‹ Hurons et Iroquois [microforme]Chapitre 11 sur 30 · RUSSE D · texte numérisé non relu

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lation: les propriétés restaient inviolables, les religieux, et tous ceux des colons qui le voudraient, étaient libres de retourner en France.

Ce fut un cruel moment pour les Français que celui où l’ennemi entra en possession de sa conquête. Champlain voyait périr la colonie dont il était le fondateur et le père. Cette mission encore au berceau, et qui avait été enfantée dans les douleurs, se trouvait d’un seul coup anéantie. Les hommes apostoliques étaient forcés de quitter une terre qu'ils aimaient, et qu’ils ambitionnaient de conquérir à leur Dieu.

Le P. de Bréeuf se trouvait deux fois malheureux, et d’avoir abandonné ses chers Hurons, et de partir du Canada où il eût préféré mourir.

La conduite du vainqueur, traître à sa patrieet à son Dieu, aggrava encore tant de douleurs. Il n’épargna ni ses insultes, ni ses mépris. Il y ajouta même le sacrilége.

Au moment où les Jésuites transportaient leurs bagages sur le vaisseau sous les yeux du commandant anglais, celui-ci aperçut dans les mains du P. Masse une boite enveloppée avec soin, « Qu’est cela ? s'écria-t-il, — Ce sont des vases sacrés, dit le Père. N’y touchez pas. » Cette réponse réveilla sa haine d’hérétique. Il entra en colère, et par une bravade impie, il porta sur les vases sacrés une main sacrilége.

À Tadoussac où s'arrêta un moment le vaisseau

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chargé de ramener en France les Missionnaires et quelques colons, ce ne furent plus les vases sacrés seulement que les vainqueurs profanèrent, c’est l'oint du Seigneur, un prêtre, le P. de Brébeuf lui-même, qui fut menacé et indignement insulté.

Devant son équipage et en présence même des Jésuites, l'amiral donuait un iour un libre cours à ses sentiments anticatholiques, et disait tout haut que les Jésuites n'étaient venus au Canada que pour dépouiller le sieur de Caën, un des principaux agents du commerce. u Pardon, reprit har- « diment mais avec modestie le P. de Brébeuf, « nous n'avons été conduits ici que par le désir de « procurer la gloire de Dieu et la conversion de « ces nations infortunées. »

Kerkt ne répliqua pas, mais parmi les témoins de cette scène il y avait un marin de Dieppe, traître lui aussi à son payset à sa foi. On l’appelait Jacques Michel, et il avait servi de pilote aux Anglais pour arriver à Québec. Plus hardi que son chef: « Oui, « oui, reprit-il, convertir les sauvages! dites plu- « tôt convertir les castors. » Cette plaisanterie grossière, que l’impiété a aimé à rajeunir depuis, émut le P, de Brébeuf, et sortont de son calme ordinaire il lui dit avec vivacité: « Ce n'est pas vrai. »

Le marin furieux se lève en faisant un geste menaçant : « Si je n’étais pas retenu par le respect « que je dois à mon chef, lui dit-il, je vous appli-

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« querais un soufflet pour votre démenti. » « Je « vous demande pardon, reprit aussitôt avec humi- « lité le P. de Brébeuf. Mon intention n'était pas « de vous blesser, et si ma réponse vous a fait de « la peine, je la regrette. »

La réparation était complète, mais au lieu de calmer cet homme insolent, elle provoqua de nouveaux blasphèmes contre Dieu et ses Saints. Témoin de cette scène qu'il a insérée dans ses Voyages, Champlain ne put s'empêcher de lui dire : « Comme « vous jurez, pour un réformé! — C’est vrai, ré- « pliqua celui-ci ; mais je suis furieux contre ce « Jésuite qui m'a donné un démenti, Je veux être « pendu plutôt que de laisser passer la journée de « demain, sans lui donner la paire de soufilets « qu'il mérite. »

La journée du lendemain se passa sans que le Jésuite reçüt les soufflets, mais non pas sans que la main de Dieu eût vengé son serviteur par un terrible châtiment.

En allant rejoindre ses compagnons, Michel leur dit : « Allons boire, et noyons dans le vin la colère « que ces sycophantes ont excitée si justement. » 11 but avec excès selon sa coutume, mais dans son état d’exaltation il allait en être la victime. A la grande terreur de ceux qui étaient près de lui, il fut foudroyé par l’apoplexie. Il resta deux jours sans parole et sans connaissance, au bout desquels il mourut misérablement,

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