LIRONS ET IROQUOIS
gouverner le collége de Rouen. Ce furent sans doute les exemples et les paroles de ces deux apôtres de la Nouvelle-France, qui valurent au Canada deux missionnaires qui s’y sont rendus célèbres, et qui professaient alors au collége de Rouen. L’un,le P. Jogues, après treize mois de captivité chez les Iroquois au milieu de péripéties, qui font de sa vie un vrai roman, selon l'expression d'une grande reine, recevra le coup de la mort de la main de ces mêmes sauvages.
L’autre, le P. Simon Le Moyne, sera le grand négociateur de la paix avec les Iroquois, et deviendra pendant de longues années, leur apôtre.
Pendant que le zèle du P. Lalemant et du P. de Brébeuf préparait des missionnaires pour le Canada, et se nourrissait du désir d’y retourner un jour, Champlain, l’âme de la colonie, travaillait à la faire rendre à la France. Voyant que dans les Conseils du Roi il y avait à ce sujet de l’hésitation et même un peu d’indifférence, il posa la question du Canada comme une question d'honneur et d'utilité, intéressant à la fois la religion et la patrie. Il plaida si bien sa cause auprès du Cardinal ministre, que celui-ci, vaincu par ses raisons, se rangea enfin de son avis, et se mettant à l’œuvre avec énergie, il triompha des lenteurs que depuis deux ans l'Angleterre apportait à la soluton de cette affaire.Le traité de Saint-Germain-en- Laye du 29 mars 1632, rendit à la France le Canada
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Grande fut la joie de la mère patrie, en retrouvant la fille qu’on lui avait arrachée ; mais où la joie fut à son comble. Ce fut parmi les Missionnaires. Ils n’avaient cessé d’adresser au ciel les vœux les plus ardents pour le succès des négociations, Quelques-uns même avaient formé entre eux une association de prières, et chaque jour l’un d'eux offrait dans ce but le saint sacrifice de la messe, Des Communautés religieuses entrèrent dans cette pieuse ligue. Les Carmélites et les Ursulines multipliaient leurs oraisons et leurs péuitences, et dans la chapelle des Bénédictines de Montmartre, les religieuses établirent l’adoratiou perpétuelle, Le Ciel se laissa fléchir par tan de vœux.
Les négociations une fois terminées, des mesures furent aussitôt prises pour aller au plus tôt au secours de la colonieet les intérêis de lareligion ne furent pas oubliés, Par un choix, dont nous ne conuaissons pas les motifs, la direction religieuse de la colonie devait être confiée aux Pères Capucins: mais quand ces religieux eurent connu le piuuier et laborieux séjour des Jésuites au Cauuia, et comment ils avaient été dépossédés et expulsés injustement, ils renoncèrent aux offres que leur faisait le Cardinal, et provoquèrent euxmêmes le retour des Jésuites dans leur ancienne mission. (Archiv. de Québec).
Les premiers qui y retournèrent furent le P,
Paul Le Jeune, nommé supérieur de la mission, le P. de Noûe et le frère Gilbert Buret. Ils y abor- 1èrent en juin 1632, conduits par Duplessis- Bochard, lieutenant de Champlain pour le Canada» avec charge d’en prendre possession en son nom. Cette même année, le capitaine Daniel de Dieppe avait conduit son frère le P. Antoine Daniel et le P. Davost au poste de Sainte-Anne, dans l'Ile du cap Breton, qu’il était chargé de ravitailler. Ce poste était son œuvre; il l’avait fondé en 1629, en l’enlevant aux Anglais, et le drapeau de la France n'avait pas cessé d'y flotter, même pendant l'occupation anglaise du Canada.
Le P. de Brébeuf ne revit sa chère mission qu'en 1633. Il était en ce moment procureur et missionnaire dans le petit collége de la ville d'Eu (1).
(1) Ce collége, fondation du duc de Guise le Balafré, s'ouvrit le 10 janvier 1:82.
