‹ Hurons et Iroquois [microforme]Chapitre 3 sur 30 · OR LT TN CE RAR · texte numérisé non relu

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L'heurefixée par la divine Providence sonna enfin. L'arrivée du P. Piat en fut le signal en 1625. À La province de France était alors gouvernée, éomme nous avons vu, par le célèbre P. Cotton. Il dvait été lui-même le promoteur de la mission d'Acadie en 1611, et il avait consenti à sacrifier alors pour elle le compagnon qui le suivait à la Cour, le P. Masse. La proposition des fils de saint François fut accueillie avec chaleur par le fils de gaint Ignace, et des missionnaires furent promis. ; La résolution était à peine connue qu'il s’éleva ün gros orage qui faillit la faire échouer. Les Rééollets furent circonveuus. On mit en jeu leur amour-propre, et on chercha même à leurinspirer des craintes pour l'avenir de leur mission. « Dans les raisons qu’on nous présente, dit avec franchise l’un d'eux le P. Leclercq, les vues d’intérêt et de vaine gloire jouaient le plus grand rôle; mais la charité dissipa tous les nuages. »

Le prince de Ventadour, qui n’avait été poussé,

Mes marchands, prit à sa charge tous les frais de cette installation. Six missionnaires furent choisis, trois frères coadjuteurs et trois Pères: les PP, Charles Lalemant, Masse et de Brébenf.

à Les trois prêtres élus pour la mission du Canada, 4 taient dignes de ce poste d'honneur. Le P, Charles

92 UURONS ET IROQUEIS,

| [ Lalemau:, leur supérieur, quittait pour cette | | mission le gouvernement du collége de Clermont { qu'il devait reprendre dix ans plus tard, après | | avoir traversé huit fois l'océan, subi deux nau- | | frages, et donné partout de tels témoignages de sa | | |

prudence et de sa vertu qu'il fut proposé pour être (| évêque du Canada. Champlain l'appelle un très- (l dévot et très-zélé religieux (1),

Le P. Enemond Masse allait, pour la seconde

(l fois, àla Nouvelle-France, qu'il appelait sa Rachel, | (nl parce qu'il avait soupiré après elle pendant qua-

If! torze ans, comme Jacob pour Rachel, Il l'avait 1 mérité par de rudes travaux où éclatent sa morti- | W fication autant que son humilité,

| Il travailla plus de vingt ans dans la mission Fr du Canada, et y mourut en 1646 plein d’années et a! | || de vertus. Ses précieux restes heureusement retrou- | vés en 1869, dans l’ancienne mission de Sillery près de Québec, furent recueillis et déposés l’année | suivante sous un gracieux monument, que la piété | \ des fidèles a élevé pour perpétuer son souvenir.

Quoique le plus jeune. celui dont les vertus, les 1

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LE f. DE BRÉDEUF, 98

ainteté, de l’apostolat et du martyre. La droiture esprit et une grande maturité de jugement le féndaient très-propre au conseil. Ces qualités furent but le secret de sa prudence qui était remar-

able, A ces avantages, il joignait dans l'action

e énergique patience, invincible à tous les ob:tâcles. Il a écrit de lui-même: « On me briser: plutôt que de me faire violer une de mes règles, » êt ailleurs, « je suis un vrai bœuf, disait-il encoi : ên jouant agréablement sur son nom, et je suis ni

pour le travail. » Voici le portrait qu’en fait u:: LL. protestant (1): « Sa taille, sa force, sc: traits semblaient préparés par la nature pour ©1: 1 faire un soldat, mais les exercices spirituc s « répétés lui ont donné le cachet d’un homme ts fu Dieu... Il avait une trempe d'acier, son carac- { tère était résolu et énergique, mais assoupli c! 4 réglé par la religion, »

La religion avait plus fait que de l’assouplir c:

k e le régler. — Elle avait allumé en lui une arde::

et

dincroyable de souffrir pour Jésus-Christ, qui i..

