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piété en adoucissait l'amertume.Le village d'Ossossane se signala parmi les autres. C'était un des plus importants du pays. Il comptait plus de cinquante cabanes de huit à dix familles, et passait pour un des mieux fortifiés. Dans l'abattement que produisait la maladie, les capitaines conjurèrent le P. de Brébeuf de venir les secourir. Celui-ci accourut, et les ayant réunis, il leur dit que le médecin souverain, celui qui seul pouvait porter remède à leurs maux, était le Grand Esprit, et que c’est par la prière qu’on peut apaiser sa colère, et se le rendre favorable. Il faut donc, ajouta-t-il, renoncer à toute pratique superstitieuse, et lui promettre solennellement d’ériger une chapelle en son honneur dans le village. Le Missionnaire obtint cette promesse ; mais de nouvelles entraves suscitées par l’ennemi du salut en retardèrent l'exécution.
Le village d'Ihonatiria, qui abritait les Missionnaires, vint aussi, le 19 novembre, implorerl'intervention du P. de Brébeuf qu'ils regardaient comme très-puissant sur le Maître du ciel. Il donna à ses capitaines la même leçon. 11 faut croire au Grand Esprit, leur dit-il, et obéir à sa loi. Il les poussa à faire non une simple promesse, mais le vœu de lui élever une chapelle au printemps. Il les fit mettre à genoux devant une image de Notre- Seigneur qu'il avait exposée, et prononça tout haut pour eux la formule de l'engagement,
Dans ce moment de terrible épreuve, l’homme
de Dieu crut qu’il devait avec ses frères faire quelque chose de son côté pour arrêter le fléau. Le 30
\ | novembre, prenant à témoin Notre-Seigneur lui- t
il même qu'il tenait dans ses mains, il fit vœu à L (U haute voix au nom de toute sa maison, d'offrir j | fl des messes, des communions et des chapelets pour LA c q préserver leur cabane et le village. La cabane le j H {ll fut ; aucun de ses habitants ne contracta la ma- j {| ladie ; mais le village ne fut pas épargné. Il est r ll vrai qu'il n'avait pas accompli sa promesse. Un s n al capitaine influent, qui n'avait pas voulu prendre ; 8 part à l'engagement, avait travaillé les esprits, et ; c {| les avait fait renoncer à leur résolution. ‘ l
| | Le Ciel les punit. Le village. par un juste châtinent de Dieu, parut comme maudit, et la mort y t: fit de si affreux ravages qu'il fut complétement l ruiné. Les Missionnaires se virent bientôt forcés k l’aller dresser ailleurs leur cabane. « Un autre, village celui, d'Onnentisati reçut la « même leçon, quoique d'une manière moins ter- « rible. Un sorcier, celui-là même qui s'était vanté « de guérir les Pères malades, poussa l’audace jus- « qu'à promettre à ses habitants, que sa main arré- «
ter. it la contagion si on l’écoutait. Le P. de Bré- Peui ‘apprit, et voulut faire mentir l’enfer. II s’adress: au Ciel, et le lendemain même, il fit vœu avec le: “üutres Pères, de célébrer trente messes en l'honneur le saint Joseph, si le village n’était pas épargné ; s: nrière fut exaucée, et malgré les as-
TENTE at" —
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LE P. DE BRÉBKEUF. 163
surances du sorcier, aussi faux prophète que mauvais médecin, l’épidémie fit de nombreuses victimes.
Cependant il y eut vers cette époque des moments favorables à la foi, soit que la patience et la charité des Missionnaires eussent triomphé de la haine ou des préjugés, soit que la maladie, toujours intense, eût contraint ces âmes grossières à recourir à ceux qu'ils regardaient comme leurs ennemis. Les Missionnaires voyaient les cabanes s'ouvrir, comme d'elles-mêmes. Ils pouvaient précher sans être inquiétés, et ils purent faire couler l'eau sainte sur bien des moribonds.