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Retour @u P, de Brébeuf au Canada. — Les Furcns à "Québec. — Entraves mises au dévart du P. de Brébiuj.
Le 23 mars de l’année 1633, une petite escadre appareillait dans le port de Dieppe, chargée de porter Champlain au Canada, Elle ne comptait que trois vaisseaux jaugeant en tout deux cent cinquante tonneaux, et portant seulement vingt-huit canons et deux cents hommes. Mais la joie régnait à son bord, et l’espérance brillait sur tous les fronts. L’un de ces bâtiments, le Saint-Pierre, décoré du titre pompeux de vaisseau-amiral, portait Champlain nommé « capitaine pour le Roi en la « marine et lieutenant de Monseigneur le Cardinal « dans toute l'étendue du Saint-Laurent. » [l'était moins fier de ce titre que heureux de reprendro son œuvre, si tristement laissée, Il emmenait avec lui deux Pères Jésuites, anciens habitants du Ca nada, les PP. Masse et de Brébeuf.
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L'escadre entra au commencement de mai dans le golfe Saint-Laurent, encore couvert de glaces flottantes, qui la forcèrent de ralentir sa marche, en sorte qu'elle n’entra dans la rade de Québec que le 5 juin.
Trois coups de canon annoncèrent aux colons cette heureuse nouvelle. Le fort y répondit, et souhaita à son sauveur une joyeuse et bruyante bienvenue. Le lendemain, Champlain reprit, solennellement et avec bonheur, possession de son souvarnement cédé sans tache à la force, mais rien n’égala la joie des deux missionnaires, qui mettaient de nouveau le pied sur ce sol chéri, dont l'abandon avait tant coûté à leur cœur. Le P. de Brébeuf se laissant aller aux transports de son âme, baisa avec amour nne terre qui était pour lui comme la terre promise, et qu’il ambitionnait d’arroser de ses sueurs, et s'il le fallait, de son sang.
Qu'était devenue pendant l'occupation anglaise, la pelite résidence des Jésuites de Notre-Dame des Anges? Elle avait été à moitié détruite par les vainqueurs. Le P. Le Jeune, qui y rentra, le premier, l’année précédente, a laissé cette description complète et curieuse de son état primitif: « La « maison est à deux cents pas du rivage. Elle « forme quatre chambres basses. La première est la chapelle ; la seconde le réfectoire, et dans ce « éfectoire svt nos chambres, deux pelites pag-
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sables, de la gran lu: d'un homme en quarré; deux autres qui ont chacune sept à huit pieds, mais deux lits en chacune. Voilà pour six personnes étroitement. Les autres, quand nous étions tous ensemble, couchaient au grenier ; la troisième sert de cuisine; la quatrième de chambre à nos gens, IL y avait un bâtiment de même grandeur vis-à-vis, mais il a été à moitié brüié par les Anglais. Il faut recouvrir la maison, car il pleut et neige partout. »
Voilà cependant, ajoute l'Américain Parckman, le berceau des grandes missions du Canada!
C'est sous cet humble toit que le P. de Brébeuf, dont les regards étaient toujours tournés du côté des Hurons, attendait le premier convoi avec lequel il espérait monter chez eux. Mais son æèle ne restait pas oisif ; il s’occupait toujours de l'étude des langues, et il faisait de fréquentes excursions dans les environs, Pour peindre les ædmirables sentiments de son âme, on a pu recueillir sur ses lèvres quelques-unes de ces paroles, comme en disent seulement les saints. [1 avait eu le bonheur de donner le baptême à un enfant algonquin qus se mourait à quatre kilor'ètres de Québec. Quand on lui apporta le lendemain la nouvelle que le ciel comptait un ange de plus: « Je viendrais tout exprès de France, s’écria-t-il dans un saint trans port, pour gagner une de ces petites âmes à Notre- Seigneur, » Son Père saint Igaace avait dit avant