‹ Humanisme intégral: Le duel des sexesChapitre 32 sur 35 · LA FEMME, LA PATRIE, LA GUERRE · texte numérisé non relu

LA FEMME, LA PATRIE, LA GUERRE

La femme aura tué la Guerre. Elle aura effacé les Patries, si par ce mot Ton se représente une artificielle géographie de haine, d'orgueil et d'intérêts toujours en armes entre vastes groupes d'hommes appelés nations.

Deux points de vue en effet pour l'idée de patrie. Ou bien, la patrie c'est un monstre de large vanité collective, nourri de souvenirs glorieux ou sombres, objet d'un culte de latrie à base fatale de rêves de revanches, de rêves de conquêtes. Ou bien c'est une réalité morale, issue du temps, mais dépouillée pour le philosophe paisible de tout le grossier appareil guerrier, de toute Tarmure des incessantes batailles économiques qui font un second mensonge quotidien de ce qu'on nomme Paix. C'est une âme multiple, fragment de l'universelle âme humaine, où l'homme qui a besoin

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peut-être d'une échelle d'amours, trouve un point d'appui entre sa passion pour quelques individus particulièrement chers et la tendresse ardente qu'il doit à l'humanité entière. La patrie, alors, ne gêne pas plus ce dernier sentiment que ne peut le gêner Famour de la compagne et de Tenfant. Du moins, les conflits qui se produisent entre tel ou tel de ces penchants de l'âme ne sont-ils imputables, précisément, qu*â la grossièreté farouche de l'encore actuelle idée de patrie dans la presque tota-^ lité des intelligences, qu'à l'exigeante barbarie des Etats eh lutte, avec leurs casernes, leur diplomatie de ruse et de proie, leurs frontières hérissées de forts et de douanes, leurs drapeaux de vanité, symboles d'un soi-disant honneur qui ne claironne, en réalité, que l'antique droit sanglant de la Force. '

Cest donc la faute de ces Etats, la faute du Militarisme, du Protectionnisme, si des sociologues aujourd'hui s'attaquent au concept de patrie, qu'ils dressent devant eux tel que le réalisent nos sociétés (1). Et c'est ce concept-là que l'Eve future détruira.

(1) Voir notamment Jean Grave, Sébastien Faure, Hamon, {Patrie et internationalisme) et une publication du ^c Groupe des étudiants socialistes révolutionnaires internationalistes » intitulée : Pourquoi nous sommes internationalistes^ — pour ne parler que des plus récentes productions françaises sur le sujet.

L'autre idée de patrie, la nôtre, toute spirituelle, a reçu de

Des hommes Tauront ébranlé de leur dialectique ; l'âme de la femme libérée, impétueusement,

le jettera bas.

Renan sa formule la plus lumineuse dans cette phrase : « L'existence d'une nation est un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation perpétuelle de vie. » {Qu'est-ce qu'une nation? Conférence faite en Sorbonne, le il mars 1882.) — Maurice Barrés, plus patriote que Renan, — n'est-il pas Lorrain ? et la Lorraine, n'est-ce pas notre province héroïque ? — condamne cependant la « forme militaire » du patriotisme. Du moins, c*est là « une vue rétrécie »; et U ajoute: « L'inconvénient d'une définition étroite qui réduit le patriotisme au militarisme, c'est que d'houiiêtes gens, qui se trouvent ainsi exclus du rang des patriotes, vont fortifier l'internationalisme. » Il semble bien, d'ailleurs, qu'il souscrirait à cette autre parole de Renan : « Les nations ne sont pas quelque chose d'éternel. Elles ont commencé^ elles finiront. » Seulement, comme Renan, il croit qu'à V heure pré' tente le « nationalisme est une réalité» (c^ derniers mois sont de Barrés). Telle aussi Topinion de Georges Lecomte, avec cette différence qu*il souhaite passionnément a la fin des patries ». Ce qu'il se borne à dire, c'est qu'il y a une âme Française, une pensée Française à aimer, à cultiver, et, au besoin, à défendre par la force contre la force dans l'état de l'Europe. Nous avons à « sauvegarder notre langue », et a. les traditions, le tenace effort d'affranchissement qui nous caractérisent dans l'histoire de l'humanité. • {La Société nouvelley septembre 1896). — Aimer la France de la Révolution, nous serait-ce interdit en effet par nos principes révolutionnaires ? Mais, dans cet amour, il faut avoir toujours devant soi Vidéal d'universel amour humain. 11 faut se répéter ces lignes de Marc-Aurèle : « Celui-ci disait : chère cité des Gécrops! Ne puis-je dire : chère cité de Jupiter ! » Même la France 4e la Révolution, c'est encore la cité de Cécrops 1 La « chère cité de Jupiter », c'est la Cité future.

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La patrie, maintenant, avec le Soldat, c'est la grande ennemie du peuple et de la femme. Elle aide à se masquer toutes les formes de l'exploitation de rhomme par Thomme, de l'humain par Vhumain. Pleinement irréfutable en ses affirmations, la thèse libertaire. Mais nos étudiants socialistes aussi bien que M. Hamon négligent d'observer que la femme, victime spéciale de Targent ! oppresseur, serve du serf au foyer, dans les classes ouvrières et paysannes, d*ailleurs atteinte par le Militarisme et par la Guerre comme épouse, amante et mère surtout, est beaucoup plus intéressée encore à détester, à vouloir anéantir un concept qui la torture et4'immole dans tous ses droits de nature, dans la chair de sa chair, dans le meilleur de son âme. i

Les termes d'ivresse, le faux idéal, dont les l

Dirigeants par tout pays, dans notre Europe, hallu- J

cinent les foules masculines, ont, certes, leur contre-coup de démence en la pluralité des esprits et des cœurs féminins. Moins patriote^ beaucoup moins que l'homme (père, frère, amant, époux ou fils) la femme subit cependant, contre toutes les tendances de sa sexualité mentale et sentimentale, un peu du vertige qui règne autour d'elle. Mais le jour où par la liberté conquise, par l'égalité, elle aura pris conscience de son moi^ le développant, y conformant ses actes, en tirant sa morale individuelle et sociale, elle se précipitera

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contre Tldole a\ide qui lui dévora dans tout le passé, par millions en chaque siècle (à considérer Id planète entière), le vivant fruit de sa joie et de sa souffrance d'amour.