le trait saillant de sa physionomie religieu: : ‘comme le but de tous ses efforts et le secret de :: Mforce.

etait daustoute

Tels étaient ces nouveaux missionnaires envoy :

lau Canada. Ils partirent sous la conduite d'u: ‘Récollet d'un grand nom, qui avait quitté, dit

Champlain, les honneurs et les biens de lateric

(t) Parkman: The Jesuits in North America.

pour les humiliations et la pauvreté de la vie religieuse, le P, Joseph de La Roche d’Aillon, de la maison des comtes de Lude. Embarqués le 27 avril 1625, ils arrivèrent devant Québec, le 19 juin de la même année.

Ils n'avaient pas encore mis pied à terre, qu’un orage terrible se forma contre eux, et les menaça du naufrage au moment de toucher le port,

Champlain avait été contraint de partir pour la France, et rendus plus hardis par cette absence, les agents du commerce signifièrent officiellement

aux nouveaux venus qu'ils ne devaient pas débarquer, et qu'aucune porte de l'habitation nes’ouvrirait devant eux. En même temps, ils jetaient parmi les colons un libelle diffamatoire contre les Jésuites intitulé l’Anti-Cotton, calomnie grossière, réfutée victorieusement en Europe par le P. Cotton lui-même.

C'était un mauvais salut pour eux, dit naïvement le F. Sagard, et une fâcheuse attaque capable d'étonner des personnes moins constantes.

ù Ceux-ci ne s’effrayèrent pas, et attendirent sans s’émouvoir que la main de Dieu vint leur ouvrir les portes que leur fermaient les hommes. Leur attente ne fut pas de longue durée.

Les Récollets ne laissèrent pas leur œuvre incomplète, et déjouant les plans de l'hérésie et de la cupidité, ils trouvèrent une solution aussi facile qu'ingénieuse. S'il n’était pas permis aux Jésuites

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de pénétrer dans la ville, cette défense ne pouvait pes s'étendre au couvent des fils de saint François Bâti sur la rivière Saint-Charles., La chaloupe des Pères alla les prendre au milieu de la rade, et fans passer en ville, les conduisit au couvent, où les deux familles religieuses unirent leurs voix aux pieds des autels pour chanter le cantique de l'action de grâce, et bénir le Giel de cet heureux dénouement.

Pour couronner leur fraternelle hospitalité, les Récollets, par une attention pleine de délicatesse, établirent dans leur maison et leur jardin une division provisoire, qui permît à chaque commuhauté de vivre séparément sous le même toit, et de suivre plus facilement ses règles et ses usages.

Les Jésuites n’oublièrent jamais ce bienfait Bignalé. 1ls voulurent que leur reconnaissance fut publiée, même en Europe. Voici la lettre que le le 28 juillet, au R. P. Provincial des Récollets de Paris:

« Mon Révérend Père,

« Ce serait être par trop méconnaissant de ne ‘« pas écrire à votre Révérence et de ne pas la « remercier de tant de lettres qui furent dernière- « ment écrites en notre faveur aux Pères qui « sont ici, en la Nouvelle-France, comme de la « charité que nous avons reçue d'eux, qui nous « ont obligés pour toujours. Je supplie notre bon

« Dieu qu'il soitla grande récompense des uns et « des autres. Pour mon particulier, j'écris à nos « supérieurs que j'en ai un tel ressentiment que « l’occasion ne se présentera pas, que je ne le « fasse paraître, et les supplie, quoique d’ailleurs bien atfectionnés , de témoigner à tout votre saint Ordre le même ressentiment..…. »

Cependant, les marchands ne tardèrent pas à voir qu'ils avaient fait une maladresse, et peu à peu ils se relâchèrent de la consigne qu'ils avaient donnée. Les Jésuites purent bientôt accompagner les Récollets lorsqu'ils allaient à Québec, et même ils y offrirent le saint sacrifice. On les vit de près et on les étudia. Les préjugés, inspirés par le libelle et par la calomnie, tombèrent peu à peu, et firent place à l'estime et à l’affection. Les marchands eux-mêmes, pressés sans doute par l'opinion publique qui se tournait contre eux, et honteux de leurs premiers procédés, se prêtèrent à l'établissement définitif des nouveaux venus.