À la date du mois de mai 1637, le P. de Brébeuf traça à son Général ce petit tableau et des efforts de l'enfer et des triomphesde la foi : « Celui qui donne « la mort et rend la vie, qui conduit aux portes « de l'enfer etquien retire,nous a sauvés de tous ces « périls et a même amené ces barbares à nous « demander pardon. Toutes les calomnies sont à « peuprès tombées aujourd’hui. On nous écoute «volontiers. Nous avons donné le baptême cette « année à plus de deux cents personnes, et il n’y à « guère de village qui ne nous aitinvités à allerle vi- «siter. Bien plus, ce fléau et ces mensonges même « ont contribué à nous faire mieux connaître de ces « peuples. Nos actes leur ont démontré que nous « n'étions pas venus ici pour acheter des pelleteries « ou trafiquer, mais uniquement pour les instruire,
164 HURONS ET IROQUOTS.
« les unir à Notre-Seigneur, et par là leur procurer « la santé de l’âme et une vie éternellement heu- « reuse, Quelques familles, sans être encore bap- « tisées, ont à notre persuasion mis toute leur con- « fianceen Dieu. Comme elles ont été presque seules « épargnées, elles ont une foi très-vive et ré- «clament instamment la grâce du baptême, que « nous leur conférerons, je l’espère, aussitôt que « nous les aurons suffisamment éprouvées...
« C’est ainsi que la foi se propagera, mais dans « le travail, les veilles, les tribulations et la pa- « tience. Il nous faudra longtemps arracher et « semer. Plus tard, viendra la récolte; quoique «nousne serions maintenant que dans les larmes « et les gémissements, nous espérons bien recueil- « Lir un jour dans la joie une abondante moisson.»
Ainsi Dieu donnait à ses serviteurs des moments de joie et de cousolation, qui ouvraient leur cœur à l'espérance. C'était pour les préparer à soutenir des assauts plus terribles encore, qui mettront souvent en danger la vie des Missionnaires, et l’avenir de la mission,
Résidences huronnes. — Calomnies. — Dangers pour les Missionnaires,
L'année 1637 devait être mémorable dans les fastes de la mission huronne, mais par des événements divers et opposés. Elle s’était ouverte, on s’en souvient, dans l'épreuve et la crainte, et elle s’achevait dans la consolation et l'espérance. La seconde moitié allait suivre une marche contraire. Heureuse d'abord, elle faillit aboutir à un désastre complet. D'où venaient ces revirements ? Était-ce l'enfer qui défendait son empire? Était-ce Dieu qui voulait purifier ses serviteurs?
Le premier événement, qui signala cette seconde partie de l’année, et porta la joie et l’espérance dans le cœur des Missionnaires, fut leur changement de résidence. Le P. de Brébeuf nourrissait depuis longtemps le projet de fonder une résidence à Ossossane, où il comptait des amis dévoués. La destruction presque complète d’Ihona-
166 HUU9NS ET IPDQUOIS,
tiria, et le mauvais vouloir d’une partie de ses capitaines pour la foi, lui faisaient désirer un autre théâtre pour sestravaux. Les habitants d'Ossossane avaient fait plusieurs fois des démarches pour l'attirer chez eux. Aussi sa proposition fut-elle bien accueillie, quand ils la connurent. Il alla le 17 mai assister au grand conseil des capitaines sur cette affaire, et ne put que bénir Dieu de leurs heureuses dispositions. La construction d’une cabane fut immédiatement résolue, et sans tarder, on se mit à l'œuvre. Elle mesurait vingt-quatre mètres en longueur, et avait deux parties, l’une pour l'habitation, l’autre pour la chapelle. Le P. de Brébeuf en prit possession le 5 juin, en y offrant le saint sacrifice, et il mit ce nouveau poste sous le vocable et sous la protection de l’?mmaculée-Conception.
