‹ Hurons et Iroquois [microforme]Chapitre 15 sur 30 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

Étude de la langue des Hurons. — Le P. de Brébeuf, supérieur par intérim. — Départ pour le pays des Hurons.

Deux sortes d’œuvres se partageaient à Québec le temps du P. de Brébeuf: l’enseignement de la langue huronne qu'il apprenait à ses frères et le saint ministère. Il donnait ses soins aux colons français, mais son cœur l’inclinait à consacrer de préférence son zèle aux sauvages qui venaient visiter les Français. Plus d’une fois ses services auprès d'eux furent marqués par des faits qui tenaient du prodige, comme si Notre-Seigneur, qui l’avait destiné à être leur apôtre, voulait lui témoigner qu'il agréait cette prédilection.

Un jour, il est appelé auprès d’un jeune sauvage, nommé Sasoumat. Ce jeune homme avait exprimé autrefois le désir de se faire chrétien ; mais le missionnaire le trouva sans connaissance et en péril de mort. Il promit à saint Joseph, en qui il avait une grande confiance, de dire le lendemain

la messe en son houneur, si le malade revenait à lui En ce momeut, une crise survint, Le P. de Brébeuf la crut la dernièr:, et il se hâta de lui conférer le baptén, Peu après, le néophyte reprit ses sens, nou plus pou” renouveler la demande du baptême, mais pour ex orimer sa joie de l'avoir recu, [l na cessa, perdait les doux jours qu'il vecut encore, de béiir Dien de lui avoir accordé cette faveur, Il était plein de foi et d'espérance ; et son seul regret en quittant la vie était d'avoir tant offensé Dieu. Il mourut comine un prédesliné, En quelques heures, l’action de la grâce, si puissante quand eile trouve un cœur bien disposé, avait fait d'un infitèle un élu, On raconte qu'au moment où son âme s’envola aa ciel, une flamme brillante parut au-dessus de sa cabane. Le P. Le Jeune qui se trouvait alors daus ces forêts à tne distance de cent cinquante kilomètres, affirme avoir été témoin du même prodige.

On était encore sous l’heurense impression de ce fait, quand la colonie fut terrifiée par l’horrible mort d’une femme sauvage qui avait résisté à tous les efforts du zèle du P. de Brébeuf, Depuis longtemps, l’homme de Dieu l’exhortait à renoncer à son idolâtrie. Mais cette malheureuse persistait à refuser, ou même ne lui répondait que par des injures. Le Ciel la frappa d’une maladie affreuse qui la rendait, même pour les siens, un objet d’horreur. Ne pouvant supporter l'infection qu'exhalaien. ses

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plaies, ils la jetèrent hors de leur cabane, malgré toute la rigueur de l'hiver à cette époque, et elle mourut autant du froid que de la maladie, au milieu des angoisses du désespoir. Elle appelait à grands cris, mais em vain, le secours de la Robe Noire, que personne ne voulut aller chercher, Tous

virent dans cette mort affreuse une inalédiction du

Ciel, irrité de tant de résistance.

Une autre mort moins horrible, mais plus violente, vint ajouter encore au prestige que ces faits donnaient au saint missionnaire. À Québec vivait un jeune sauvage que le P. de Brébeuf voyait souvent, et à qui il avait essayé, maisen vain, d’inspirer des sentiments chrétiens, Le jeune païen s'obsiinait dans son aveuglement, et il ajoutait même quelquefois le blasphème à ses résistances. Un jour que le P. de Brébeuf avait été plus pressant que jamais : « Tu nous contes, lui dit-il avec « une ironie sacrilége, que ton Dieu est le maître «des hommes. Eh ! bien, qu’il m’empêche, s’il le « peut, de prendre des castors et des orignaux (1) 1» Il paya cher ce défi sacrilége. Le Dieu du P. de Brébeuf lui apprit bientôt qu'il était son maître. Non seulement il ne prit plus ni castors ni orignaux, mais étant tombé malade au bout de quelques j «urs, comme il blasphémait encore, un sauvage, dans la cabane duquel il voulait entrer, lui asséna un coup de hache qui l’étendit mort.

(1) L'orignal a les mêmes caractères que l'élan d'Europe.

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C'est ainsi que l'admiration où la terreur qui s'attachait quelquefois aux œuvres du saint missionnaire, le grandissait aux yeux des sauvages et de toute la colonie.

Sur ces entrefaites le P. Le Jeune, qui gouvernait la mission, depuis sonarrivée de France, désireux de se perfectionner dans la langue algonquine, résolut de faire ce qu'avait déjà fait avec tant de succès le P. de Brébeuf. Il partit avec quelques familles sauvages pour la chasse d'hiver, et mena avec eux pendant six mois la vie pénible que nous connaissons. Il lui fallait un remplaçant pendant son absence. Personne ne lui parut plus propre à cet emploi que le P. de Brébeuf, et il le nomma à sa place. C'était une soilicitude que celui-ci ne connaissait pas encore : mais ilne fut pas au-dessus de sa tâche. Il gouverna ses frères avec le zèle et la prudence qu’il employait à diriger les âmes. Admirable modèle de perfection, il portait les autres aux vertus religieuses par ses exemples, et sa charité lui gagnaiït tous les cœurs. Aussi quand à son retour le P. Le Jeune reprit sa charge, il donna à son Provincial ce beau témoignage en faveur de son remplaçant : « C’est un homme choisi «de Dieu pour ce pays. Jel’ai laissé à ma place « six mois durant, et tout a procédé toujours dans « la paix. »

Tels furentles travaux dans lesquels se passa, pour le P. de Brébeuf, cette année d'attente. Elle

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touchait à son terme, et il allait voir enfin se réaliser ses désirs.

A l’époque des échanges, il monta au devant des Hurons jusqu’à Trois-rivières, (1) cent vingt kilomètres au-dessus de Québec. Il emmenait avec lui deux jeunes Français, et les deux Pères destinés à cette mission, le P. Daniel et le P. Davost.

Les Hurons ne tardèrent pas à paraître, mais en petit nombre. Ils n’avaient que sept canots, et paraissaient consternés. Que s'était-il donc passé ? La main de Dieu s'étendait sur cette nation, et il commençait au milieu d'elle à mener de front avec un ensemble qui n'appartient qu’à lui seul, deux œuvres qui semblent contraires, l’œuvre de l’édication et l'œuvre de la destruction. Tandis que la inission huronne va se fonder et se développer, le veuple huron subira tous les genres d'épreuves et de revers, et finira par disparaître en grande partie ; mais il se montrera d'autant plus chrétien que sa vie, comme nation sera plus ébranlée, et quand enfin il périra, il tombera régénéré dans le sang de Jésus-Christ ; en sorte que sa mort sera comme le couronnement de l'édifice de la foi.

Au moment où le P. de Brébeuf allait jeter les fondements de la première œuvre, car sa tentative

(1) Le nom de ce poste vient de la rivière voisine, ainsi -«-pelée par les Français, parce qu’en se jetant dans le Saint- ‘ «urent ses eaux sont divisées par deux îles, et coulezt par rois embouchures. Son nom sauvaue était Mélaberoulin, aujourd hui riviére Saint-Maurice,

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