‹ Humour et humoristesChapitre 7 sur 24 · LETTRE D'ENVOI · texte numérisé non relu

LETTRE D'ENVOI

« Ville-d'Avray, 8 juin 1889.

» Mon cher et vieil ami,

» Des semaines et des mois se sont écoulés depuis votre départ vers la volcanique et pieuse Auvergne, et j'attends vainement de vos nouvelles; à peine ai-je pu savoir de quelques voyageurs que vous viviez encore. Je ne croyais pas que Longus sût vous captivera ce point.

» Pour moi, désireux, selon vos conseils, d'élever à la gloire des humoristes un durable monument, je m'en suis enfui à Ville-

d'Avray, loin des amis du boulevard et des p' tites femmes, et des salons et des théâtres. Félicitez-moi : il m'a fallu beaucoup de courage pour vaincre ma paresse.

» L'air était si tiède, tous les arbres bourgeonnaient; le soleil caressant jetait sur la forêt de l'or, de l'argent, du vermeil, et les oiseaux sautaient et gazouillaient à perdre haleine... une vraie campagne, enfin, de romance ou d'opéra-comique. Ah ! la joie de s'en aller à deux, dans les sentiers en fête, en chantant des refrains langoureux de café-concert, et de s'attarder près d'une source claire sous l'ombre épaisse des chênes, pour de futiles besognes 1 Hélas ! je fus stoïque. Nulle bienaimée blonde ou brune ne vint troubler du froufrou de ses jupes, de la gaieté de son sourire, de l'àguichement de ses yeux, mes patientes études, et je connus les affres de la chasteté...

» Je connus aussi la sainte beauté du, travail, et mon âme ne regrette rien... Cependant, ce que j'avais rêvé ne s'est point réalisé. J'avais rêvé de longues dissertations, avec

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