Le second événement consolant de cette époque n'était pas moins riche en promesses. C'était le baptème solennel du premier adulte huron en bonne santé. Sans doute un grand nombre d’enfants et même d'adultes malades aviient déjà été faits enfants de l’Église; mais la plupart, morts immédiatement après, n’avaient servi qu'à l’accroissement de l’Église triomphante. L'Église militante était encore à former, et ce premier baptême allait en jeter le fondement. Le néophyte privilégié, jugé digne 2 cet honneur, ne pouvait être mieux choisi, La main de la Providence sem.
si
blait l'avoir désigné. C'était un homme d’environ cinquante ans. Sa maturité et son expérience n'étaient pas sa seule recommandation. Il se distinguait des autres par son esprit, son jugement droit, et laconsidération dont il jouissait dans tout le pays. Sa conquête ne pouvait être que d’une très-grande importance pour l'extension de la foi. Pour prévenir les défaillances et s’armer contre la dissimulation et l'inconstance, si naturelles aux sauvages, le P. de Brébeuf le tenait depuis trois ans à l'épreuve, ne donnant jamais que des espérances à ses désirs. Mais ces délais n’ébranlaient pas sa constance, et ne changeaentrien à sa résolution.
Au dernier moment, il voulut l’affermir par un témoignage public de sa foi. Tsiouendaentaha, c'était le nom du catéchumène, n’hésita pas un instant. Au milieu d’un grand festin, où il avait convoqué les principaux habitants du village, il acheta l'honneur du baptême par une profession solennelle de sa foi. Puis il annonça son projet, et sa résolution d’y être toujours fidèle.
Dans la pensée du P. de Brébeuf, cet acte de courage ne devait pas seulement consolider le nouveau chrétien, mais disposer tous les esprits en faveur de la foi. La cérémonie eut lieu le lendemain, fête de la Sainte-Trinité, et elle attira un très-grand concours. Jamais le pays des Hurons n'avait vu pareille solennite. « Notre chapelle,
168 HURONS ET IROQTOIS.
écrit le P. Le Mercier, l'historien de l'époque, «@ était extraordi aireme. nie ornée. Nous avions « dressé un portique entoruilé de feuillage mélé « d'oiipeaux, et nous avions étalé tout ce que « nous avious de plus beau. Toutefois la pièce la « plus rare était notre prosélyte, et toute l’assis- « lauce avalt les veux fixés sur [ul » C'était en eflet un spectacle bien nouveau que celui d’un Huron qu, hbrement et ap ès mûecr fl'\ton, veu.it le preuter renouicer pub iqüement à sa religion tradiuounelle, pou uiG:asser celle du Grauu Esprit.
Le P. de Brébeuf fit les interrogations d’usage prescrites par le rituel, mais le bon néophyte se trouva tellement ému, que la parole expirait sur ses lèvres, et il dit tout bas au Missionnaire: « Je « ne suis pas capable de parler. » Cependant il se remit bientôt, et repritson assurance ferme et religieuse. En souvenir de saint Pierre, sur lequel Notre-Seigneur avait bâti son Église, le nouveau chrétien reçut le nom de Pierre, pour qu'il fût aussi la première pierre de cette petite Église huronne,
Les sauvages, toujours si avides de cérémonies extérieures, suivaient tous les mouvements de celle-ci avec la plus curieuse attention. La journée se passa en fête, et le P. de Brébeuf, qui connaissait si bien l'esprit des sauvages, voulut la
couronner par un festin, qu'il donna aux princi-
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LE D, DE PRÉLEUP, 109
panx habitants du village, en l'honneur du néc. phyte. Celui-ci occupait la première place, et était rayonnant de joie.
Pendant tout le jour, ia etite chapelle fut pleine de visiteurs, qui ne se lassaient pas d’en admirer les moindres détails. Ils restèrent longtemps à contempler deux tableaux représentant Notre- Seigneur et la très-sainte Vierge, de grandeur naturelle. Ils voulaient les toucher pour s'assurer s'ils n'étaient pas vivants ou du moins en relief, Ils ne comprenaient pas que des traits qui paraissaient si saillants pussent être sur une surface plane.
