assez inquiet, je voulus voir, bien voir, ' tout voir. Et je vis la chose du monde la plus " innocente," la plus pure : des garçons très tranquilles, se déshabillant et passant un caleçon bleu sombre, avec une pudeur naïve, derrière une haie d'arbustes, à vingt mètres au moins des fillettes, cachées absolument par des toiles, à Pabri desquelleç, vivement, elles entevaient leur costume • de travail pour revêtir un noir uniforme, ne lais- ' sant à l'air que les bras, les pieds, le bas de la ja*mbe au-dessous du mollet.

» Telles, les fillettes les plus sévèrement élevées — sur les plages les plus à la mode; Et bientôt, * dans la piscine profonde, mais étroite, sous l'œil attentif d'une institutrice, à laquelle rien ne peut

échapper, plongeaient des enfants qui, manifestement, ne songeaient qu'à l'exercice de la minute présente, n'avaient qu'une pensée : nager, ou apprendre... J'ai fait tout le possible pour saisir, entre ces filles et ces garçons, soit un geste équivoque, soit un regard de curiosité. Rien! Une merveilleuse indifférence sexuelle; des petits animaux

d'une candeur entière Et ce monde tout pur

évoluait rapide, gracieux, sous les perches tendues

' par des moniteurs ou des tnonitrices de leur âge.

Il peu près; ces dernières et derniers, habillés

comme en classe ou en récréation, n'ayant de leur

côté qu'une idée : sauver avec leurs longs bâtons des caurages inexpérimentés de bambins et de bambines qu'on avait jetés à Teau — du bord maçonné ou d'un petit pont.

» Je le déclare : une certaine cochonnerie est nécessaire pour incriminer de bonne foi ces leçons <c mixtes » de natation.

» Oui, les enfants de Cempuis s'amusent ensemble, « pêle-mêle », comme ils travaillent.

» Du moins, leurs sports les rapprochent au hasard, et, aux leçons en plein air (j'en ai entendu trois dans une même journée), on les laisse se placer à leur convenance. La salle d'étude, par ordre directorial, met un garçon à côté d'une fille. Enfin, ils ont une cour commune. Mais là — et je m'étonne d'avoir à le dire — là s'arrête cette coéducation.

» J*ai visité les dortoirs : celui des filles, celui des garçons, et je me demande comment on a osé insinuer qu'il pouvait se passer des choses épouvantables, la nuit, entre ces petits et ces petites parfaitement séparés.

» Facile de s'écrier : « La Porcherie ! » Des preuves ! Donnez-m'en.

» C'est le principe même de la coéducatîon qu'on a voulu atteindre.

» La Libre Parole d'hier matin se félicitait de V effondrement du système.

» A bas, non M. Robin seulement; mais avec

lui Todieuse promiscuité qu'il aurait fait fleurir à Cempuis!...

» Rhétorique! Rhétorique I Que de mal tu as fait ! La promiscuité de Gempuis ! Gomme si Técole mixte, ça n'existait qu'en cet orphelinat.

» Mais toute commune de France n'ayant pas plus de cinq cents habitants et possédant une école, l'a mixte 1 Vous m'objecterez : « Le soir venu, » elles renvoient les entants, Cempuis les garde ». i> Avantage énorme pour ceux-ci! La famille pauvre et grossière, voilà la pire dépravatrice de l'enfance.

» G'est là qu'il y a promiscuité 1

» Accouplement des père et mère devant les petits qui sont censés dormir, et qui, souvent couchés deux ou trois dans un même misérable lit, s'y corrompent; la sœur allant parfois jusqu'au total inceste avec le frère, et toujours — presque toujours du moins — frères et sœurs s'instruisant au vice; qui donc ignore ces mœurs familiales des classes d'en bas — aux champs comme à la ville ?

» Nos collèges, couvents, lycées et pensionnats quelconques, sont à peine moins pourris. Ils le sont pourtant bien, et ils reposent sur le principe de la séparation des sexes en matière d'éducation! Gette noble doctrine y porte des fruits dignes d'elle. Toute» les perversions unisexuelles s'y développent, quoi que fassent les maîtres... Ge sont autant de serres chaudes d'antiphysisme , soit égoïste, soit réciproque.

» Hypocrite qui le nie !

» Confessons-le : là où la famille ne serait pas fatalement corruptrice, elle se dérobe aux charges de réducation complète, quand elle ne Jes pose point toutes aux bras de TÉtat ou d'un ordre religieux. Llnternat prospère. Et l'internat, tel que notre pudeur imbécile s'obstine à le vouloir, c'est le Vice ! (1)

» Pourquoi ? Parce qu'on n'attente pas impunément aux lois naturelles, qui veulent le garçon auprès de la fillette, dans le jeu et dans le travail, sous une surveillance, il est vrai, constante, et sagace, et pieuse ; comme elles veulent, ces lois sacrées, que l'homme ne vive pas s.eul, ni là femme !

