‹ Humbles victimesChapitre 3 sur 21 · AU (IKAM) SKIN DIOS LOIS · texte numérisé non relu

AU (IKAM) SKIN DIOS LOIS

temps qiio, sons la feurd'c, un(3 Iroupc on aiincs envahissait la (^oui'.

— )iO)i sHin digmis^ n poursuivi le. pr'('lr(;. Ou fst

trahi, surpris, ceruô. (T('st la inoit. Copondaul, la porte est solide, on aura le tem})S de communier [)eutêtre, avant de tomber aux mains des sans-(îulottes. Et c'est pourr[uoi, dans Tébranlement des coups acliarnés sur le bois, dans le roulement des crosses frappant en bas sur le pavé, dans le tumulte des jurons, des cris et des menaces, les héros chrétiens, le rayonnement du martyre au front, se prosternent sans faiblesse aux pieds du prêtre.

Mais la g^arde conventionnelle a bien pris ses mesures. Un dernier coup plus terrible, et la porte, à

demi-brisée, saute avec fracas La clarté d'une

torche éclaire violemment la pièce et, soudain, Thostie blanche étincelle entre les doigts du prêtre en habit d'ouvrier, comme elle brillait jadis, au milieu du cercle d'or de l'ostensoir, parmi les cierg-es de l'autel.

Dans l'encadrement de la baie brusquement ouverte, Urbain RouUeau voit se bousculer les soldats de la garde conventionnelle, à la veste bleue rehaussée de parements rouges, au sabre pendant sur la culotte blanche enserrée de guêtres noires. Un homme du peuple, en carmagnole, et deux bourgeois, dont l'un paraît le chef et dont l'autre, ahuri, semble agité d'un tremblement nerveux, font tache au milieu des uniformes.

A l'autre bout de la pièce, autour de l'autel improvisé, les proscrits forment bloc. Celui qui porte, en souquenille, un front de gentilhomme, brûle des yeux les révolutionnaires et cherche à son côté l'épée ab-

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sente. Auprès de lui, la grande dame, à genoux, immobile, attend, les regards fixés sur l'hostie. Urbain RouUeau, face aux assiégeants^ la physionomie sereine et la tête haute, élève en sa main le Dieu tout-puissant. Du plus profond de son coeur, il supplie Jésus, l'infini miséricordieux, de faire grâce à Briguet, le traître, et de pardonner à Brutus Cantaloup, le lâche.

Lâche, est-ce que Brutus Cantaloup mérite encore cette injure ? On sent, à le regarder^, qu'un effroyable combat se livre dans cette âme. Un terriljle assaut de remords ébranle, au fond de son cœur poltron, l'effroi bestial, affolant, qui Ta jeté dans cet abîme. A travers les murailles, il croit voir, il voit même, abattue sur le sol, inanimée, peut-être à l'agonie, l'enfant qu'il aime éperdûrnent. Meurtrier de sa fille, il va tuer maintenant, par sa criminelle inertie, l'ami généreux qui avait arraché Floréal à la mort. Et Dieu lui-même, entre les mains du prêtre, assiste à ces forfaits abominables. Il le voit. Dieu, dans l'hostie rayonnante, aveuglante, avec toute sa foi réveillée brusquement, comme après un cauchemar. Et son visage altéré, décomposé, se crispe d'angoisse et de douleur. Briguet lui-même en serait épouvanté, s'il se retournait vers son compagnon.

Mais Briguet, le regard dur et froid, la voix sèche et coupante, a jeté cette menace, appuyée d'un pistolet tendu :

— Si quelqu'un bouge, il est mort.

— Eh bien, tue-moi si tu veux I

Et Brutus Cantaloup, martelant ces mots d'une voix étranglée mais résolue, s'est tout à coup détaché du groupe. En un clin d'œil, il a saisi un sabre aux mains

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Soldais (4 fidèles, rlourdis de ce eoiij), r-eslent muets, immobiles. Bi'iguel lui-même, elfaié, a laissé l'etoniber son bras le lon^- du eor()s. Mais, le preuiiei-, il se ressaisit.

D'une voix brève et dui'e :

— Va-t'en, dit-il, ou je te tue comme un chien.

— Je ne boug-erai pas. On ne touchera point ce prêtre et cette hostie sans passer sur mon corps.

— Va-t'en !

— Non !

Un coup de feu retentit. Brutus Cantaloup mortellement frappé, s'abat comme une masse aux pieds

d'Urbain Roulleau qu'il couvre de son sang Une

goutte du liquide vermeil a rejailli jusqu'à l'hostie sainte, y jetant un rubis qui étincelle, au miUeu de la blancheur du pain, sous les feux de la torche.

— Pardon, mon Dieu !

Cette prière, à peine articulée, a passé comme un souffle entre les lèvres du mourant, dont les yeux agrandis, déjà presque vitreux, attachent sur le prêtre un regard éperdu, suppliant.

Le prêtre a compris ce regard. Sa main s'étend grave et souveraine, et, d'un accent dont la solennelle et vibrante émotion fait hésiter Briguet lui-même :

— Arrêtez, ordonne-t-il, et laissez mourir en paix le martyr!

Alors, tandis que les chrétiens s'agenouillent comme au lit d'un moribond; tandis que les bandits, malgré leur férocité, sentant frémir en leurs âmes un trouble

inconnu, restent cloués au sol, Urbain Roulleau se penche auprès du blessé que deux fidèles appuient contre le mur. 11 prononce à demi-voix les mots sacrés de Tabsolution sur celui qui vient de racheter les hontes de sa vie par Théroïsme de sa mort, et, dans la bouche entr'ouverte, où le dernier râle est déjà prêt de s'éteindre, il dépose avec respect le corps sacré du Dieu qui pardonne.

Quelques jours plus tard, une charrette enveloppée de soldats, croisait, en roulant vers la guillotine, un cercueil d'enfant, suivi d'une vieille femme.

Celle-ci, levant les yeux, aperçut, parmi les condamnés, Urbain Roulleau qui priait.

Et, dans la vieille femme, Urbain Roulleau reconnut la voisine qui veillait naguère auprès de Floréal.

l.i:S DEUX FRKHKS

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