Cette journée remplit le cœur des Missionnaires de joie et d'espérance. La nouvelle Église était vraiment fondée; tout paraissait sourire à leurs vœux, quand tout à coup des nuages s’amoncellent et présagent la plus violente tempête. Sans doute l'enfer éiait jaloux de perdre sa proie. Le changement fut trop subit, pour être imputable à la seule inconstance des hommes. On vit se rallumer dans bien des cœurs la haine contre les Missionnaires, et les anciennes calomnies se réveiller avec un nouveau succès.
On disait que dans leur cabane, ils cachaient un corps mort, cause évidente de la maladie qui faisait toujours bien des victimes, interprétation grossière du mystère de l’Eucharistie et qui rappelle celle des païens aux premiers âges du chris-
tianisme. Ils ne voulaient voir que l’action d’un sortilége, dans la mort de ce grand nombre d’enfants enlevés par l'épidémie, Les Missionnaires, disaient-ils, l’avaient obtenue en tuant dans les bois un enfant avec des alënes. D’autres croyaient que dans leur cabane était renfermé, dans un baril de poudre, un serpent ou je ne sais quel animal, dont le soufile répandait la mert. Les remèdes même les plus simples devenaient des poisons en passant par la main des Missionnaires.
Il fallut arrêter la sonnerie de l'horloge, Chacun de ses coups marquait, selon les sauvages, la dernière heure d’un Huron. La petite girouette elle-même qui était sur une perche près de la cabane des missionnaires devint suspecte. « Où as- « tu l'esprit? mon neveu, dit un jour un sauvage « à un Missionnaire. Que veut dire ce morceau « de toile suspendu en l’air? Nous savons qu'il « indique le chemin que doit suivre la maladie, »
Les sauvages redoutaient surtout un tabieau de la chapelle, qui représentait les tourments de l’enfer. Les flammes n'étaient pas autre chose que les tourments de la fièvre qui dévorait les malades, et les démons sous forme de serpents ou de dragons acharnés contre les pécheurs étaient des bêtes vénimeuses, qui s’attachaient sur les victimes de la maladie jusqu’à leur mort.
Si de pareilles accusations étaient tombées sur un sauvage, un coup de hache en aurait fait prompte-
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ment justice, sans que personne y eût trouvé à redire, mais la crainte d’offenser la France retenait les sauvages, Ils regardaient d’ailieurs les Missionnaires comme des hommes extraordinaires, dont la puissance était redoutable et qui pourraient se venger. Par-dessus tout, il faut reconnaitre la protection de la divine Providence, qui arrêtait la main des méchants, prête à frapper ses serviteurs.
Cependant l'agitation du pays allait toujours croissant. Le bruit même se répandit que le P. de Brébeuf avait été assassiné, Le nom du meurtrier courut de bouche en bouche. C'était une fausse nouvelle mise adroitement en avant, pour sonder l'opinion publique, et connaître l'impression qu'un pareil fait pouvait produire,
Sans jeter le trouble dans j’âme du P. de Brébouf, cette situation de la mission lui donnait de justes inquiétudes. Si ces accusations et ces calompies n'avaient pas mis d'entraves aux efforts de son zèle, il ne s'en serait pas mis en peine, mais elles apportaient à l'œuvre des obstacles toujours croissants, qui pouvaient tout à fait la compromettre. Qui lui assurait d’ailleurs que, dans cet élit d'effervescence, quelque Huron plus audac':ux ne porterait pas surluiou sur ses frères une main sacrilége? Il se décida à faire justice de tous les bruits calomuisux répandus contre les Missionnoires, et quelques Hurons ses amis l’encouragèrent à cette démarche.
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172 aurons ET TROQUOIS.
Le P. de Brébeuf demanda donc unê assemblée publique des capitaines. 11 avait, disait-il, une communication importante à leur faire. Le conseil ge tint à Angoutenc;, et la réunion fut nombreuse. Autour des capitaines, il se forma unê couronne compacte de curieux, femmes, jeunes gens,enfanis, tous avides de voir ce qu’allait faire la Robe Noire.
Le P. de Brébeuf ouvrit la géance par Un présent de tabac « dont la fumée, disent les sauvages; en montant au cerveau éclaircit les idées». Aussi c’est toujours le calumet à la pouche qu'is délibèrent.