(1) Or, M. A. Slays, rendant compte daûs la Revue pédago' gique Belge d'un voyage pédestre, fait par soizante-qaatre élèves de Cempais, dont vingt et une filles, pendant les vacances de 1892, écrivait : « J^es vices secrets, celte plaie de tact d'écoles, sont absolument incoonas » de ces enfants. » — D'antre .part, en un volume édité à Cempois ipême sons le titre : Fêtes pédagogiques, je lis ceci, qui n*a pas été démenti : « Les phyaiologistes savent bien la solidarité étroite existant entre Torgane vocal et les organes sexnels ; » eh bien, « la voix d'aucun des enfants actuellement à l'orphelinat, ayant mém^ atteint leur seizième année, n'a mué ; tous participent de leurs douces voix d'enfants à l'exécution des chœurs que nous vous faisons entendre, donnant ainsi une preuve matérielle de la pureté de leurs mœurs et de l'absence des vices qui sont la plaie de tant . d'internats réservés à un seul sexe. » .— Je parle de ces chœors plus loin.

Novembro 1896.

» Mais I51 peur de la nature, caractéristique du catholicisme, du vrai, nous Tavons gardée ; cerveaux moyen-âge encore, prçsque tous, par le sang catholique hérité des siècles...

j> Nous trouvons immoral ce qui est sain-: la coéducation des sexes ; et Tunisexuelle, mère de toute perversion, nous voulons, d'une volonté de bœuf, qu'elle souille nos fils et nos filles, comme nous-mêmes elle nous. souilla !

» Quiconque a vu Gempuis — d'un regard loyal, ,sait à merveille les bénéfices moraux et, partant/ physiologiques de'.l» coéducation. Nul besoin d'invoquer les États-Unis, la Suisse, la Norvège; Gempuis a le mérite de répondre pour la France, où des attardés, trop nombreux, semblent croire, qu'on ne peut élever côte à côte, dans un établissement d'instruction publique, un garçon et une fille sans leur donner envie de faire un ehfant...

» La vérité, M. Buisson, directeur de renseignement primaire, l'a fort bien dit : « Petits, ils ne » s'étonnent pas ; et en grandissant, ils n'arrivent » pas au trouble, n'étant point surpris. »

» Interrogé par moi, un brave homme d'instituteur me racontait qu'avant la guerre il y avait, dans les écoles mixtes, une barrière en bois séparant les filles des garçons pendant les classes ef^

durant les études. Résultat : les filles songeant tout le temps aux camarades de derrière la cloi-

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son, et les garçons également inquiets de leurs voisines invisibles... C'est le mystère qui fait Tinquiétude...

» Otez-le, vous la supprimez.

» Voilà quatorze ans que Torphelinat de Cempuis fonctionne comme aujourd'hui. Eh bien I un de ses ennemis les plus féroces, le Matin, déclarait hier que Finspection offlcielle n'avait pas relevé un seul fait « d'immoralité entre élèves » (1).

» On en cite un pourtant, assez ancien : un bébé, oui, un bébé (il avait quatre ans), se serait rué sur une petite fllle, pour la violer. Il fut immédiatement chassé. Trouvez-moi une maison religieuse, un lycée, oîi les faits d'immoralité ne soient pas quotidiens I

» A Grandvilliers, précisément, il y a un pensionnat tenu par des dames de Saint-Joseph de Cluny. Faites donc une enquête là-dedans, monsieur le ministre I Envoyez-y M. Jacoulet ! (2) Et qu'il voie d'autres gens que les cléricaux... pseudorépublicains, dont la parole a fait foi contre M. Robin 1

(1) Madame Kergomard terminait soa rapport ainsi : « S'il se passe à Cempuis des choses immorales, où se passent-elles? Quand se passent-elles? En tout cas, j'affirme que rien dans la tenue dés enfants, dans leurs gestes, dans leurs regards, dans leurs sourires, ne permet de soupçonner. »

Novembre 1896.

(2) Un des enquêteurs de 1894.

» Vous apprendrez qu'un jour fut surpris un curé embrassant chez ces dames une graijde flUe de seize ans, avec une émotion sans doute paternelle, mais bien vive.

» Le témoin était gendarme. Il parla : il lui en cuit, mais je réserve certaines histoires pour un autre article. Dans celui-ci, mon but était de prouver combien an ti- moderne, et, je le répète, médiévale, est cette campagne de tant de journaux contre un principe excellent, le seul naturel, le seul moral et qui triomphera — qui triomphe même, jusqu'à un certain point, dans vingt mille communes tout bonnement, sans qu'on ait l'air de s'en douter.

» Donc, c'est déjà le présent, ce système de l'avenir.

» Ma crainte est que l'orphelinat de Gempuis, ayant seul encore osé — ou permis — d'aller jusqu'au bout par l'internat, on ne s'effraie sottement de cette logique : ce serait une concession navrante à la vieille morale noire, qui, par trop de fils, nous ligotte toujours...

» A quand des règles de vie, par suite d'éducation, définitivement conformes à la Nature ?

» On a révoqué M. Robin. Qu'on ne détruise pas Gempuis I Ge serait un crime contre la Révolution

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et son âme immortelle. Non, le fondateur une fois dehors, ne tentez pas de chasser l'esprit qui l'anima I C'est Tespritmême de la France en marche; c'est le véritable esprit nouveau (1).

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