Bella detestata matribus.

Déjà, une héroïne d'Aristophane disait : « Songeons avant tout qu'elles sont mères, et qu'elles auront à cœur d'épargner les soldats. » Elles feront mieux : elles voudront qu'il n'y ait plus de soldats.

Aussi n'est-il que de valeur passagère, excellent pour aujourd'hui, pour un demain encore d'incertaine durée, l'argument de Bebel : que la mère « rend à la collectivité un service pour le moins égal à celui de l'homme qui défend, au péril de sa vie, son pays et son foyer contre le pillage ennemi » ; car il n'y aura plus de pillage ennemi, quand la femme aura fermé les casernes (1).

J'ai vu des femmes du monde, des femmes de théâtre, des bourgeoises, applaudir frénétique-

(1) Pour là caserne, penser toujours à l'admirable roman de Lucien Descaves : Sous-Offs, Songer aussi aux livres de H. Fèvre, A. H-ermant, G. Darien, Paul Bonnetain, Georges Courteline : Au Port d'armes^ le Cavalier JUiserey, Birihiy le Nommé Ferreux^ le 51' Chasseurs . Volumes de vérité contemporaine, inégalement et diversement probants, quin'ôtent rien à la beauté du chef-d'œuvre austère de Vigny: Grandeur ei servitude militaire, mais qui montrent en ce déclin de siècle la prépondérance de la servitude.

ment, lorsque, au drame par endroits génial du Sâr Péladan : Babylone, Nakhounta s'écrie, devant Sinnakirib :

c< Race des conquérants, 6 race des guerriers,

honte de la nature, déshonneur de l'histoire, 6 loonstres

et fléaux, ' .

TOUS n^'entrerez jamais dans la Vie Éternelle. — Entre le ciel et tous, barrière^ infranchissable se dressera, énorme et empesté, le charnier de vos

gloires. )»

C'était de Tâme féminine pour la Cité future qui vibrait là.

D'ailleurs, voyez l'effort des avant-courrières : la part que prennent au moins certaines d'entre elles, au mouvement international pour la paix qu'entretient et dirige une élite d'humanitaires, dont quelques-uns, pourtant, sont loin de se dire socialistes.

Il y a des femmes dans toutes les Sociétés européennes et américaines pour l'arbitrage entre nations ; — et les voilà qui fondent elles-mêmes des ligues, qui rédigent des pétitions, des appels «aux femmes de tous les pays. »

Une Union internationale des Femmes pour LA Paix s'est établie l'an dernier, sur l'initiative d'Anglaises, parmi lesquelles Mrs Henry Richard, miss P.-H. Peckover, Mrs Bramwell Booth, Mrs Joséphine Butler, lady Carlisle, Mrs Bright Clark>

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miss Ellen Robinson, etc. — Car nous ne pouvons donner tous les noms même importants.

Cette Union avait pour but de' centraliser et fortifier ainsi par la propagande les efforts des diverses Associations féminines nées d'un commun sentiment d'horreur, de pitié, de justice, aux États-Unis, en France, en Italie, en Allemagne, en Autriche, en Suisse, en Belgique, en Hollande, dans les pays Scandinaves, etc., — et ce qui peut surprendre, en Océanie môme.

Je me reprocherais de né pas citer TAUemande Lina Morgenstern, de merveilleuse activité multiple ; — TAutrichienne Bertha von Suttner , écrivain du premier ordre au combat des idées nouvelles ; et je dois nommer les secrétaires des comités désormais liés : pour 1« France, madame Eugénie Potonié-Pierre, propagandiste infatigable, féministe i humaniste au-dessus de l'éloge (1) ; pour la Belgique, Marie Popelin, docteur en droit, qui dirige la Ligue Belge, revue sociologique du plus noble esprit, sérieuse, documentée sûrement ; pour ritalie, à Turin, Emilia Mariani ; à Milan, la

(1) M. Edmond Potonié-Pierre, féministe^ humaniste non moins ardent, s*est fait une spécialité apostolique de l'idée de Paix. Secrétaire général de la. Ligue universelle du BienpubliCy il répand en dMngénieux placards, intitulés : Petits plaidoyers contre la guerre^ des convictions qu'on pourrait dire chrétiennes si le christianisme n'avait si. vile trahi l'Evangile^ et si elles n'étaient pas, à la vérité, des convictions révolutionnaires dans le sens actuel du qualificatif.

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doctoresse Paolina Schiff; à Païenne, Marietta Gampo ; pour la Hollande, Élise-A. Haighton ; pour le Danemark, Matîld Bajer ; pour la Suisse, Fanny Praechter-Haaf : toutes femmes de haute valeur que je voudrais pouvoir louer avec une précision convaincante ; mais il me faudrait des pages.

Ajoutons que la célèbre Américaine Belva A. Lockwood, Tufie des deux Américaines qui furent portées candidates à la présidence de la République, aux États-Unis, envoya sans retard son adhésion et la promesse de son concours en sa patrie, à Tœuvre si belle où se vouait l'Union

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