L'homme de Dieu prit alors la parole, et dans un langage franc et net, il mit sOU$ leurs yeux la conduite des Missionnaires, et le motif de leur présence au milieu d'eux. « C'est pour vivre avec « vous, leur disait-il, que nous avons quitté notre « PAYS notre famille et nos biens. Nous voulons « vous arracher à l'ennemi de vos âmes, et vous « apprendre à aimer et à servir le Grand poprit, « pour mériter le bonheur qu'ila promis. » 11 leur rappelait Ce qu'ils avaient fait POUF eux depuis leur arrivées mais surtout Jeur zèle, leur dévoua= ment pour les soulaget endant la contagion.
Ce plaidoyer était écouté avec attention, 02 peut même dire avec sympathie, quand tout à coup un sauvage soit hasard, goit malice, vint tout met:r en suspens. Il invita les principaux chefs à un festin. Un sauvage ne gaurait jamais * résister à une invitation de ce genrt et elle fera.
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L" ®. DE BRÉBEUP 173
toujours abandonner toute délibération, même la plus importante. La séance fut donc levée. Celui qui présidait eut, en se retirant, quelques paroles bienveillantes pour la Robe Noire, et comme celuici pressait la conclusion, il eut pour réponse, qu'il pouvait continuer la visite des malades. Ce n’élaient que des paroles trompeuses, et rien ne changea dans la réception faite aux Missionnaires, Le P. de Brébeuf apprit même que les sauvages voulaient à tout prix se débarrasser d'eux, et qu'ils avaient résolu de mettre à mort un des Français.
Ces intentions homicides se montrèrent encore plus à découvert dans une grande assemblée qui se tint peu après, le 4 août. Réunie dans le dessein de délibérer sur les souffrances du pays et sur la guerre qui se préparait, elle avait pour but réel de confondre les Missionnaires, de les chasser ou de les perdre. Le P. de Brébeuf y fut invité. Bien gu’averti par ses amis que sous cet honneur se cachait un affreux guet-apens, il n’hésita pas à s’y rendre. Son ascendant et la faveur du Ciel purent seuls le tirer du danger qu'il y courut. Vingt-huit villages y avaient envoyé leurs représentants.
Par une adresse calculée, le premier jour fut calme, et la discussion ne sortit pas du terrain de la politique; seulement vers la fin de la séance, comme pour mieux dissimuler leur projet, quelques sauvages s’amusèrent à interroger le P. de Brébeuf sur des sujets entièrement étrangers à
l'affaire, tels que la nature du firmament, le mouvement des astres, le soleil, etc.
Le lendemain, la séance ne s’ouvrit qu’à huit heures du soir. Tout y paraissait morne et triste, L'heure artificieusement choisie, et l'expression peinte sur les visages, avaient je ne sais quoi de lugubre. Le président, vieillard aveugle et trèsestimé parmi eux, annonça d’un ton lamentable l'objet de la discussion. IL s'agissait des maux qui accablaient le pays et menaçaient de le détruire.
Les orateurs, sur la figure desquels se peignaient ia douleur et l’effroi, gardèrent penddnt quelque -emps l2 silence. ils paraissaient abattus et comme aux mains de la mort. Avec un artifice infernal, ils ne s’exprimèreut d’abord que par des soupirs, se bornant à faire le dénombrement des victimes, frappées par la maladie dans leurs familles. Ces tristes énumérations ravivaient toutes les dou-
leurs. Quand ils crurent les esprits préparés, ils
remontèrent à la cause de tant de maux, qu'ils n'attribuaient qu'aux Robes Noires, et pressèrent vivement leur condamnation.
Personne ne prit leur défense; leurs amis les plus fidèles étaient interdits. Fort du secours de Dieu, le P. de Brébeuf profita du droit qu’il avait de parler, pour répondre à tant de plaintes et de calomnies. Si sa parole ne ramena nas ces esprits prévenus et égarés, elle parvint du moins à les rendre plus calmes et plus modérés, « Livre-nous,
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