Pour décharger les Récollets, ils cédèrent aux Jésuites un terrain aussi précieux par ses souvenirs que commode par sa position. Il était situé tout près du couvent, mais de l’autre côté de la rivière Saint-Charles, au point où le Lairet lui verse le tribut de ses eaux. Ge lieu portait le nom de fort Jacques Cartier, en mémoire de ce navigateur célèbre, qui l’avait illustré quatre-vingt-dix ans auparavant par son courage et sa piété. IL s’était

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rsvruic la un 2.1: contre les sauvages pour y asser l'hiver. Mais la maladie, plus terrible que ks sauvages, envahit ses hardis compagnons, et lle menaçait de les enlever tous. Dans ce péril, le pieux Breton s’adressa au Ciel, etn ’attendit que de lui son salut. A la tête de ses hommes valides, il alla en procession sur la neige et sur la glace, jusqu’à une image de la sainte Vierge, qu'il avait suspendue à un arbre de la forêt voisine. Là il S'engagea par vœu à faire le pélérinage de Roc- Amadour, si Dieu accordait à sa troupe de revoir Ba patrie. Marie exauça sa prière. Avant de quitter ces lieux, témoins de la protection du Ciel, Cartier y érigea une grande croix sur laquelle il attacha un écusson aux armes de France avec cette insfiption : « Franciscus primus, Dei gratia Fran- « corum rez, regnat. Sous le règne de Franlu cois 1%, roi des Français. »

à Les Jésuites rendirent de justes actions de grâces à Dieu, en voyant leurs ennemis euxmêmes concourir à lies fixer sur ce sol qui devenait leur seconde patrie. Ils s'empressèrent de

LE OV bi BRÉDEUL.

“ possession, au nom de Ja religion, du

terrain qui leur avait été accordé, et le premier

4 exe: ‘cice de leurs droits fut l'érection d’une croix,

“symbole de ce qu'ils venaient faire dans ce pays no veau, Jacérémoniefut solennelle. Les Récoilets

se réunirent à leurs frères d'armes, et les Fran-

hé

… çais de Québec accoururent le 23 septembre 1625,

pour y prendre part, heureux de voir sur cette terre lointaine des fêtes qui leur rappelaient celles de la mère-patrie.

Quanc la croix fut debout et consacrée par les prières ce l’Église, chacun des assistans voulut donner quelques coups de hache dans la forêt ou remuer quelques pelletées de terre, pour se donner la consolation d'avoir mis la main à l’œuvre. Dès le lendemain, on commença sérieusement le travail. Les Jésuites voulaient trouver là un asile pour l'hiver qui approchaït. Il fallait auparavant abattre les arbres, niveler le terrain, et eufin élever un bâtiment en bois. La direction des travaux était confiée au P. Masse, l’ancien ministre de La Flèche, que son savoir-faire en ces matières avait fait surnommer «le Père utile. » Celui de ses frères qui lui prêta le concours le plus efficace, fut encore le P. de Brébeuf qui, grâce à sa forte constitution, était plus à même de le seconder. |

Cependant le P. Lalemant ne tarda pas à appliquer le P. de Brébeuf aux soins spirituels de la petite colonie, dont il eut bientôt gagné la confiance. Sa parole acheva de remuer les âmes, et la plupart des habitants voulurent lui faire une confession de toute leur vie. C'était un beau début, mais un champ plus vaste lui était réservé. Il était désigné pour la mission des Hurons, où il devait se rendre avec le P. de La Roche d’Aillon, dont nous avons parlé,

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